TUNISIE
17/01/2019 16h:37 CET | Actualisé 26/01/2019 18h:52 CET

Sexe et amour au Maghreb: un documentaire inédit réalisé par Michaëlle Gagnet bientôt diffusé sur M6 (INTERVIEW)

Le documentaire est une véritable mise à nu de bien de facettes de la sexualité au Maghreb.

Michaëlle Gagnet
Michaëlle Gagnet

Le documentaire est une véritable mise à nu de bien des facettes de la sexualité au Maghreb. “Sexe et amour au Maghreb”, est un documentaire réalisé par la journaliste française Michaëlle Gagnet. Il sera diffusé le 27 janvier dans l’émission “Enquête exclusive” sur M6. 

 

Les tabous liés à la virginité, à l’homosexualité, aux mères célibataires...autant de sujets relevés dans le film. La journaliste est allée à la rencontre de Tunisiens et de Marocains ayant une sexualité et une vie amoureuse compliquée, jugée transgressive ou prohibée. Peut-on s’aimer librement au Maghreb? Pas si simple, pas toujours évident, comme en atteste le documentaire.  

Ayant réalisé plusieurs documentaire pour Arte, M6 ou encore France 2, la journaliste française a pu réaliser de près l’importance du sujet et les poids socio-culturels qui le cernent après un long séjour en Tunisie.

Elle en parle au HuffPost Tunisie (Interview). 

C PROD
Capture écran du documentaire 

HuffPost Tunisie: Comment avez-vous eu l’idée de faire ce documentaire? 

Michaëlle Gagnet: Je connaissais bien le sujet car j’avais déjà travaillé sur ce thème pour Arte il y a quelques années, notamment sur les femmes au Maroc, lors de la réforme de la Moudawana, le code de la famille.

Mais aussi, j’ai eu l’immense chance de vivre en Tunisie pendant trois années. Et j’ai observé les amoureux dans les parcs, dans les escaliers à Sidi Bou Saïd, toujours un peu cachés.

Je me suis dit qu’il fallait raconter cela: l’amour caché, secret, les interdits et puis donner aussi la parole à cette jeunesse qui a soif de liberté.

La liberté amoureuse, sexuelle, est une des premières libertés. Si elle est contrariée, interdite c’est que la liberté individuelle n’est pas totalement acquise dans un pays. Et pourtant je suis optimiste pour la Tunisie.

Est-ce que c’est facile de trouver des témoignages sur un sujet aussi délicat? Et quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en général?

L’enquête et le tournage ont pris huit mois. Le fait de vivre en Tunisie a facilité les choses. J’ai pu rencontrer plusieurs fois les personnes pour les mettre en confiance. Certains, aussi, sont des amis ou des connaissances.

La difficulté a été de convaincre les gynécologues de parler de la réparation de l’hymen. Il a fallu plusieurs mois. Un seul a osé parler.

C PROD
Capture écran du documentaire 

 Certaines personnes prennent aussi des risques importants en témoignant comme les homosexuels, de l’association Shams, qui ont accepté de s’exposer. Eux aussi sont extrêmement courageux.

Enfin, il est de plus en plus compliqué pour les journalistes de tourner au Maroc. Nous avons dû être discrets pendant le tournage et utiliser une petite caméra.

Pourquoi l’Algérie ne figure pas dans le documentaire? 

Je n’ai pu me rendre en Algérie car les autorisations de tournage sont très difficiles à obtenir, quasi-impossibles.

C’est un regret car la jeunesse algérienne étouffe et a envie de s’exprimer.

Quelle est la différence constatée entre la Tunisie et le Maroc sur le sujet? 

Les problématiques sont un peu les mêmes: relations hors mariages, concubinage, virginité, mères célibataires, pression de la famille mais la Tunisie est beaucoup plus ouverte que le Maroc.

Et les progrès sont en marche. Le projet de loi pour l’égalité dans l’héritage en est une exemple. Et une personnalité comme Bochra Bel Haj Hmida, moderne et réformiste est porteuse d’espoir pour le pays.

Au Royaume du Maroc, les lois sont plus dures, liberticides, par exemple: une mère célibataire risque un an de prison; l’avortement est interdit alors les femmes utilisent des méthodes archaïques et dangereuses. C’est terrible pour les femmes marocaines. La vie y est beaucoup plus difficile qu’en Tunisie.

C PROD
Capture écran du documentaire 

Vous avez d’autres projets sur la question?

Je vais réaliser un documentaire sur la situation des homosexuels dans le monde pour M6. Je parlerai notamment de la barbarie du “test annal” qui sévit encore, malheureusement en Tunisie.J’espère qu’il sera bientôt aboli.

Je prépare également un livre tiré des témoignages du film et d’autres inédits, qui sortira en avril, aux éditions de l’archipel.

La discrimination sexuelle est un sujet qui me tient à cœur car juger une personne sur son orientation, ses préférences sexuelles, son intimité tout simplement, me semble absurde et totalement injuste.

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