TUNISIE
06/07/2018 18h:51 CET

Selon le directeur de l'INC, une grande majorité de Tunisiens ne consacre pas de budget pour les vacances

La consommation du tunisien “n’est plus rationnelle mais elle est poussé par des facteurs psychologiques”.

Invité de la radio Express Fm, le directeur de l’Institut National de la Consommation (INC) Tarek Ben Jazia a affirmé que les Tunisiens ne consacrent pas de grand budget pour la culture et les loisirs, ou encore les vacances.

“On a fait une étude sur 1022 familles en 2015, et il s’est avéré que les 2/3 d’entres elles ne consacraient pas un budget pour les vacances ou les loisirs” a affirmé Ben Jazia.

“Le budget consacré par les tunisiens à la culture, aux loisirs, aux hôtels, aux restaurants et aux cafés représente un faible budget de l’ordre de 6% du budget total” a-t-il avancé soit nettement moins qu’au Maroc où le budget consacré aux vacances et aux loisirs se situent autour de 13% du budget total ou encore qu’en Belgique où se situe autour de 8%.

Selon lui cela s’explique par la hausse des prix et la baisse du pouvoir d’achat des Tunisiens dans cette situation économique délicate que traverse le pays depuis plusieurs années.

Ces deux phénomènes ont d’ailleurs conduit à un changement dans les priorités des Tunisiens en terme de consommation d’autant plus que ces trois mois d’été coïncident avec “trois grandes périodes de consommation” où l’on retrouve ramadan, l’aid el kebir et la rentrée auxquels il faut ajouter le baccalauréat, les fêtes (mariages, fiançailles...), et les soldes justifie Ben Jazia.

“De plus, les prix des vacances ont connu une forte hausse. On a mené une étude sur ça et il s’est avéré qu’une famille composée de 4 personnes qui veut passer 3 nuits en demi-pension dans un hôtel 4 étoiles à Hammamet, devra dépenser entre 1050 et 1100 dinars”, un véritable trou dans le budget.

“C’est pour cela que de nombreuses familles louent des maisons en bord de mer. Mais même à ce niveau, nous avons observé une hausse des prix. Le coût de la location d’un simple studio varie entre 500 et 1000 dinars par semaine en fonction de la zone, sans compter les dépenses quotidiennes” analyse le directeur de l’INC.

Si le Tunisien s’en sort malgré, c’est grâce aux crédits bancaires: “Aujourd’hui, même le crédit est devenu couteux” explique-t-il avant d’ajouter que cela ne freine pas pour autant les Tunisiens: “Les recours aux crédits ont augmenté de 110% entre décembre 2010 et mars 2018”.

Selon Ben Jazia, “il y a une forme de consommation dépressive en Tunisie. On se dit que la situation est difficile, alors autant en profiter et aller passer une semaine quelque part pour en changer d’air au lieu de rester sous la pression de la vie quotidienne”.

Pour lui, la consommation du tunisien “n’est plus rationnelle mais elle est poussé par des facteurs psychologiques”.

“Il faut comprendre que le budget du tunisien ne lui permet pas de pouvoir se projeter comme un citoyen européen pour prévoir par exemple des vacances d’été. (...) La consommation d’une famille de la classe moyenne tunisienne est devenue une consommation sous contrainte et non plus une consommation normale, confortable”.

Et cela se ressent dans les chiffres faramineux des crédits à la consommation des Tunisiens “qui a atteint 22,8 milliards de dinars jusqu’au mois de mars 2018” conclut-il.

 

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