TUNISIE
13/12/2018 18h:38 CET

Selon I Watch, le gouvernement tunisien aurait demandé à l'UE la levée du gel des avoirs de Marouane Mabrouk

“Il est navrant de voir que l’Union Européenne se préoccupe des biens spoliés à la Tunisie, plus que l’Etat tunisien lui même” commente I Watch

FETHI BELAID/AFP/Getty Images

“Il est désolant de voir que le chef du Gouvernement, celui qui symbolise la lutte contre la corruption en Tunisie, demande à l’Union Européenne de lever le gel des avoirs de Marouane Mabrouk” a écrit l’organisation militante I Watch dans un article publié sur son site web, et dans lequel elle accuse Youssef Chahed d’être intervenu en faveur de l’ex gendre de Ben Ali, Marouane Mabrouk, afin que le gel de ses avoirs à l’étranger soit levé par l’Union Européenne.

Celui-ci fait actuellement l’objet d’une enquête judiciaire pour détournement de fonds, abus de pouvoir et atteinte à l’administration tunisienne.

I Watch affirme que plusieurs plaintes avaient été déposées par Mabrouk contre l’État tunisien, pour lenteur de procédures judiciaires, et après ses multiples demandes de levée du gel de ses avoirs, qui se sont soldées par un refus, le chef du Gouvernement en personne serait intervenu auprès des instances de l’UE. Celles-ci étudieraient actuellement la demande de Chahed.

Plus inquiétant encore selon I Watch, est que la demande qui doit être examinée par 3 instances européennes, aurait déjà été approuvée par la première, à savoir le groupe “Mashreq/Maghreb” (MAMA), qui traite notamment de la coopération entre l’UE et les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, menée dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

Toujours selon la même source, la demande sera ensuite transmise au groupe des conseillers pour les relations extérieures (RELEX), pour finir entre les mains du Conseil de l’Union européenne.

“Il est aussi navrant de voir que l’Union Européenne se préoccupe des biens spoliés à la Tunisie, plus que l’État tunisien lui même.” estime I Watch.

Ce qui attire l’attention selon l’organisation, est que cette présumée demande formulée par Youssef Chahed intervienne à l’aube d’une année électorale, qui plus est, celle-ci vient en faveur d’une seule personnalités parmi les 48 autres dont les avoirs ont été gelés, et qui sont également sous la loupe de la justice tunisienne.

Lever le gels des avoirs de Marouane Mabrouk pour aider à la relance économique du pays dans le cadre de l’encouragement des hommes d’affaires à investir en Tunisie, ne peut donc, selon l’organisation, constituer un argument solide pour Youssef Chahed, qui a choisi de favoriser uniquement Marouane Mabrouk.

Pour I Watch, la demande adressée “secrètement” à l’Union Européenne représente “une violation flagrante de la loi”.

Cela remonterait à Mabrouk Korchid

Selon I Watch, cette affaire remonte à une réunion de l’ancien ministre des Domaines de l’État, Mabrouk Korchid, avec le comité consultatif de règlement amiable des litiges.

Celui-ci aurait pressé les membres du comité d’émettre une décision de retrait du nom de Marouane Mabrouk de la liste des personnes aux avoirs gelés, et de la transmettre à l’instance européenne concernée. Cette décision prouverait alors que l’État tunisien renonce à poursuivre Mabrouk.

Mais les membres du comités auraient selon I Watch refusé la demande du ministre, ce qui aurait poussé le chef du Gouvernement à intervenir.

Contacté par le HuffPost Tunisie, un parlementaire européen, qui suit de près les questions liées à la Tunisie, affirme ne pas être au courant d’une telle procédure. Cependant, il explique que “si les garanties ont réellement été offertes à l’État tunisien, je ne vois pas pourquoi le Conseil de l’Union européenne s’opposerait à la levée du gel des avoirs, d’autant plus que cela ne signifie pas l’abandon des actions judiciaires pénales et civiles engagées à son encontre”.

Si une décision doit être prise, cela le sera le 22 janvier prochain en marge de la prochaine réunion du Conseil des Affaires Economiques et Financières du Conseil de l’UE, “même si à ce jour, l’ordre du jour n’a pas été arrêté”.

Le Conseil de l’Union Européenne avait décidé le 27 janvier 2018 de prolonger d’un an le gel des avoirs de 48 personnes “considérées comme responsables du détournement de fonds publics tunisiens et de personnes et entités qui leur sont associées” jusqu’au 31 janvier 2019.

Contacté par le HuffPost Tunisie, la présidence du gouvernement n’était pas joignable.

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