MAROC
31/01/2019 11h:23 CET

Six migrants ou réfugiés sont morts chaque jour en Méditerranée en 2018

Des chiffres alarmants, malgré la baisse du nombre d'arrivées de migrants en Europe.

Jon Nazca / Reuters
Des migrants débarquent d'un canot pneumatique sur la plage de Del Canuelo après avoir traversé le détroit de Gibraltar en quittant la côte marocaine, à Tarifa, dans le sud de l'Espagne, le 27 juillet 2018.

IMMIGRATION - Les chiffres sont alarmants. 2.275 migrants ou réfugiés ont trouvé la mort ou ont disparu en tentant de traverser la Méditerranée en 2018, soit une moyenne de six décès par jour, rapporte le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) dans un communiqué.

Selon le rapport intitulé “Voyages du désespoir”, publié mercredi 30 janvier par le HCR, si le nombre des arrivées de migrants en Europe est celui le plus faible en cinq ans, les réfugiés et les migrants qui tentent de rejoindre le continent européen par la mer Méditerranée “ont perdu la vie à un rythme alarmant” l’année dernière.

Ainsi, en 2018, 116.647 migrants ou réfugiés sont arrivés en Europe par la mer Méditerranée, contre 172.324 en 2017, 363.425 en 2016 et 1.015.877 en 2015, selon les données publiées par le HCR. Mais le nombre de migrants décédés par rapport à ceux arrivés en Europe par la mer ne cesse d’augmenter. En 2015, il y avait un décès pour 269 arrivées, contre un pour 71 en 2016, un pour 55 en 2017 et un pour 51 en 2018.

L’Espagne, principal point d’arrivée

“Le rapport révèle par ailleurs des changements importants intervenus dans les itinéraires empruntés par les réfugiés et les migrants”, note le HCR, indiquant que pour la première fois ces dernières années, l’Espagne est devenue le principal point d’entrée en Europe, avec 65.400 arrivées de migrants et réfugiés en 2018 (58.600 par la mer et 6.800 par la terre, principalement par les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla). Les arrivées sur la péninsule ibérique ont ainsi augmenté de 131% par rapport à 2017.

Les principaux pays d’origine des migrants arrivés en Espagne sont le Maroc et la Guinée (13.000 ressortissants chacun), suivis du Mali (10.300), de l’Algérie (5.800) et de la Côte d’Ivoire (5.300). “En Espagne, des enfants non accompagnés originaires du Maroc, de Guinée et du Mali figuraient régulièrement parmi les nouveaux arrivants”, précise le HCR dans le rapport.

777 morts en mer entre le Maroc et l’Espagne

Aussi, 777 personnes sont décédées en mer Méditerranée entre le Maroc et l’Espagne, contre 202 en 2017 soit près de quatre fois plus. Et au moins six personnes sont mortes à la frontière entre le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, quatre d’entre elles pendant ou après leur tentative d’escalader le grillage, précise le HCR.

ANGELA RIOS via Getty Images
Des migrants tentent d'escalader la barrière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Melilla, en février 2015.

“Le rapport décrit également la manière dont les changements intervenus dans la politique menée par certains États européens ont entraîné de nombreux incidents, au cours desquels un grand nombre de personnes ont été immobilisées en mer pendant plusieurs jours, dans l’attente d’une autorisation d’accoster”, souligne le HCR. “Les bateaux des ONG et leurs équipages ont été confrontés à des restrictions accrues dans le cadre de leurs opérations de recherche et de sauvetage”, précise-t-il.

Enfin, l’agence onusienne note qu’une réduction des opérations de recherche et de sauvetage continue de faire de cette traversée maritime la plus meurtrière au monde. Or “sauver des vies humaines en mer n’est ni un choix, ni une question de politique, mais bien une obligation séculaire”, a estimé Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, dans le communiqué.