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30/04/2019 09h:35 CET | Actualisé 30/04/2019 09h:35 CET

Sidi Bouzid: Le centrisme politique est responsable

Nous devons arrêter de les laisser à l’agonie en abandonnant leur seul espoir: l’État. Non pas l’État avide et en campagne tel que celui que l’on découvre depuis 2011...

Imaginez l’éternité. Pensons l’après-vie. Quelle douleur, pour les femmes mortes de Sidi-Bouzid, d’en rencontrer d’autres qui elles aussi ont connu la précarité d’un anciens temps, décédées dans l’indifférence et la souffrance.

La politique des croyants

La politique fût. La démocratie fût. Mais la lumière n’est pas. Peut-être car nous sommes tous représentés par des métèques, qui n’ont de croyances que la chaise sur laquelle ils s’assoient mais qui rassemble étonnement, des croyants. 

Pourquoi ces militants se ruent vers ces partis sans fond? C’est parce que la forme suffit à un peuple dépolitisé. Cette phase didactique qui était censé nous apporter les politiciens, responsables et conscients du poids des Martyrs, n’est jamais arrivée.

Et tout cela est très important, car il pourrait expliquer l’absence d’avant et d’après pour ces ouvrières que la mort sur une route peut emporter.

Nous avons refusé de démocratiser les outils de la démocratie. Nous gardons un discours d’un centrisme si puissant qu’il couvre l’étendue du vide idéologique derrière. Il serait trop risqué d’organiser la décentralisation du pouvoir, car ça pourrait réduire le notre une fois arrivés au pouvoir.

Sur les 217 partis existants, une masse informe de 60 à 70% se revendiquent du centre. Car ce même centre leur permet de vendre tout et son contraire et c’est ce même centre qui leur permet de brasser des noms et non des idéaux.

Impuissance programmée

La culture de la liberté s’est emprise de nous jusqu’à nous aveugler des dangers de cette dernière si elle s’applique à l’économie. Les libertaires se sont fait taire et sont devenus libéraux, programmant la mort du service public.

Ce dernier s’effondre progressivement et chaque mesure réclamée par les syndicats pour le réanimer est vue comme un affront.

Mais c’est dans ces faits divers sordides, dans ces moments où la capitale contemple les régions en réalisant que ce genre de choses arrive réellement et ne sont pas que des discours gauchistes.

Ainsi, la question doit chatouiller leurs cerveaux quelques jours: avons nous abandonné ces gens? Avons nous perdu l’objectif des soins et du transports pour tous? Du minimum de dignité de vie, assurée par l’Etat?

Et puis, la pression des agences de notations et la volonté d’utiliser des indicateurs qui décrivent une économie où l’objectif est d’économiser sur le dos de ceux qui n’ont rien, retourne petit à petit coloniser la pensée politique centriste. 

Les déçus

Ensuite on se demande: pourquoi tant de nostalgiques? Pourquoi tant d’adeptes des thèses conservatrices et liberticides du Neo-Destour? Pourquoi choisissent-ils la voix de la radicalité ?

Car le centre leur offre une image, une peinture qui n’a pas évolué depuis 2011. Les plus précaires peuvent hausser le ton, mais n’ont pas de quoi faire entendre leurs voix.

Ils ne crient qu’une ou deux fois, tentent en vain de sonner l’alarme et de ramener les responsables à la raison, eux qui monopolisent le rationnel.

Ils ne pleurent plus, ne croient plus et votent pour un changement brusque quelqu’il soit. Tout sauf rien.

Imaginez vous sur une île déserte, pour une éternité. Que préférez-vous? L’explosion ou le silence des vagues qui cognent la plage?

Si nous voulons réellement garder les plus précaires du côté de la révolution et les convaincre des biens-fait de cette dernière, nous devons arrêter de les laisser à l’agonie en abandonnant leur seul espoir: l’État. Non pas l’État avide et en campagne tel que celui que l’on découvre depuis 2011, mais celui qui est un élévateur, une épaule sur laquelle les plus précaires se reposent pour
prendre leur envol: l’État qui investit dans tous et toutes, même ceux auxquels personne n’ose donner une miette. Surtout, eux.

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