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10/05/2018 11h:46 CET | Actualisé 10/05/2018 13h:10 CET

Sexisme et politique en Tunisie

Il ne suffit pas de porter un tailleur ou d’avoir les cheveux au vent pour devenir l’incarnation de la femme arabe émancipée

Zoubeir Souissi / Reuters

Quand il s’agit d’élections, la cause des femmes devient un enjeu crucial en Tunisie.

Classe politique, personnages publics et médias, tous semblent soudainement se préoccuper de la représentation des tunisiennes. En effet, depuis la campagne des municipales, islamistes et progressistes jouent à qui mieux mieux. Pourtant, entre la possible future maire de Tunis et ses opposants, difficile de dire qui est le plus misogyne dans l’histoire.

La future “cheikha” de Tunis, pensant qu’il n’existe qu’un seul prototype de femme tunisienne, lui dédie sa victoire le lendemain même des élections. Dans l’euphorie du moment, elle oublie cependant de préciser que ce ne sont pas toutes les femmes tunisiennes qu’elle entend représenter.

Souvenons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, Souad Abderrahim qualifiait les mères célibataires “d’infamie”. Véritable cancer pour notre honorable et pieuse société arabo-musulmane, ces dernières ne “devraient pas aspirer à un cadre légal qui protège leurs droits” selon elle.

Féministes, débauchées et autres marginales ennemies de l’islam n’ont qu’à bien se tenir, Tunis risque de se transformer en véritable Halal-city.

Sous ses airs modernes, notre ex-députée -qui essaye tant bien que mal d’adopter une posture progressiste- ne fait que servir de caution à Ennahdha. Mais contrairement à ce que pensent certains médias étrangers, il ne suffit pas de porter un tailleur ou d’avoir les cheveux au vent pour devenir l’incarnation de la femme arabe émancipée; encore faut-il que les idées suivent derrière.

Quant à ce qui fut “la seule alternative face à la menace islamiste”, nous avions naïvement pensé que Nidaa Tounes avait touché le fond. Il faut croire qu’ils n’ont pas encore tout donné.

Foued Bouslama n’est pas le premier homme politique au sein de Nidaa à tenir des propos sexistes - coucou BCE- et ne sera sûrement pas le dernier. Pour ce brave homme, il est impensable qu’au 21e siècle, une femme soit présente la veille de la 27ème nuit de Ramadan dans les mosquées. Admirez la perspicacité et la logique de l’argument, ça en devient presque amusant de les voir se tirer des balles dans le pied. Il est inutile de préciser que quand on cherche à ratisser large, sans se baser sur une quelconque idéologie et un semblant d’idées, on finit par rassembler tout et n’importe quoi.

Nous sommes nombreux à avoir reproché à l’opposition son inertie et sa passivité, mais la véritable question est: que faire d’une opposition quand le parti au pouvoir se décrédibilise parfaitement tout seul?

Après les élections de 2014, certains se sont demandé ce qui pouvait bien réunir ces deux projets qui semblaient à priori “s’opposer”. Bien que ces quatre dernières années nous aient montré qu’en Tunisie la soif du pouvoir justifiait les alliances les plus farfelues, il se pourrait qu’on ait également du mal avec la définition de certains concepts; et il s’avère qu’entre le conservatisme et le progressisme il n’y a souvent qu’un pas; celui de la misogynie.

Quoiqu’il advienne, les perdantes seront toujours les mêmes dans un pays qui méprise la moitié de sa population. Ce n’est donc pas un hasard si des mouvements tels que #MeToo , bien qu’ayant pris des dimensions planétaires, ne nous ont aucunement touchés.

Suite à ces vagues de scandales, la question de savoir “ce qu’est le féminisme” a souvent été posée en Occident. Peut-être que pour des personnes comme Souad Abderrahim et Foued Bouslama ce mot est une aberration. Pour moi, il s’agit simplement de défendre toutes les femmes, même celles avec qui je suis en profond désaccord, contre toutes les attaques sexistes. Souad Abderrahim doit être critiquée pour ses idées et non pour son sexe. Je ne la soutiens pas pour les propos offensants qu’elle a pu tenir mais je ne cautionne pas non plus les discriminations sexistes dont elle peut être la victime.

En attendant, le chemin vers l’égalité est encore long.

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