MAROC
05/12/2018 09h:18 CET | Actualisé 05/12/2018 09h:22 CET

Sida: Casablanca, Marrakech et Agadir sont les villes les plus touchées par le virus

70% des femmes touchées sont infectées par leur conjoint.

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SANTÉ - Avec un total de 20.000 personnes atteintes du VIH recensées au Maroc, “le Sida est toujours là”. C’est d’ailleurs le thème de l’édition 2018 du Sidaction Maroc choisi par l’Association de lutte contre le sida (ALCS) qui fête cette année ses 30 ans de sensibilisation et collecte de fonds pour combattre cette maladie virale.

Si le sida est peu prévalent au Maroc et n’atteint que 0,08% de la population selon les dernières estimations du ministère de la Santé, il a pourtant causé 480 décès en 2017 et atteint 990 nouvelles personnes.

Un bilan qui diminue depuis 2014, d’après Mehdi Karkouri, médecin et président de l’ALCS, alors qu’il augmentait d’année en année avant cette date. “On dépiste moins alors qu’on fait plus de tests. C’est le fruit de 30 ans d’efforts mais cela ne veut pas dire que notre travail est fait”, affirme le médecin au HuffPost Maroc, qui ajoute que le nombre de décès, quant à lui, reste relativement stable.

Avec un taux de 70% de séropositifs qui connaissent leur statut sérologique, le Maroc est bien loin des objectifs établis par ONUSIDA pour l’horizon 2020. Les objectifs étant d’arriver à atteindre le taux de 90% des personnes vivant avec le VIH qui connaissent leur statut sérologique, que 90% de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral durable et que 90% des personnes recevant un traitement antirétroviral aient une charge virale durablement supprimée pour que la quantité du virus dans le sang devienne indétectable.

Un test et un traitement gratuit mais le problème persiste

Malgré la gratuité du test et sa disponibilité dans la majorité des hôpitaux du Maroc, les personnes les plus exposées au risque d’infection sont toujours aussi réticentes à aller se faire tester alors que 67% des nouvelles infections se produisent parmi ces populations, regrette le docteur Karkouri, soulignant que c’est la nature incriminante des activités de ces personnes qui les décourage.

La maladie touche, en effet, davantage les professionnelles du sexe féminin (1,3%) et les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes avec un taux en moyenne de 4,5% de la population atteinte du VIH, mais qui s’élève à 9% à Casablanca - un taux supérieur dû à une densité démographique plus élevée dans la ville, selon Karkouri.

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Le VIH est aussi plus répandu chez les personnes qui s’injectent des drogues avec une moyenne de 7,1% et qui atteint 13,2% à Nador à cause d’une plus grande utilisation de drogues dans la région, selon le médecin, qui souligne que la transmission du virus est “quasi-automatique” dans le cas d’un échange de seringue alors qu’elle ne l’est pas forcément pendant un rapport sexuel.

Autre chiffre qui étonne: 70% des femmes sont infectées par leur conjoint. Ce dernier, ayant eu une relation extra-conjugale, se voit porteur du virus et le transmet à son épouse. “Nous essayons toujours d’encourager les personnes à ramener leur partenaire sexuel mais elles ont n’en pas toujours le courage. De plus, l’infection est souvent motif de rupture pour le mari alors que les femmes ont tendance à rester avec leur époux même s’il est infecté”, explique le docteur Karkouri en soulignant que cela touche toutes les classes sociales.

Par ailleurs, trois régions principales concentrent 65% de cas notifiés selon le ministère de la Santé: Casablanca (18%), Marrakech-Safi (23%) et Souss-Massa (24%). “Nous effectuons plus de tests dans ces régions-là, c’est donc normal que nous dépistions plus de cas. Pour la région d’Agadir, il y a beaucoup de mobilité chez les ouvrières de la région qui vivent dans des conditions difficiles et peuvent éventuellement se prostituer”, explique Karkouri.

Pour parvenir à diminuer le taux estimé de 30% des personnes infectées qui l’ignorent, l’ALCS organise, tout au long de l’année avec ses volontaires, des caravanes de dépistage pour aller vers les populations les plus vulnérables.

“La patient n’est pas obligé de nous donner son identité, et les résultats sont près en 15 minutes”, précise le président de l’association qui accompagne les personnes atteintes dans les centres de traitement du sida où la prise en charge est totale.

La majorité pour être dépisté

Cependant, l’âge reste un facteur déterminant dans la lutte contre le sida au Maroc. Le test reste inaccessible pour les mineurs sans l’accord de leurs parents alors que les derniers chiffres de 2017 démontrent que 35% des personnes atteintes sont âgées de 15 à 24 ans.

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La loi interdit aux médecins d’effectuer des tests sur les mineurs puisque ces derniers ne jouissent pas encore de leur pleine capacité au sens juridique. “On continue de plaider pour que les jeunes puissent faire le test sans l’accord de leurs parents”, déclare Karkouri.

“Nous pouvons penser qu’à l’heure d’Internet, les jeunes sont plus avertis en ce qui concerne les relations sexuelles mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes et souffrent d’un déficit d’informations à ce niveau”, regrette le président de l’association qui effectue fréquemment des visites dans les universités pour sensibiliser les jeunes à ce sujet mais ne peut accéder aux collèges et lycées.

Le médecin appelle donc à la nécessité de dispenser des cours d’éducation sexuelle dans les écoles pour faire face à ce problème. Un travail qui, selon lui, doit se faire au niveau du gouvernement.

Pour rappel, l’âge moyen au Maroc du premier rapport sexuel avec pénétration est de 16,7 ans pour les jeunes hommes et de 18,2 ans pour les jeunes filles selon le ministère de la Santé.

Après une campagne nationale de dépistage réussie où 200.000 tests ont été effectué, la lutte contre le sida continue au Maroc avec le Sidaction qui se déroule pendant tout le mois de décembre dans différentes villes du Royaume. L’ALCS a déjà commencé sa collecte de fonds dans les établissements scolaires et des aéroports du Maroc en attendant l’événement phare du programme, la soirée télévisée Sidaction qui sera diffusée en direct le 15 décembre sur 2M.