TUNISIE
13/09/2018 20h:13 CET | Actualisé 13/09/2018 20h:18 CET

[Hkeyetna] Selma, violentée mais qui reste avec son mari en cherchant l'amour ailleurs

Le HuffPost Tunisie a décidé de vous raconter des bouts de vie, des histoires de Tunisiens et de Tunisiennes lambda, ceux qu’on croise dans la rue, qu’on côtoie au travail, etc, mais dont on sait très peu sur leurs tourments.

Parce que la violence sous toutes ses formes est souvent pernicieuse, parce que faire des choix n’est pas aussi simple, parce que l’Humain porte en lui plusieurs contradictions, parce que personne n’est exempt d’erreurs, le HuffPost Tunisie a décidé de vous raconter des bouts de vie, des histoires de Tunisiens et de Tunisiennes lambda, ceux qu’on croise dans la rue, qu’on côtoie au travail, etc, mais dont on sait très peu sur leurs tourments dans cette nouvelle rubrique: Hkeyetna. Voici l’histoire de Selma.

L’Iphone entre ses jambes entrecroisées, elle le fait tourner machinalement et nerveusement dans ses mains. Elle reçoit les messages d’un homme, un ex-amoureux, qu’elle a perdu de vue il y a quelques années et qu’elle vient de croiser sur Facebook.

Selma (pseudonyme) a hésité avant d’accepter son invitation. Il faut dire qu’elle garde un souvenir amer de leur ancienne idylle interrompue par une histoire d’infidélité.

L’homme en question l’avait trompé avec une autre et n’a pas fait grand chose pour lui faire oublier son faux pas, au contraire, puisqu’il a choisi de rester avec sa nouvelle conquête.

“La blessure était à la hauteur de mon amour pour lui”. Mais c’est de “l’histoire ancienne”, dit-elle avec un brin de nostalgie. Entre-temps, elle s’est mariée et elle a eu deux enfants, dont un est en bas-âge. “Je me suis scellée pour toujours”, lance-t-elle avec regret. 

Ce ne sont pas ses enfants qu’elle regrette mais le fait d’avoir cédé à sa tristesse, d’avoir “accepté le premier venu” après sa rupture avec ex-amoureux.

À l’époque, “mon égo était blessé, un homme a demandé ma main, j’ai accepté, non sans beaucoup d’hésitation, mais j’avais envie de me venger. Je me suis dit que ce n’est que des fiançailles après tout, mais je me suis retrouvée prise au piège que je me suis tendue à moi-même. Pour la paperasse et la procédure administrative, j’ai été amenée à signer rapidement le contrat de mariage. Et depuis, plus de possibilité de revenir en arrière, c’était difficile. Ce n’est plus acceptable aux yeux de mes parents et de la société de divorcer. Qui voudrait d’une jeune femme divorcée même en n’ayant pas encore consommé le mariage”.

En un an, les choses se sont précipitées, une cérémonie de mariage en grande-pompe, puis l’enfer, dès le premier jour. “Il m’a prise de force, voulant en finir avec la virginité et ses aléas, me disait-il, c’était extrêmement violent”, raconte-t-elle la gorge serrée. 

Une première fois. Puis s’en sont suivies d’autres. “Il ne supporte pas que je lui dise non, j’étais lassée, pas toujours envie de le satisfaire”.

Il y a eu des moments de répits, “sinon je n’aurais pas pu tenir aussi longtemps”.

Puis la jeune femme réfléchit, en citant quelques-unes de ses qualités: “C’est un vrai bosseur, un homme ambitieux”, lance-t-elle.

“Le côté relationnel, c’est son faible. Il s’énerve vite, ça tourne parfois en des bagarres inutiles avec les gens”. Les gens mais elle aussi. Surtout elle.

Une chemise pas lavée ou une dépense qu’il juge de trop, une remarque jugée offensante envers sa mère et c’est la guerre: ”ça commence toujours par des insultes, par dire que je ne suis bonne à rien, il casse des choses,  puis si je rétorque, il passe aux coups. Je me suis aguerrie depuis, je ne me laisse plus faire. Je le mords, je le griffe, je fais ce que je peux”, explique-t-elle avec un sourire fier. 

Pourtant c’était prévisible: “Avant le mariage, il m’a déjà montré ses griffes, il est jaloux, possessif, ne supportait pas qu’on me regarde. Il l’est toujours d’ailleurs. Ayant accès à mon compte Facebook, il est tombé sur un message d’un cousin et c’était un déluge d’insultes”, se souvient-elle.

Pourquoi rester? “Je veux lui laisser une chance, me laisser une à moi et à mes enfants, je ne veux pas qu’ils grandissent loin de leur père. Mon fils ainé lui est très attaché”. 

Les insultes comme les coups “ne lui font plus rien”, ce qui l’attriste c’est le manque de tendresse: “les petits mots doux, une étreinte”, dit-elle.

En acceptant les avances virtuelles de son ex amoureux (lui aussi marié désormais), elle a fait face aux coups de son mari pour avoir changé le mot de passe de son compte Facebook, et elle a dû créer un autre pour pourvoir parler avec son ex-amoureux, mais ça vaut la peine, dit-elle: “Au moins une petite chose pour moi, que je respire un peu”, lance-t-elle. 

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