MAROC
27/01/2019 16h:04 CET

“Sexe et amour au Maghreb”: un documentaire inédit aborde les tabous de l'amour ce soir sur M6

Virginité, relations sexuelles hors mariage, homosexualité... de nombreux sujets sont passés à la loupe.

Motortion via Getty Images

DOCUMENTAIRE - “Enquête exclusive”, l’émission française de M6 présentée par Bernard de La Villardière, revient ce dimanche 27 janvier, à 23h10, avec un documentaire inédit consacré au Maghreb. Réalisé par la journaliste Michaëlle Gagnet et produit par Géraldine Levasseur (GIRAF PROD), “Sexe et amour au Maghreb” lève le voile sur les interdits et les espoirs de la jeunesse marocaine et tunisienne.

“On te demande sans cesse ce que tu fais, où tu vas, avec qui tu sors. Mais avec le mariage, tous ces commérages s’arrêtent enfin”, “C’est très difficile d’élever un enfant sans être mariée. Si j’avais su, je me serai suicidée”. Les premiers extraits du documentaire sont édifiants. Dans “Sexe et amour au Maghreb”, la journaliste et réalisatrice Michaëlle Gagnet aborde sans détours les sujets les plus partagés dans le monde mais toujours tabous dans les sociétés marocaines et tunisiennes.

“Je voulais tourner dans les trois pays du Maghreb mais je n’ai pas obtenu mon visa pour aller faire des repérages en Algérie, souligne au HuffPost Maroc Michaëlle Gagnet. “J’ai vécu en Tunisie pendant trois ans et j’ai déjà travaillé au Maroc. J’avais beaucoup de matière dans ces deux pays et je retrouvais les mêmes problématiques. La ‘répression’ est encore plus sévère en Algérie sur les sujets qui touchent au célibat et au concubinage”.

Le Maroc et la Tunisie, à la fois proches et différents

Relations sexuelles hors mariage, virginité et hyménoplastie ou encore homosexualité, la réalisatrice a rencontré ces hommes et ces femmes qui adaptent leur amour et leur vie sexuelle aux lois et aux bonnes moeurs des pays dans lesquels ils vivent.

En Tunisie, elle a interrogé deux jeunes mariés traditionnels, une jeune fille en train de subir une reconstitution de l’hymen, “qui n’y allait pas de gaité de coeur mais qui était convaincue que c’était la meilleure chose à faire”. Elle a également croisé une autre jeune fille qui vivait comme on vit sa jeunesse en Occident, totalement libre. “Elle assumait complètement. Mais elle était victime de harcèlement et d’agressions sexuelles pour avoir fait ce choix”, souligne la réalisatrice. 

“J’ai discuté avec des gynécologues et des sexologues qui m’ont parlé de ces tabous. J’ai également rencontré des homosexuels en Tunisie qui s’assument de plus en plus, qui créent des associations, une radio, mais qui sont victimes d’agressions.”

Au Maroc, Michaëlle Gagnet est allée voir les mères célibataires. “C’est l’exemple le plus terrible de ce que subissent les femmes. Elles vivaient paisiblement dans leur famille et parce qu’elles ont eu une relation sexuelle sans se marier, sont tombées enceintes et que leur mari n’a pas voulu assumer, elles se retrouvent rejetées par leur famille, à vivre dans la rue. Elles sont mises au ban de la société et risquent même la prison pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage”. 

Montrer que les jeunes maghrébins sont comme tous les jeunes

Au travers de “Sexe et amour au Maghreb”, Michaëlle Gagnet veut montrer au monde que ces jeunes, ces femmes et ces hommes, ne sont pas différents des jeunes qui habitent en France, en Allemagne, aux Etats-Unis. “Ce n’est pas parce qu’ils sont musulmans qu’ils n’ont pas le droit et l’envie de cette liberté d’aimer”, souligne la réalisatrice. 

Cette liberté justement, elle y tient. “Lal liberté sexuelle est un thème qui me tient à coeur. C’est, pour moi, la première des libertés et si on ne l’a pas, on ne peut pas avoir de libertés individuelles”, raconte Michaëlle Gagnet. “C’est presque un combat pour moi. C’est injuste de voir des individus s’immiscer dans l’intimité des gens. C’est encore plus le cas des homosexuels qui sont emprisonnés simplement pour leur orientation”. 

Malgré les constats que “Sexe et amour au Maghreb” peut dresser,  le documentaire est également un message d’espoir. En tout cas, pour la Tunisie, où la réalisatrice est persuadée que les choses bougeront. Le Maroc, lui, a encore du chemin à parcourir. Le poids de la religion et les mentalités sont bien différents dans les deux pays frères.

“Au Maroc, je suis plus inquiète. Je suis venue 6 fois en reportage et j’ai été impressionnée par l’engagement de la société civile, des associations, des avocats, des médecins comme Chafik Chraïbi qui veut faire bouger les choses concernant l’avortement. Mais la loi ne bouge pas pour l’instant”, ajoute la journaliste qui évoque le cas de Doc Samad, agressé pour sa différence, obligé de trouver refuge en quittant le Maroc. “On l’avait filmé pour notre documentaire dans son bureau, en train de répondre aux questions que les jeunes lui posaient sur la sexualité. Deux mois après, il a été agressé”. 

Michaëlle Gagnet racontera la suite de l’histoire dans un livre qui devrait sortir au mois d’avril aux Éditions de l’Archipel. “Je proposerai 25 portraits, chroniques, de jeunes algériens, tunisiens et marocains. Le livre permettra d’aller plus loin”, souligne la journaliste. En attendant, rendez-vous ce soir à 23h10 sur M6.