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10/11/2018 13h:05 CET | Actualisé 10/11/2018 13h:05 CET

SILA..Chine nous est contée

"A part les pensées de Mao, je n’ai lu aucun auteur chinois. J’ignore tout de la littérature chinoise. Pourtant, des raisons personnelles ont fait que la Chine ne m’est pas étrangère..."

HuffPost Algérie

En ce mois de novembre, l’Empire du milieu jette l’ancre au cœur d’Alger. Le Salon international du livre d’Alger à fait cette année de la Chine son invitée d’honneur. J’allais dire qu’il était temps, tant est immense la littérature chinoise. Aussi immense que la méconnaissance qu’on en a chez nous. Parce que la Chine est loin de nous géographiquement, même si elle fût politiquement proche : premier État à avoir reconnu l’Algérie avant même l’indépendance et dont nous fêtons le soixantième  anniversaire de cette reconnaissance. Loin de nous par le système d’écriture également, ce qui ne favorise pas les échanges.

A part les pensées de Mao, je n’ai lu aucun auteur chinois. J’ignore tout de la littérature chinoise. Pourtant, des raisons personnelles ont fait que la Chine ne m’est pas étrangère, puisque mon frère aîné était diplômé de mandarin. En 1963, il était sans doute le premier algérien à avoir ce diplôme.

Entré au Ministère des Affaires Étrangères, il est affecté à Pékin en 1966. Il y débarque alors que la révolution culturelle bat son plein et que règne un chaos indescriptible. Il allait être pendant plus de deux ans témoin des soubresauts et des luttes internes qui vont secouer la Chine, pour permettre à Mao de conserver le pouvoir quelques années encore.

En tant qu’étranger, son séjour pékinois a été par certains côtés assez pénible. Les jours passaient et se ressemblaient. Sortir dans Pékin n’était pas sans risque, face à la fureur souvent sanguinaire des Gardes rouges, manipulés sans vergogne par le Grand Timonier qui refusait de lâcher la barre, quitte à sacrifier toute l’élite de son pays et à affamer toute sa population.  

Mais d’autres souvenirs ont été pour lui très enrichissant. En effet, juste avant le déclenchement de la révolution culturelle, Kateb Yacine arrive à Pékin, invité par l’Union des écrivains chinois. Vu les circonstances, son programme en fut bouleversé. Il resta confiné pratiquement pendant un mois avec pour seul compagnie celle de mon frère. Ils tentèrent un jour de faire une sortie dans Pékin en pleine effervescence et sont pris à partie par la foule, malgré le véhicule diplomatique.

Après Pékin, ils se retrouvent à Hanoï, dans des conditions beaucoup plus agréables et confortables. Les Vietnamiens, alors en guerre contre le Sud et les Américains, avaient un très grand respect pour Kateb Yacine.

De ces périodes naquit une amitié profonde, comme peuvent  en témoigner les lettres dont j’ai eu connaissance et d’autres marques encore. Ils furent une dernière fois unis dans la mort lorsque en 1989 Kateb Yacine, malade, fut pris en charge pour son transfert en France par l’entremise de mon frère, alors Secrétaire Général du MAE. Ironie du sort, il tombe malade à son tour, atteint, semble-t-il, du même mal. Transféré à Paris, il meurt quelques jours avant Kateb Yacine.

Une autre histoire chinoise concerne la réalisation, en pleine révolution culturelle, de quatre rouleaux suspendus par un artiste chinois qui ne cessait de répéter à mon frère qu’il risquait sa vie s’il était découvert. Mais les forces de l’esprit l’emportent toujours sur la barbarie.  À chaque fois que je vois ces rouleaux, je ne peux m’empêcher de penser à cet artiste chinois.

Ceux qui se souviennent de cette période savent qu’un nombre incalculable d’œuvres d’art inestimables a été détruit, au seul motif de représenter un art bourgeois. Aujourd’hui, les milliardaires chinois  mettent des sommes astronomiques dans des œuvres qu’on dit d’art post- moderne et qui sont pour le moins ésotériques à nos esprits habitués à d’autres formes artistiques.

Bien sûr, il y a la cuisine chinoise qui a été une grande découverte pour mon frère qui disait qu’en trois ans il n’avait pas mangé deux fois le même plat. Il faut dire que cette cuisine est riche de quelque quarante cinq mille plats. On dit aussi que les Chinois mangent tout ce qui vole et tout ce qui a quatre pattes, sauf les avions et les tables.

“Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera”

La Chine explose littéralement et se développe tous azimuts. Les anciennes routes de la soie sont en train d’être réactivées sur des tracés modernes. La prophétie  de Napoléon se vérifie donc : “Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera.” Sauf que le début de cette prétendue prophétie à toujours été escamoté : “Laissez donc la Chine dormir, car quand…”. La Chine s’est bel et bien réveillée, n’en déplaise aux partisans du ronronnement des peuples.

Quant au péril jaune, épouvantail occidental devenu inopérant, il préfère  les armes commerciales à la politique de la canonnière chère aux puissances occidentales que le dynamisme chinois  marginalise de plus en plus.

Mais ce pays immense, qui concentre un cinquième de la population mondiale, peut être en proie lui aussi à ses propres périls dans ce qu’il considère comme le danger islamiste et auxquels il apporte une réponse qui a failli parce qu’inappropriée.

L’Algérie a grandement contribué à la reconnaissance de la Chine et son retour à L’ONU. L’Algérie ne faisait que rendre la politesse à la Chine. L’admission de la Chine à l’ONU a été un grand moment : l’Algérie , en collaboration avec un certain nombre de pays, a profité d’une disposition du règlement de l’organisation pour faire admettre la Chine par un vote en assemblée générale, la voie du Conseil de Sécurité étant verrouillée par le droit de véto des USA.  

Le représentant de Taïwan avait quitté l’assemblée sur le champ, la traitant auparavant d’assemblée de gardes rouges, en référence aux jeunes chinois que Mao avait lâchés comme des chiens enragés contre ses opposants.

C’était du temps de la diplomatie algérienne active et conquérante. La qualité et le professionnalisme de nos diplomates étaient reconnus dans le monde entier. Les lignes de force de notre politique étrangère étaient connues par tous et constamment rappelées.