MAROC
25/02/2019 14h:43 CET

Sommet arabo-européen du Caire: Le roi Mohammed VI appelle à "une coopération effective"

"La sécurité de la Nation arabe doit rester une affaire strictement arabe".

Carlos R. Alvarez via Getty Images

SOMMET - Une coopération concrète et ciblée. Tel est le credo du message du roi Mohammed VI au Sommet UE-Ligue arabe, qui se tient actuellement au Caire. Lu, ce lundi 25 février, par le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, qui conduit la délégation marocaine participant à ce premier événement du genre, le message royal estime que le sommet arabo-européen du Caire peut servir de “solide plate-forme vers une coopération effective”.

Pour le souverain, ce partenariat est appelé à être efficace en se basant “sur une vision claire et des plans d’action réalistes, voués au service des intérêts communs et mutuellement bénéfiques”. Mais pour y arriver, il faudra, prévient le message royal, ”élaborer une conception intégrée et cohérente du projet d’avenir” commun basé sur “un ordre de priorités rationnel”.

Dans cet ordre, le souverain place en tête de liste “la sécurité de la Nation arabe”, précisant que celle-ci “doit rester une affaire strictement arabe, tenue à l’abri de toute ingérence et de toute interférence extérieure”. Exception faite, souligne le roi Mohammed VI, du cas où “l’atteinte à la sécurité de notre région constituerait immanquablement une atteinte à la sécurité de l’Europe, voire du monde entier”. Et sur cette question, le message royal souligne “l’effort international que peuvent apporter des partenaires fiables”.

Ordre de priorités

Si la sécurité et la stabilité du monde arabe requièrent la plus grande importance, aux yeux du souverain, c’est parce qu’elles “sont menacées par des défis périlleux que génèrent parfois les politiques et les comportements de certains  pays à l’égard d’autres”. Ce qui impose un rappel à juste titre de la nécessité “d’adhérer aux principes de bon voisinage”, estime le message royal. Et de soutenir que respecter la souveraineté nationale des États et leur intégrité territoriale et s’abstenir de toute ingérence dans leurs affaires internes “permettront d’éliminer cette menace”.

Le bon voisinage stimule l’esprit d’entraide. Pour le souverain, la seconde priorité porte sur la nécessité pour l’Europe “d’aider ses voisins arabes à atteindre l’essor économique, scientifique et technologique nécessaire pour réduire les disparités économiques et sociales qui séparent les deux partenaires”. Une aide dans le cadre de “projets de développement concrets qui redéfinissent les filières de circulation des investissements et des personnes”. Il est particulièrement question, ici, d’instaurer “des équilibres productifs qui répondent aux préoccupations sécuritaires, économiques et sociales communes”.

Mais si l’UE est le deuxième partenaire économique des pays arabes, ses échanges commerciaux avec les pays arabes “bien qu’importants et denses, restent en-deçà de nos espérances”, regrette le souverain. Et de constater que “le taux des importations arabes en provenance de l’UE s’élève à 27% du volume global, alors que celui des exportations arabes à destination de l’Europe est de 11%”.

En quête de coopération plus fructueuse, le message royal place ainsi en troisième priorité l’intérêt de “configurer les partenariats futurs de manière à créer un environnement intellectuel, culturel et médiatique propice à la coexistence et à la coopération entre les peuples des deux régions”. Une richesse humaine avant qu’elle ne soit économique, le souverain met l’accent sur “l’intégration des générations montantes et l’enracinement des valeurs de tolérance et d’acceptation de l’Autre, au-delà des stéréotypes éculés” et “loin de toute forme d’exclusion et de rejet qui engendre irrémédiablement une logique d’affrontement et d’antagonisme”.

