TUNISIE
10/06/2019 16h:44 CET

Sejnane le cœur de la poterie artisanale tunisienne enfin reconnue!

Sophie Martin

Au nord-est de la Tunisie, dans une région arborée à quelques kilomètres de Sejnane vit Sabiha Ayari.

Héritière d’un savoir faire exceptionnel transmis de génération en génération, de mère en fille , Sabiha extrait de l’argile dans des tranchées à l’arrière de sa ferme.

Dans les années 70, avec l’arrivée d’ustensiles de cuisine modernes, cette poterie utilitaire a dû s’adapter vers un savoir faire artistique.

À l’origine les poteries servaient à cuire les aliments et à les conserver, mais plus tard les potières se sont reconverties en vendant leurs pièces décoratives sur le bord de la route.

Un savoir faire ancestral 

Sabiha mélange de l’argile avec des débris de poterie ou des briques concassées (Tafoune)  par sa belle-sœur, Khadija.

Tafoune: le tafoune est l’ensemble de restes de poteries et de brique qui donne une consistance à l’œuvre.

 

Sophie Martin

Grace à l’agilité de ses mains elle façonne ses objets avec aisance et souplesse, elle est capable de modeler les yeux fermés. Ses modelages représentent le plus souvent des jarres, des plats, des oiseaux, des tortues, des chats et des statuettes.

Après le modelage, elle utilise des outils rudimentaires comme des semelles pour lisser ses pots.

Ensuite, elle laisse sécher les poteries à bonne température ni trop chaude, ni trop humide.

Sophie Martin

 

Après le séchage, elle utilise un liquide extrait de la plante tinctoriale appelée lentisque pour reproduire des motifs noirs.

Lentisque: le lentisque et un arbuste dont les feuilles produisent un liquide vert qui après cuisson noirci pour donner une couleur sombre.

Si elle souhaite que les motifs soient rouges, elle les dessine à l’argile rouge.

Les motifs des poteries de Sejnane sont d’origine berbère, on les retrouve dans l’artisanat tunisien sur les tapis ou vêtements anciens.

Pour la cuisson, elle n’utilise ni four ni charbon de bois, la poterie est posée dans un foyer de galettes de bouse de vache sèche. Le temps de cuisson varie selon la taille des pièces.

Sophie Martin
Sophie Martin

 

Après la cuisson, les poteries peuvent-être noircies : les pièces, très chaudes sont recouvertes de feuilles sèches quelques minutes.

Ensuite, la mère de Sabiha, Khadija, lisse la poterie avec de simples coquillages.

Reconnaissance d’un savoir-faire

Malheureusement, le savoir-faire des potières de Sejnane est en danger car Sabiha n’a ni fille ni nièce. Pour préserver ce patrimoine ancestral, les potières de Sejnane envisagent de créer une structure type “centre de formation”. Pour réaliser ce projet, elles peuvent compter sur leur reconnaissance par l’UNESCO. 

Sophie Martin

 

En effet, le “savoir-faire” de ces potières a été classé dans la liste du patrimoine mondial, immatériel de l’UNESCO en novembre 2018.

Grâce à leur succès récent, ces œuvres se vendent dans le monde entier.

Malheureusement, leur succès peut inciter des faussaires à vendre des contrefaçons.

Désormais, les amateurs de poteries de Sejnane devront redoubler de vigilance quant-à l’authenticité des pièces vendues.

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