MAGHREB
21/04/2015 11h:02 CET | Actualisé 15/11/2015 07h:48 CET

Tunisie: Sofiène Ben Farhat convoqué par le porte-parole du Parquet en direct lors d'une émission télé

Facebook/Ben Farhat

MÉDIAS - Ironie du sort: le chroniqueur Sofiène Ben Farhat, l'un des plus fervents défenseurs d'une loi anti-terrroriste "féroce", a subi les foudres du parquet pour des propos critiques sur les juges tunisiens. Intervenant en direct sur Nessma TV, le porte-parole du parquet de Tunis, Sofiène Selliti l'a appelé lundi à comparaître devant le procureur de la République à propos de ce qu'il avait avancé dans une émission du vendredi 17 avril: "Il y a des daechistes dans la magistrature".

Sofiène Ben Farhat doit "assumer pleinement sa responsabilité" et "se présenter au parquet de Tunis et donner toutes les informations qui sont en sa possession, liées à sa déclaration à propos de certains juges", a affirmé M. Selliti.

La déclaration polémique de Sofiène Ben Farhat faisait partie d'un argumentaire en faveur de l'élaboration d'une "loi antiterroriste féroce", allant jusqu'à donner l'exemple de Guantanamo.

"Il est temps aujourd'hui que les Tunisiens comprennent qu'il ne peut pas y avoir de tolérance face au terrorisme (...) Il y a des daechistes dans la sécurité. Il y a des daechistes dans la magistrature (...) Sous prétexte de protéger les droits humains, on blanchit le terrorisme (...) La Tunisie a besoin d'un chef de guerre (...) qui peut même prendre des dispositions exceptionnelles pour protéger l'Etat (...) Regardez les Américains, il ont mis les gens à Guantanamo!", a-t-il lancé.

Selon M. Selliti, "dire que des juges sont 'daechistes' veut dire, juridiquement, que certains juges appartiennent à l'organisation terroriste 'Daech'".

"La situation implique donc deux alternatives", a-t-il poursuivi. "Premièrement il y aurait des juges qui appartiendraient vraiment à une organisation terroriste. Dans ce cas, Sofiène Ben Farhat est au courant de ce sujet et il est juridiquement de son devoir d'informer le parquet de Tunis. Sinon il serait accusé de ne pas avoir avisé les autorités d'un crime terroriste, selon l'article 22 de la loi antiterroriste".

"La deuxième supposition est que ses propos soient de la calomnie, de la désinformation, des déclarations mensongères contre l'autorité judiciaire et une atteinte au prestige de la justice, ce qui constitue un délit puni par la loi", a-t-il ajouté.

Répondant aux propos du porte-parole du Parquet, le chroniqueur de "Ness Nessma" a exprimé son étonnement face à cette "convocation au tribunal en direct".

"Juridiquement, cela ne s'est jamais produit", a-t-il déploré.

"Parfois on dit qu'il y a des 'daechistes' pour décrire un comportement, cela ne veut pas dire qu'ils appartiennent à l'organisation (...) Les propos de Sofiène Selliti sont une forme d'intimidation (...) Un journaliste peut exagérer pour dire la vérité et je n'ai jamais dit que des juges travaillaient avec des personnes appartenant à Daech", a-t-il assuré pour se justifier.

Plusieurs journalistes ont réagi, mardi, à cette intervention du porte-parole du parquet, défendant Sofiène Ben Farhat et la liberté d'expression:

"Dans le fait de faire venir quelqu'un au parquet par un coup de téléphone, il y a une forme de dictature", a estimé l'animateur Elyes Gharbi sur Cap FM.

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