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17/09/2018 08h:23 CET | Actualisé 17/09/2018 08h:23 CET

“Soupçonné d’être gay”: Le destin de la communauté LGBTQ+ en Libye

J’ai été enlevé par une milice. Et voilà maintenant un an que j’ai été libéré de leur prison. “Soupçonné d’être gay” était une parmi plusieurs accusations.

kelly bowden via Getty Images

Parler de la communauté LGBTQ+ en Libye relève du crime. Ce n’est même pas considéré comme un “concept occidentalisé pour les privilégiés”. Non, c’est un crime à éradiquer, comme l’est le meurtre, par exemple. Il est impossible, en Libye, de vivre son homosexualité ouvertement. Dans cet article, je voudrais discuter de cette possibilité et des obstacles qui lui font face.

Dans les médias, il est rare d’entendre parler d’attaques contre la communauté LGBTQ+. Pourtant, des activistes organisent quotidiennement des campagnes contre le kidnapping et la torture de personnes gays et des lesbiennes.

Seuls les activistes, défenseurs des droits humains, savent ce qui se passe et connaissent les horreurs commises à l’encontre des personnes en captivité. La société, elle, préfère cacher ces horreurs.

J’en sais quelque chose. J’ai été enlevé par une milice. Et voilà maintenant un an que j’ai été libéré de leur prison. “Soupçonné d’être gay” était une parmi plusieurs accusations. J’étais choqué, car je sais ce qui arrive aux gays qui tombent entre les mains de milices, qui continuent à contrôler le pays depuis 2011.

J’ai été abusé et torturé. Les athées et les homosexuels sont battus. Ils me soupçonnaient mais n’avaient aucune preuve, on peut dire que cela m’a aidé!

Quand ils m’ont relâché, j’ai repensé à tous ces activistes et ces journalistes, qui comme moi, ont disparu, accusés d’homosexualité. On ne sait toujours pas où ils se trouvent.

En tant que Libyen, je réalise que la cause de l’homophobie est l’ignorance. La majorité de la population ignore la signification de ce qu’on appelle LGBTQ+. Dans ce cas, l’ignorance est l’essence qui alimente la campagne de persécution, pour intimider tous ceux qui essayent d’en apprendre plus sur le sujet.

Cette ignorance fait que les droits des LGBTQ+ sont perçus comme “un privilège occidentalisé”. Ils sont banalisés même au sein de la société civile. Les gens ont peur de la honte qui s’en suivrait, ils se forcent alors de fermer les yeux sur les horreurs qui se jouent en arrière plan.

Une source proche des milices a déclaré que plus de 30 hommes et femmes sont détenus, dans les prisons de Tripoli seulement, pour homosexualité, sans compter les autres cités et les petits villages. Cette même source a affirmé qu’ils sont sujets à, ce qu’ils appellent, une thérapie pour “chasser l’homosexualité”. Une procédure compliquée qui peut prendre des mois, voire des années, et qui consiste en des enseignements religieux et de suivi du comportement des victimes.

Le manque d’informations à ce sujet n’aide pas. Le reste du monde ne se doute pas de la misère que les hommes et les femmes, accusés d’homosexualité en Libye, sont forcés d’endurer.

À l’heure où la communauté LGBTQ+ est délaissée face à son sort, les milices gagnent du terrain, renforcés par la guerre civile qui ôte toute chance de parler des droits humains en Libye aujourd’hui.

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