28/06/2019 09h:43 CET | Actualisé 28/06/2019 09h:44 CET

Sommet Women in Africa: "L'Afrique n'est pas un objet de charité mais un endroit où faire du business"

A l'occasion du premier jour du sommet Women in Africa, les femmes réitèrent leur volonté de raconter leur propre histoire.

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ÉCONOMIE - Deux jours pour “changer le paradigme”. Depuis ce jeudi 27 juin se tient à Marrakech le Women in Africa Summit. Un sommet réunissant 500 femmes, majoritairement africaines, venues des quatre coins de la planète pour promouvoir l’entreprenariat féminin dans le continent.

Comme les précédents, le sommet est organisé au Beldi Country Club. “Je pense que les sujets de femmes sont si difficile qu’en parler dans un endroit qui a du charme peut aider à faire passer des messages”, explique à l’assistance la fondatrice du sommet, Aude de Thuin. 

Pour cette troisième édition, le thème est le “changement de paradigme”. Ainsi, au lieu de parler de “France-Afrique”, “Chine-Afrique”, etc., les panels ont pour titre “Afrique-Europe”, “Afrique-Asie” ou encore “Afrique-Amérique du Nord”. “L’Afrique est notre monde”, insiste la créatrice du sommet.

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Hafsat Abiola, présidente du Forum.

Femmes digitales

Intervenant à l’ouverture du sommet, la charismatique présidente du WIA, la militante nigériane Hafsat Abiola, a quant à elle réitéré l’engagement du forum pour les femmes africaines. “Nous nous sommes engagées non pas pour une partie de l’Afrique, mais pour tout le continent”, clame cette dernière. Les 54 pays africains sont représentés cette année par 54 nouvelles entrepreneuses, les fameuses WIA 54.

Des femmes qui se sont démarquées par des projets, souvent à portée sociale, dans l’environnement, le tourisme, ou encore les nouvelles technologies. Nombreuses sont celles qui ont créé des projets tournant autour de la digitalisation des connaissances ou de l’apprentissage, notamment le “coding”. Les nouvelles technologies sont d’ailleurs une partie intégrante de ce “changement de paradigme” tant revendiqué par le forum. 

La “4e révolution industrielle” n’est pourtant pas évidente pour ce continent où le taux d’analphabétisation reste très important dans certains pays. “Si nous voulions être un leader dans ce domaine, nous aurions dû donner à notre population les outils basiques comme l’alphabétisation”, déclare Hafsat Abiola au HuffPost Maroc. “Mais nous pouvons toujours, avec les nouvelles technologies, trouver un moyen de les réhabiliter, notamment grâce aux applications à commandes vocales. Nous devons trouver le moyen de déchaîner ce pouvoir”.

“Le storytelling aide à la construction d’une nation”

Il faut dire que l’image du continent africain en Amérique du Nord ne l’aide pas non plus à être dans le collimateur des grandes entreprises de tech, partenaires désormais incontournables de l’économie mondiale.

Pour l’Américano-camerounaise Rebecca Enonchong, fondatrice d’Appstech et une des stars de la tech en Afrique, le continent doit en effet faire face, au pire, au dédain des compagnies web, et au mieux, à leur charité. “Quand Mark Zuckerberg a investi en Afrique, c’est par le biais de sa fondation”, regrette cette dernière. “Certains software n’ont même pas de pays africains dans leurs fuseaux horaires”, continue-t-elle.

“La seule entreprise a avoir traité l’Afrique comme un marché est Netflix parce qu’ils ont vu les Africains comme des clients potentiels plutôt que des victimes” estime-t-elle. “Les seuls personnes à s’être plaintes de cette présence étaient des hommes blancs qui, sur Twitter, écrivaient des choses comme ‘pourquoi dépenser tout cet argent pour ramener Netflix en Afrique plutôt que l’eau courante’”, a encore expliqué Rebecca Enonchong au cours du panel dédié à l’Afrique-Amérique du Nord.

Pendant le panel, une des instigatrices du hashtag #BringBackOurGirls, créé après l’enlèvement de lycéennes par Boko Haram au Nigéria, et ancienne candidate à l’élection présidentielle nigériane, Oby Ezekwesili, était invitée. Cette dernière a ainsi partagé avec l’assistance les frustrations que peuvent ressentir la diaspora ou la communauté africaine vis-à-vis de la représentation internationale du continent.

La militante a répété à l’assistance ce qui semble être le leitmotiv du sommet: “l’Afrique n’est pas un objet de charité mais un endroit où faire du business”.  “Le storytelling aide à la construction d’une nation”, insiste Oby Ezekwesili, encourageant les femmes africaines à partager leurs propres récits de l’Afrique plutôt que se laisser définir par les puissances étrangères. “Nous sommes déjà en train d’écrire l’histoire de notre continent de nos propres mains et avec nos propres efforts”, scande de son côté Hafsat Abiola.