“Nous aspirons à bâtir une relation saine entre le monde arabe et l’Europe”, affirme le roi Mohammed VI. “Affranchie de tout préjugé et non sujette aux contrecoups d’événements éphémères”, cette relation devra se traduire par “une approche intégrée et globale associant la notion de responsabilité partagée à l’impératif de développement commun”. Les deux partenaires auront ainsi à gérer communément les question de l’immigration et de la lutte contre le terrorisme, sous leurs multiples aspects. Et, pour mener à bien cette collaboration, le souverain propose “d’élaborer cet ambitieux projet et de mettre en place ses mécanismes de fonctionnement”. Ce ne sera pas une mission difficile, selon le monarque, qui rappelle l’existence de mécanismes et de structures, en particulier “le dialogue 5 + 5″, ainsi que “l’Union pour la Méditerranée” (UMP). “Nous espérons que les structures et les programmes de l’UMP seront réactivés pour imprimer une dynamique vigoureuse à la coopération euro-arabe”.

Appels du Maroc 

Pour le souverain, ce sommet doit être un rappel des valeurs et un appel à l’action au-delà des conflits politiques. Dans son message, le roi Mohammed VI a ainsi appelé “les groupements arabes régionaux, dont l’Union du Maghreb arabe à laquelle nous appartenons, à jouer pleinement le rôle qui leur revient dans le développement de nos relations avec le partenaire européen, en dépassant les écueils politiques et les différends bilatéraux qui entravent le processus de décollage et de développement”.

Qualifiant ce premier Sommet UE-Ligue arabe de “moment fort du dialogue euro-arabe” dans un contexte de conjoncture agité, le souverain a affirmé qu’il représente “notre volonté commune de hisser ce processus à des niveaux élevés”. Il ouvrira, sans doute, a-t-il assuré, “des perspectives prometteuses à la coexistence pacifique de nos peuples et leur apportera la prospérité économique et sociale souhaitée”.

Dressant le bilan de son partenariat avec l’UE, le message royal a rappelé que, depuis des décennies, le Maroc a tissé “une expérience fructueuse singulière avec le partenaire européen, notamment dans le cadre du Statut avancé”. Une expérience qu’il souhaite désormais ”élever à des niveaux supérieurs”. Le Maroc est tout aussi “disposé à faire évoluer la coopération euro-arabe vers un partenariat innovant puisant ses ressources dans la richesse du patrimoine culturel et civilisationnel de chaque partie”.

Pour le moment, “l’état de la coopération euro-arabe, considéré à l’aune de son volume matériel et de son capital intellectuel, requiert une nécessaire évaluation objective et sereine de son bilan actuel”, a affirmé le souverain. Les deux partenaires sont appelés à revoir leurs méthodes travail et ses objectifs en vue “d’en consolider les bases et d’en rehausser la performance”.

Palestine, le défi commun

Le roi Mohammed VI, en sa qualité de président du Comité Al-Qods, relevant de l’Organisation de la Coopération Islamique, a tenu à rappeler, par ailleurs, que l’un “des principaux défis auxquels notre espace est confronté” reste la question palestinienne et l’avenir d’Al-Qods Al-Charif. “Nous accordons une attention particulière” à cette question, a assuré le souverain.

Profitant du sommet, il a surtout réaffirmé “la nécessité de préserver le statut juridique de la Ville sainte qui fait partie intégrante des territoires palestiniens occupés en 1967, dans le cadre de la solution des deux États”. Il a également insisté sur l’importance “de parvenir à une paix globale pour tous les peuples de la région, conformément aux constantes précédemment convenues lors du forum de notre dialogue”. Et de rappeler en particulier “l’impératif de permettre au peuple palestinien d’exercer son droit à créer son État indépendant, avec pour capitale Jérusalem-Est”.

Disposé, le Maroc le restera pour “toute nouvelle dynamique qui hisserait le dialogue euro-arabe au niveau d’une coopération réelle et rentable, dans l’intérêt bien compris des pays des deux régions, et pour que se concrétisent in fine les aspirations et les attentes de leurs peuples respectifs”, conclut le message royal.