MAGHREB
18/12/2013 03h:38 CET | Actualisé 18/12/2013 04h:21 CET

Soudan du Sud: Entre 400 et 500 morts après l'annonce d'un coup d'Etat manqué

Facebook/Unmiss
Des civils se rendent dans les locaux de la mission de l'ONU pour s'y réfugier

C'est un Etat qui a moins de trois ans et qui est déjà dans la tourmente.

Le Soudan du Sud, qui avait massivement dit "oui" à une séparation d'avec le Soudan en 2011, a été le théâtre de combats qui auraient fait entre 400 et 500 morts dans la capitale, Juba, où près de 15.000 habitants ont trouvé refuge auprès de l'ONU, qui redoute des violences ethniques au lendemain de l'annonce d'un coup d'Etat manqué.

L'ex-vice président Riek Machar, accusé d'avoir voulu renverser le pouvoir, a toutefois démenti avoir fomenté un coup d'Etat, en accusant le président Salva Kiir de chercher à faire taire ses opposants.

Entre 400 et 500 cadavres auraient été transportés dans des hôpitaux de Juba à la suite des combats opposant des factions rivales de l'armée, selon un responsable de l'ONU.

Le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, a précisé devant le Conseil de sécurité que 800 autres personnes avaient été blessées dans ces affrontements entre les forces fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir et celles d'un de ses opposants, selon des diplomates qui étaient présents lors de la réunion.

M. Ladsous a précisé que ces informations se fondaient sur les données envoyées par les hôpitaux de Juba mais que les Nations unies n'étaient pas encore en mesure de confirmer ces chiffres, alors que de nouvelles violences ont éclaté mardi.

Des tirs et des détonations, qui avaient repris dans la nuit de lundi à mardi malgré le couvre-feu, ont été entendus par intermittence jusqu'à environ 14H30 locales mardi dans divers quartiers de la ville où la population se terrait, selon un journaliste de l'AFP.

"Et un autre matin à Juba qui commence avec des tirs"

Mardi soir, près de trois heures après le début du couvre-feu (18H00 locales), on entendait encore des détonations sporadiques d'armes légères, semblant démentir les affirmations du ministre de l'Information à l'AFP, selon lesquelles les autorités avaient "le contrôle total" de la situation.

Scission politique

Le gouvernement a annoncé mardi l'arrestation de dix personnalités politiques "en rapport avec le coup d'Etat déjoué" dimanche, que le président Salva Kiir a accusé son rival politique, l'ancien vice-président Riek Machar, limogé en juillet, d'avoir fomenté avec des soldats lui étant loyaux.

Sur les dix personnes arrêtées figurent huit anciens ministres du gouvernement limogé en juillet, dont plusieurs personnalités sud-soudanaises, mais pas M. Machar, qui selon le gouvernement est "en fuite" et recherché, ainsi que quatre autres importantes figures politiques sud-soudanaises.

M. Machar est une personnalité controversée pour s'être un temps allié à Khartoum durant la guerre civile.

"J'ai demandé où était l'ex-vice président Machar, son porte-parole m'a dit: "Il n'a pas été arrêté. Il est à Juba. Il va très bien"

Le ministre de l'Information Michael Makuei a démenti que l'armée ait détruit ou bombardé la maison de l'ex-vice-président.

Dans un entretien au Sudan Tribune, M. Machar a catégoriquement nié avoir voulu renverser le pouvoir.

"Il n'y avait pas de coup d'Etat. Ce qui s'est passé à Juba était un malentendu entre des gardes présidentiels. Il ne s'agissait pas d'une tentative de coup d'Etat. Je n'ai pas de lien avec (un coup d'Etat) ou connaissance de (l'existence) d'un coup d'Etat", a-t-il assuré.

"Salva Kiir a voulu utiliser la tentative présumée de coup d'Etat pour se débarrasser de nous pour contrôler le gouvernement et le SPLM. Nous ne voulons plus de lui comme président du Soudan du Sud", a-t-il ajouté.

Des observateurs avaient émis mardi des doutes sur la réalité de la tentative de coup d'Etat alléguée par le président Kiir, y voyant un possible prétexte pour se débarrasser de M. Machar, rival de longue date qui avait ouvertement fait part de son intention de se présenter contre le chef de l'Etat à la présidentielle de 2015.

15.000 réfugiés, craintes de violences ethniques

"La situation à Juba est désormais totalement sous contrôle et il n'y plus de raison d'avoir peur", a-t-il assuré à l'AFP, annonçant la prochaine réouverture de l'aéroport et appelant habitants et commerçants à reprendre dès mercredi une activité normale. La population est terrée chez elle et les magasins fermés depuis dimanche soir.

"Des avions atterrissent et décollent. beaucoup de gens espèrent pouvoir quitter" le pays

Selon M. Ladsous, près de 15.000 personnes se sont réfugiées sur les bases de l'ONU tout autour de Juba depuis que les combats ont démarré dimanche soir. La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) avait auparavant évoqué le chiffre de 10.000 civils réfugiés dans les deux bases de l'ONU à Juba. Washington a annoncé l'évacuation de ses diplomates non essentiels.

Certains observateurs redoutent désormais que les affrontements se muent en tueries entre les communautés Dinka du président Kiir et Nuer de M. Machar, qu'opposent des ressentiments remontant à la guerre civile. Des sources humanitaires ont fait état de violences de militaires ciblant d'ores et déjà la communauté Nuer à Juba.

"Des raisons solides d'être inquiet des tensions croissantes à Juba. Un Etat et une société très fragiles", déplore le ministre suédois des Affaires étrangères

"Il est crucial que la violence actuelle ne prenne pas des dimensions ethniques", a averti mardi la Minuss, exhortant "citoyens et dirigeants à se garder de tout acte incendiaire ou violence contre des communautés en particulier".

En juillet, le président Kiir avait limogé M. Machar et l'ensemble du gouvernement, sur fond d'inimitié entre les deux hommes et de dissensions au sein du régime, issu de l'ex-rébellion sudiste. Celle-ci est au pouvoir depuis un accord de paix avec Khartoum en 2005, qui a mis fin à des décennies de guerre civile et débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011.

"Nous continuons d'assembler les différents éléments et morceaux d'information, il est donc un peu prématuré de dire exactement ce qui a déclenché les violences", a déclaré mardi matin à la BBC l'envoyé spécial des Etats-Unis au Soudan et au Soudan du Sud, Donald Booth.

Selon des sources concordantes, Riek Machar et ses partisans ont claqué la porte samedi d'une réunion de l'exécutif du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), profondément divisé depuis plusieurs mois.

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