TUNISIE
29/01/2019 20h:38 CET

Selon le politologue américain Ian Bremmer, la jeune démocratie tunisienne montre des signes d'usure

Pour lui, la jeune démocratie tunisienne montre des signes d'usure.

FETHI BELAID via Getty Images

Parsemée de luttes et d’espoir, la révolution tunisienne est synonyme d’avantage mais aussi d’inconvénient laissant parfois un goût amer, estime le politologue américain Ian Bremmer, dans un article paru dans l’hebdomadaire Time le 24 janvier 2019.

À ses yeux, la Tunisie a vécu une transition démocratique tumultueuse faite des hauts et des bas:

“La démocratie et les réformes sont devenues la pierre angulaire de la fierté nationale d’une région qui en avait cruellement besoin, surtout après que les architectes de la transition ont remporté le prix Nobel de la paix en 2015” explique-t-il .

Toutefois, ce chemin vers la démocratie s’avère long et difficile. Ce revers de la médaille risque de rendre les choses moins agréables pour certains. En effet, le fait que la Tunisie n’a réalisé que peu ou pas de progrès sociaux et économiques continue de décevoir tous ceux qui lui ont emboité le pas, selon ses dires. “Le repli de l’Égypte dans la dictature, la fragmentation de la Libye et la guerre catastrophique en Syrie rendent la Tunisie d’autant plus importante pour ceux qui insistent pour que l’éveil se poursuive” souligne-t-il.

“Huit ans après le soulèvement, de nombreux Tunisiens sont mécontents du sort de leur nouvel État démocratique. Le taux de chômage des diplômés est d’environ 30%. Pour ceux qui ont un emploi, les salaires restent stagnants et le PIB par habitant est en baisse depuis 2014. Des dizaines de milliers de personnes ont fui le pays à la recherche de meilleures perspectives. Il n’est donc pas étonnant que les manifestations se soient banalisées ces dernières années” constate-t-il.

Assombri par une situation économique et sociale morose, le pays peine à sortir de la crise. Sur fond de protestations et de grèves, le Chef du gouvernement Youssef Chahed voit l’étau se resserrer. “Son pays a cruellement besoin d’investissements étrangers et le Fonds monétaire international (FMI) reste la source de liquidités la plus prometteuse. Le problème, c’est que le FMI veut que Chahed prouve qu’il maintiendra les dépenses de l’État dans les limites recommandées”, précise Bremmer.

“Mais il s’agit d’une année électorale en Tunisie, et Chahed sait qu’il ne peut pas se permettre d’ignorer les demandes des fonctionnaires frustrés d’obtenir un meilleur salaire” poursuit-il.

Selon lui, le contexte semble fragile: ”Dans le même temps, les troubles de la rue décourageront les investissements. Et les manifestants qui demandent au gouvernement de lutter contre la corruption, de réduire les inégalités de revenus et de créer des emplois ne seront pas faciles à calmer”.

Le FMI ne laissera pas tomber Chahed

“Ce n’est pas encore une crise” rassure-t-il en arguant que “les responsables du FMI comprennent la situation difficile de Chahed et veulent qu’il réussisse, et le Fonds suivra probablement les critiques de son gouvernement avec un “soutien financier accru”.

D’après lui, “après quelques semaines de secousses, les syndicats finiront probablement par trouver un compromis avec le gouvernement. La Tunisie et son Chef du gouvernement vont certainement se débrouiller. Cela n’apparaît cependant pas comme un appui retentissant pour la démocratie - en particulier dans une partie du monde où les dirigeants n’ont pas envie de partager le pouvoir et où peu de citoyens ont déjà bénéficié des avantages de la démocratie”.

En conclusion, Ian Bremmer estime que “le Printemps arabe a réussi à créer au moins un pays qui instaure des institutions authentiquement démocratiques et organise des élections libres et équitables. 

Mais chaque année qui passe, la lumière de ces réalisations s’estompe et les demandes de prospérité et d’équité deviennent plus pressantes. S’ils ne sont pas atteints, un jour, les Tunisiens pourraient croire que la révolution - et tout ce qu’elle a introduit - était plus une malédiction qu’une bénédiction”. 

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