MAROC
01/06/2018 12h:09 CET

Son coach refusé aux États-Unis, pas de championnat du monde pour Amal Amjahid

Il n’est décidément pas bon d’être belgo-marocain pratiquant... un art martial.

Amal Amjahid/Facebook

SPORT - La championne du monde de jiu-jitsu brésilien, Amal Amjahid, ne disputera pas le championnat mondial à Los Angeles. Son coach s’est vu refuser l’accès au territoire américain la veille de la compétition.

Amal Amjahid, 22 ans, belgo-marocaine originaire de Molenbeek en Belgique, 6 fois championne d’Europe de jiu-jitsu et autant championne du monde, n’a pas pu embarquer pour le championnat mondial à Los Angeles. Pour cause, son père et entraîneur Khalid Khoury a été retenu par la douane à l’aéroport de Londres. Il est interdit de territoire aux États-Unis, et ce, sans justification selon lui.

Amal, qui pouvait fouler le sol américain, a décidé de ne pas continuer l’aventure seule, sans son père. “Partir sans mon coach est une idée impensable à mes yeux tant que nous serons tous deux de cette terre, nous continuerons le chemin ensemble”, écrit la jeune fille sur sa page Facebook.

Un arrangement tardif

Amal devait disputer son premier match ce 1er juin à 16h sur le campus de l’Université d’État de Californie à Long Beach. La révocation de l’ESTA (l’autorisation de voyage aux États-Unis par système électronique) de son père a été décidée la veille du combat.

Amal et son père ont pu contacter l’ambassade américaine à Bruxelles. Cette dernière a tenté de convaincre le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, mais sans succès. Les seuls arrangements trouvés pour entrer sur le territoire américain ne pouvaient pas respecter les temps impartis, Amal devant disputer son premier match le lendemain du vol initialement prévu.

La faute au “Molenbeek bashing”?

Originaires de Bruxelles, et plus précisément de la tristement célèbre commune de Molenbeek, Amal et Khalid sont très respectés et connus du monde des arts martiaux belges et internationaux. Les nombreux titres remportés par la jeune sportive ont fait la fierté des Molenbeekois. Ils ont créé, en famille, une association de soutien scolaire et d’éducation par le sport, située au cœur de la commune.

Après les attentats de Paris, il s’en était suivi une médiatisation négative de la commune bruxelloise d’où les terroristes étaient originaires. Les Belges l’appellent le “Molenbeek bashing”.

Lors de sa campagne présidentielle, Donald Trump a qualifié Bruxelles de “trou à rats” suite aux événements meurtriers de Paris. Une fois devenu président, il a créé des remous avec le décret interdisant le territoire aux personnes ressortissantes de pays musulmans. 100.000 visas avaient été révoqués suite à l’adoption du décret.

Venir de Molenbeek a-t-il porté préjudice aux deux jiu-jitsukas? À la douane, pas de justification de leur refus. “Les raisons n’ont pas été données, aucune justification”, nous indique Khalid Khoury.

Pourtant, depuis 2013, le duo père-fille s’était déjà rendu en Californie à plusieurs reprises, que ce soit avant ou pendant la présidence de Donald Trump.

La toile indignée

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les commentaires des internautes qui soutiennent Amal, et s’indignent de l’annulation à la participation au championnat du monde.

Ibrahim Ouassari, fondateur du célèbre hub bruxellois MolenGeek, invité à New York aux Nations Unies, s’était vu aussi refuser l’accès aux États-Unis dans un premier temps avant de trouver un arrangement favorable grâce aux interventions d’un ministre et de deux secrétaires d’État belges. Lui aussi Molenbeekois, Ibrahim Ouassari accuse la discrimination par rapport à l’origine des noms et de la commune: “Il suffit malheureusement d’une personne qui décide que ton nom est trop comme-ci ou comme-ça, voire même trop lié à une commune par exemple, pour qu’il te révoque ton ESTA!”, écrit-il sur son compte Facebook.

L’année passée, ce sont deux taekwondoïstes de haut niveau et leur coach qui n’ont pas pu disputer l’US Open pour les mêmes raisons. Il n’est décidément pas bon d’être belgo-marocain pratiquant... un art martial.

LIRE AUSSI: