TUNISIE
28/08/2018 08h:14 CET

Si vous êtes adepte de procrastination, c'est peut-être à cause d'une zone de votre cerveau

Des chercheurs ont trouvé une différence dans la taille de l'amygdale entre les procrastinateurs et ceux qui arrivent à s'activer en toute circonstance.

diego_cervo via Getty Images

SCIENCE - Vous lisez cet article au lieu de travailler sur un projet pour la fin de la semaine. Ce n’est pas votre faute, c’est celle de la composition de votre cerveau. C’est en tout cas ce que vous pouvez tenter de répondre à votre chef avec un soupçon de mauvaise foi, en citant une étude publiée le 17 août dans la revue Psychological Science.

Plus exactement, les six chercheurs à l’origine de ces travaux ont découvert un lien entre la procrastination et la taille et le fonctionnement de l’amygdale, une zone du cerveau qui gère notamment notre rapport aux émotions et plus particulièrement à la peur.

De ce fait, elle joue un rôle dans nos prises de décisions en estimant l’impact, négatifs ou positifs, des résultats, précise dans un communiqué l’université allemande de la Ruhr à Bochum, dont fait partie l’auteur principal de l’étude.

Émotions négatives

Les auteurs ont analysé 264 personnes. Ils leur ont d’abord fait remplir un questionnaire visant à cerner leur personnalité. Avec des questions de ce type:

 

Quand vous n’avez rien de particulier à faire et que vous vous ennuyez, vous:


A) Avez du mal à rassembler assez d’énergie pour faire quelque chose.
B) Trouvez rapidement quelque chose à faire

La réponse A est évidemment celle d’un procrastinateur en herbe. Ensuite, les chercheurs ont analysé le cerveau des 264 cobayes grâce à une analyse IRM. Ils ont alors remarqué que les personnes qui ont tendance à ne pas arriver à se motiver ont également une amygdale plus importante.

“Cela pourrait vouloir dire que les individus avec une amygdale d’un plus grand volume ont appris de leur précédentes erreurs et évaluent leurs futures actions et leurs possibles conséquences plus en profondeur”, notent les auteurs. Ce qui pourrait entraîner plus de peur et plus d’hésitation.

Des mystères à éclaircir

Autre enseignement de l’étude, les personnes adeptes de la procrastination auraient tendance à avoir une connexion plus faible entre l’amygdale et lecortex cingulaire antérieur dorsal. Cette zone utilise les informations de l’amygdale pour prendre la décision de réaliser une action ou non. Une connexion moins forte pourrait donc entraîner une régulation des émotions négatives insuffisante, avancent les chercheurs.

Tout cela n’est qu’interprétation, évidemment. Les auteurs précisent bien que leur étude ne permet pas d’établir “un lien causal direct”. En clair, on ne sait pas vraiment si la taille et les connexions de l’amygdale influencent directement notre tendance à la procrastination, ou si d’autres facteurs sont plus importants.

Surtout, on ne sait pas à quel point tout cela est figé. Après tout, la plasticité du cerveau n’est plus à démontrer: au jour le jour, nous le façonnons via notre activité cérébrale. Ainsi, les auteurs estiment que de futures études devraient essayer de savoir s’il est possible de modifier ce type de comportement et/ou la taille de l’amygdale.

“De telles découvertes permettraient non seulement de fournir une explication causale” à la découverte des auteurs, mais “pourrait également offrir la possibilité de changer les individus” ayant tendance à procrastiner.

Et même si ce n’est pas le cas, la procrastination n’est pas obligatoirement une tare. Il suffit de regarder cette vidéo de Tim Urban, l’auteur du blog de vulgarisation “Wait But Why”, pour s’en convaincre:

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