ALGÉRIE
03/12/2015 02h:58 CET | Actualisé 03/12/2015 03h:00 CET

Naguib, le Sawiris qui vendait de la voix en Algérie en a caché un autre

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Nassef Sawiris

Les Algériens connaissent bien Naguib Sawiris, l’ancien patron d’Orascom Telecom, ex-propriétaire de Djezzy. Ils connaissent moins bien, son frère, Nassef, patron d’Orascom Construction Industrie (OCI), actuel associé de Sonatrach dans la Sorfert, la joint-venture qui gère un complexe d’engrais à Arzew.

Et pourtant, ainsi que le notait en 2013, un journaliste de Maghreb Emergent, même si on a beaucoup parlé de Naguib qui, selon ses admirateurs a "démocratisé" le mobile en Algérie, c’est Nassef qui aura le plus marqué la politique économique du pays.

Cet impact qui dépasse largement ses investissements en Algérie remonte à 2007. Orascom Cement, filiale d’Orascom Construction Industrie est cédé au groupe français Lafarge pour la somme de 8,8 milliards de dollars.

Dans le lot acquis par le groupe français en septembre 2007 figurait la Société Ciment blanc d’Algérie holding (Ciba) qui regroupe deux cimenteries (M’sila et Mascara). Des cimenteries acquises trois ans plus tôt auprès de l’Etat algérien avec un financement des banques publiques algériennes.

Une opération de fusion-acquisition banale dans les grandes bourses mondiales qui provoque une sorte de séisme culturel chez les décideurs en Algérie: un opérateur étranger est "entré" en Algérie sans passer par le gouvernement.

La colère de Bouteflika

Les autorités algériennes n'avaient pas été informées de la cession - ce qui est normal dans ces opérations où le secret est de mise - et le groupe Lafarge a pu entrer sans coup férir dans le marché algérien. L’opération était tout à fait légale et les autorités n’avaient aucun moyen de l’empêcher.

Le 26 juillet 2008, le président Abdelaziz Bouteflika, laissait libre court à sa colère dans un discours devant les maires d’Algérie. Ils s’en prenait à un investisseur "venu investir 700 millions de dollars et qui, au bout de trois ans a généré un bénéfice de 2 milliards de dollars et l’Algérie n’a rien gagné…"

La colère a été provoquée par Nassef mais c’est Naguib qui va en subir les conséquences au moment où il a décidé de vendre ses actifs en Algérie. Ce sera le début du long feuilleton de Djezzy avec ses redressements fiscaux, ses accusations… et un arbitrage encore en cours.

En avril 2010, Nassef Sawiris, la véritable source de la colère présidentielle, a, dans une opération de marketing politique, invité des journalistes algériens au Caire pour se défendre dans l’affaire de la cession de la filière ciment à Lafarge. Il faisait valoir qu’il ne s’agissait pas d’une vente mais d’une fusion. Une "opération banale" selon lui, qui a lieu partout dans le monde.

"La globalisation a remodelé les données traditionnelles concernant la propriété du capital dans une société. Même si nous sommes fiers d’être une entreprise égyptienne chez Orascom, nous acceptons que près de 40% du capital soit détenu par des actionnaires anglais, émiratis. L’essentiel est qu’en Algérie, la majorité des employés de la société soient Algériens" avait-t-il indiqué.

En clair, il invitait les autorités algériennes à ne pas focaliser sur la propriété du capital en relevant que des usines "ont été bâties en Algérie, dont la production est destinée à l’Algérie, dont les employés sont Algériens, voilà l’essentiel. Le plus important, pour un pays, n’est-il pas la production sur place plutôt que l’importation ?... ". Message non reçu à Alger.

L’affaire Orascom-Lafarge a été le début d’un recadrage de l’investissement étranger et d’une adaptation de la législation. La loi de finances complémentaire (LFC 2009) a énoncé que "l’Etat ainsi que les entreprises publiques économiques disposent d’un droit de préemption sur toutes les cessions de participations des actionnaires étrangers ou au profit d’actionnaires étrangers".

La LFC 2009 : une législation Sawiris

Certains observateurs ont qualifié ce droit de préemption de "législation Sawiris". Sauf que ce droit de préemption ne s’est pas appliqué dans le cas de Djezzy. Naguib Sawiris a bien "vendu" son actif à Vimplecom malgré la LFC 2009. L’Algérie a pris 51% du capital de Djezzy dans le cadre d’une opération d’achat classique auprès de Vimplecom et non dans le cadre du droit de préemption.

Les changements introduits dans la LFC 2009 qui ont donné lieu à un discours sur le "patriotisme économique" auront surtout créé un effet dissuasif pour l’investissement et donné à l’Algérie la fâcheuse image d’un pays où il existe une "insécurité juridique.".

"C’est le relativement peu connu en Algérie, mais néanmoins mondialement célèbre, Nassef qui aura entrainé, sans le vouloir, uniquement par le jeu des affaires via les Bourses mondiales, une bifurcation brusque dans la politique économique de l’Algérie. En vendant toute sa filière ciment à Lafarge, il avait fortement indisposé le pouvoir" notait le site d'information économique Maghreb Emergent.

"On doit donc à cette transaction internationale l’essentiel de la Loi de finance complémentaire 2009, l’introduction du droit de préemption sur les actifs des entreprises étrangères, l’instauration du Credoc… Il y aura une affaire Djezzy alors que Nassef Sawiris retiré du ciment a continué à avoir des affaires en Algérie où il est associé à Sonatrach, dans la Sorfert, un complexe d’engrais à Arzew au fonctionnement fort mystérieux d’ailleurs. Une réalisation du temps… du désormais bien problématique Chakib Khelil."

LIRE AUSSI: Enquête à Oran sur un transfert illicite présumé de 300 millions de dollars par Orascom Industries

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