TUNISIE
08/05/2018 10h:20 CET | Actualisé 08/05/2018 14h:29 CET

Hakim El Karoui au HuffPost Tunisie: "Je n'ai pas écrit le discours de Ben Ali" (VIDÉO)

“Il fallait un bouc-émissaire, quelqu’un qui serve à canaliser la violence de la société au moment où la société ne comprend pas ce qui se passe”

De passage à Tunis dans le cadre du cycle “Ib’da” pour une rencontre-débat sur son livre “L’Islam, une religion française” paru aux éditions Gallimard, l’homme d’affaires, essayiste et auteur franco-tunisien Hakim El Karoui s’est livré dans une interview exclusive au HuffPost Tunisie.

Alors que la révolution couvait en Tunisie et que Ben Ali abattait ses dernières cartes le 13 janvier lors d’un discours adressé au peuple, le nom de Hakim El Karoui revenait avec insistance après la publication par Médiapart d’un article faisant office de “conseils” prodigués par celui-ci à Ben Ali.

“Je n’ai jamais rencontré, ni même vu Ben Ali” a affirmé Hakim El Karoui dans un entretien exclusif accordé au HuffPost Tunisie.

Alors que certaines rumeurs ont fait de lui, la plume à l’origine du dernier discours de Ben Ali, El Karoui réfute: “Je n’ai pas écrit le discours de Ben Ali” affirme-t-il avouant avoir “souffert” de cette rumeur.

Cependant, Hakim El Karoui ne nie pas avoir envoyer “une note (...) dans un contexte (...) de montée des tensions, où la police tirait et où Ben Ali avait fait un ou deux discours qui montraient que Ben Ali à l’évidence ne comprenait rien à ce qui se passait”.

Selon lui, cette note disait “de virer sa famille, ses conseillers et d’engager un processus de dialogue dans un contexte où personne n’imaginait, un seul instant, qu’il allait partir”.

Arrivé à Tunis après la révolution, “le 19 janvier”, pour aider le Premier ministre Mohamed Ghannouchi -“que je connaissais”- il fait un terrible constat: “Je me suis dis: ‘Ils sont fous, ils n’ont rien compris’” explique-t-il.

“J’étais venu avec l’idée un peu naïve -et plein de bonne volonté- d’aider. Moi, j’avais une expérience de la démocratie, j’avais travaillé dans le cabinet du Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. Je connaissais un peu les questions de communication, les question politique et surtout, je connaissais la démocratie” a ajouté Hakim El Karoui.

Face à un ”État qui était en train de s’effondrer”, Hakim El Karoui affirme avoir réfléchi avec toutes les personnes présentes à l’époque à un changement de gouvernement, idée qu’ils avaient réussi à faire accepter à Mohamed Ghannouchi.

“Une fois que l’idée du changement de gouvernement a été décidée, je suis parti, en me disant que j’ai fait ce que j’avais à faire. Après ce n’est plus mon histoire. J’ai vécu 5 jours extraordinaire dans un système à la fois en train de s’effondrer et de se recomposer” décrit-il.

Quelques jours après, apparait un premier article à charge contre lui sur Médiapart: “Il disait que quelques franco-tunisiens avaient fait le gouvernement. Je n’ai pas fait le gouvernement”.

“Comment s’est fait le gouvernement? Pour autant que je sache, comme il n’y avait plus rien, celui qui doit décider, prend les gens qui sont là. Or personne ne se bousculait au portillon pour venir à la Kasbah à ce moment-là”.

Pour lui, il était le parfait bouc-émissaire: “Il fallait un bouc-émissaire, quelqu’un qui serve à canaliser la violence de la société au moment où la société ne comprend pas ce qui se passe”.

“Le discours du 13 janvier, je ne l’ai pas écrit, mais il fallait imaginer qu’il y ait quelqu’un d’extérieur qui l’écrive parce que ce n’était pas possible que le système de Ben Ali engendre un tel discours” raconte Hakim El Karoui avant d’ajouter: “Pour moi, ce discours est très important, c’est celui qui permet le 14 janvier, le départ de Ben Ali, parce que pour la première fois il dit: ‘je baisse les armes’ et ‘mon heure est finie’”.

“Du coup, on a fait de moi quelqu’un de l’intérieur du système qui avait voulu sauver Ben Ali, mais je n’y avais aucun intérêt” explique-t-il ajoutant que cela a permis “d’éviter de parler de gens qui étaient eux complètement au coeur du système”.

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