MAROC
07/04/2018 12h:53 CET

"Shitholes": Des Marocaines participent à l’expo qui montre que les pays émergents ne sont pas de la "merde"

Deux artistes marocaines vont exposer à Philadelphie aux Etats-Unis.

Zineb Benjelloun, Dina Benbrahim et Seif Eddine Nechi.
Les artistes marocaines Zineb Ben Jelloun (en haut) et Dina Ben Brahim (en bas à gauche) ainsi que l'artiste tunisien Seif Eddine Nechi (en bas à droite) exposeront à Philadelphie.

CULTURE - Contre l’insulte proférée par le président américain Donald Trump en janvier dernier, lorsqu’il avait qualifié Haïti et certains pays d’Afrique de “shitholes” (“pays de merde”, ndlr), Fatène Ben-Hamza et Steve Garguilo, frustrés par de tels propos, ont décidé de réagir.

Cette réponse, ils la donnent à travers une exposition artistique éphémère, dont l’objectif est de mettre en avant des artistes issus des pays émergents et notamment du Maroc. La première édition aura lieu aux États-Unis en septembre prochain.

Deux artistes marocaines dans le projet

“Nous avons été frustrés des propos rapportés par Donald Trump. Je vis au Maroc et mon cofondateur au Mexique, et nous ne nous sommes pas du tout retrouvés dans ces paroles, bien au contraire. Ces pays sont magnifiques et regorgent de talents. Vraiment, on s’est dit que c’était impossible qu’il puisse dire une telle chose”, explique au HuffPost Maroc Fatène Ben-Hamza, cofondatrice de l’événement.

Cela faisait longtemps que la jeune franco-tunisienne de 31 ans et son acolyte américain Steve Garguilo envisageaient de monter un projet original autour de la création et de l’art. “Quand il y a eu cette polémique, on s’est dit que c’était la bonne opportunité d’organiser cette exposition afin de mettre à l’honneur le travail créatif des nombreux talents qui existent dans les pays que nous avons visités”.

Initiée par la galerie “Le Chapeau Project”, cette manifestation a pour objectif de mettre en avant des artistes issus des pays émergents. “Pour nous, l’art est un moyen de communication extrêmement puissant. C’est une des meilleures façons de comprendre une société. Ces pays sont remplis de gens talentueux et de très belles cultures. Il se passe pleins de choses dans ces pays-là. Ce sont aussi de grandes civilisations, elles méritent que l’on s’attarde sur elles”, explique Fatène Ben-Hamza.

De la Tunisie au Mexique, en passant par le Maroc

Ainsi, la galerie exposera les œuvres d’artistes venant de divers pays émergents tels que la Tunisie, le Mexique, le Kenya, le Rwanda, l’Uganda, Haïti et le Maroc. Les couleurs du royaume seront représentées par les deux artistes marocaines Zineb Ben Jelloun et Dina Ben Brahim, sélectionnées pour leur travail jugé “d’une réelle profondeur et d’une diversité très intéressante”.

Toutefois, la liste est susceptible de s’allonger étant donné que les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 mai. Pour les artistes intéressés, il suffit de se rendre sur le site internet de la galerie “Le Chateau Project” et de s’inscrire.

Les candidatures seront épluchées par les fondateurs du projet et les candidats sélectionnés selon des attentes spécifiques. “Nous ferons la sélection finale des artistes selon les types d’art, les messages que portent les artistes à travers leurs réalisations et aussi dans une logique de cohérence générale avec l’ensemble du groupe pour permettre une expérience enrichissante aux spectateurs”.

Un concept original

Cette exposition artistique éphémère propose un concept de galerie d’art unique: “Il diffère de celui des expositions traditionnelles. Pour la première édition, on a décidé de faire ça sur une journée et après, l’idée est de faire la même chose dans plusieurs villes du monde avec à chaque fois, des thèmes différents”, explique Fatène.

Une vingtaine d’artistes seront présents pour pas moins de soixante pièces exposées. Photographie, peinture, illustration, sculpture et bien d’autres disciplines artistiques visuelles seront représentées. Les organisateurs ont veillé à ce que chaque performance soit une expérience. “Il y aura très probablement, parmi les expériences et les performances qui seront présentées, de la musique avec des danseurs. C’est une exposition ouverte à tous types d’art”, précise la franco-tunisienne.

“Ouvrir un peu plus les gens sur le monde”

Derrière cette réponse intelligente qui puise sa sagesse dans la créativité et l’expression artistique, se cache un message fort: “Il faut arrêter de représenter ces régions du monde comme des ‘shitholes’, comme des choses qui n’apportent rien aux autres. Avec cette exposition, on espère ouvrir un peu plus les gens sur le monde et leur faire prendre conscience qu’il y a beaucoup de choses à découvrir dans ces endroits”.

La première édition aura lieu le 28 septembre à Philadelphie. “On a choisi cette ville car s’il y a bien un pays en ce moment qui a besoin de s’ouvrir vers le monde, c’est bien les États-Unis. Et puis, Philadelphie est une ville très symbolique, c’est la première ville répertoriée à l’UNESCO et c’est également la première capitale des États-Unis”, conclut l’initiatrice de l’événement.