ALGÉRIE
15/03/2015 04h:26 CET | Actualisé 15/03/2015 09h:19 CET

Le séisme judiciaire de janvier 2010: le staff de Sonatrach tombe, Chakib Khelil est sonné mais "sauf"

Wikimedia Commons

14 janvier 2010, un séisme d'une grande amplitude dont les répliques continuent jusqu'à aujourd'hui était enregistré en Algérie : le PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane, ses deux fils et pratiquement l'ensemble du top-management du groupe public hydrocarbures étaient placés sous contrôle judiciaire.

L’ensemble du top management de la plus grande entreprise du pays était soit sous contrôle judiciaire, soit sous mandat de dépôt. Abdelhafid Feghouli, seul "rescapé" est chargé de l’intérim avant d’être rattrapé par les affaires.

La "décapitation judiciaire" du staff dirigeant de Sonatrach est intervenue la suite d'enquêtes menées depuis l'été 2009 par le département du Département de renseignement et de sécurité (DRS) sur des marchés conclus sous le mode du gré à gré qui auraient donné lieu à des versements de pots-de-vin et à des surfacturations.

Le ministre de l’énergie de l’époque, le tout puissant Chakib Khelil, un "homme du président" est littéralement sonné. Le 17 janvier 2010, trois jours après la décapitation du top management de Sonatrach, il explique dans une conférence de presse, qu’il n’a "pas plus d’éléments que ceux rapportés par la presse" et qu'il ne savait pas "qui a porté plainte dans cette affaire".

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Il avait ajouté avec beaucoup de sous-entendus que la presse connaissait la nouvelle "bien avant moi, et peut-être bien avant le juge", un message sibyllin pointant le DRS. D’habitude sûr de lui, le ministre, raconte un journaliste qui a couvert la conférence de presse, n’en menait pas large. Aux journalistes qui lui faisaient remarquer qu’il n’était pas convainquant, il répond: "c’est parce que je ne suis pas convaincu".

A la question de savoir s'il tiendra une autre conférence de presse s'il y a du nouveau dans l'affaire, il répond sur le même ton: "Oui, bien sûr, s'il y a du nouveau, vous le saurez avant moi...".

Pourtant, quelques jours plus tard, Chakib Khelil donne des instructions pour que Sonatrach soit partie civile dans l'instruction judiciaire ouverte contre les hauts cadres de Sonatrach.

Le geste avait choqué à l'époque les cadres survivants qui y avaient vu une "tentative déloyale de dégager la responsabilité de la tutelle". Ils soulignaient que cela allait paralyser la chaîne de décision car la "crise laissera des traces dans la grande compagnie nationale, elle se poursuivra tant que le ministre de l’énergie continuera d’occuper la fonction".

Un feuilleton politico-judiciaire au sommet

Tous les ingrédients d’un feuilleton politico-judiciaire au "sommet" et à l’algérienne étaient en effet réunis. Sonatrach est au cœur de l’organisation économique du pays et de ses relations économiques internationales, la mise hors circuit de son staff dirigeant a un impact considérable.

Les effets sur sur le fonctionnement du groupe sont lourds, les cadres qui assuraient la "relève" se sont abstenus généralement de prendre des décisions importante.L'aspect politique de l’affaire n’était pas négligeable pour ne ne pas dire fondamental.

C’est une enquête menée par le DRS qui touche de fait un proche du président Bouteflika. Pour des analystes, l'affaire Sonatrach explique largement les raisons qui ont poussé le président Bouteflika à réviser les prérogatives du DRS en matière d'enquêtes économiques

Un câble daté du 8 février 2010 de l'ambassadeur des Etats-Unis à Alger à l'époque, David D.Perce, relevait d'emblée la dimension "politique" de l'évènement. Il soulignait que les "spéculations vont bon train sur des conflits internes" et notait une "sortie de l'ombre du DRS» sans précédent.

L'ambassadeur soulignait que personne ne croyait Khelil quand il dit ne rien savoir de l'enquête alors qu'il a la haute main sur Sonatrach et qu'un parent à lui, Hemche, y avait une position clé même si la signature revenait à Meziane. "En décembre, Hemche a été brusquement mis à la retraite et s'est installé à Lugano, en Suisse".

L’ambassadeur observait que dans un pays où les processus de décisions sont "opaques", les "spéculations" sont en hausse alors que les "preuves matérielles sont rares".

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Pourtant, dans cette affaire qui va être enrôlée par la justice algérienne sous le nom de Sonatrach 1, Chakib Khelil, n’est pas cité. Il restera à son poste jusqu’au remaniement ministériel, du 28 mai 2010, où il est remplacé par Youcef Yousfi.

La justice algérienne ne s’intéressera à Chakib Khelil que dans l’affaire Sonatrach 2, elle-même ouverte après un flux d’informations liées à la procédure judiciaire engagée par le parquet de Milan sur des pots-de-vin de près de 200 millions de dollars versés par Saipem, filiale d’ENI, à des proches de l’ancien ministre de l’énergie.

Entretemps, Chakib Khelil avait quitté l’Algérie pour les Etats-Unis. Il n’est pas concerné, formellement, par le procès Sonatrach 1 qui s’ouvre aujourd’hui au tribunal criminel d’Alger.

Mohamed Meziane, dans ses récentes déclarations, a relevé qu'il n'était pas concerné par Sonatrach 2 et qu'elle était autrement plus grave que Sonatrach 1. Il est vrai que le montant des pots-de-vin pour les contrats octroyés à Saipem dépasse très largement les chiffres évoqués dans l'affaire Sonatrach 1.

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