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11/09/2018 15h:00 CET | Actualisé 11/09/2018 15h:00 CET

Sauver le patrimoine archéologique et culturel libyen!

Ces trésors historiques sont désormais utilisés en tant qu’armes de guerre pour déchirer la société libyenne et propager la haine

Youssef Boudlal / Reuters

Parallèlement à la perte tragique de nombreuses vies humaines et à la crise politique et économique sans précédent qui frappe la Libye depuis le début des conflits militaires qui datent du début de l’année 2011, le patrimoine culturel libyen fait l’objet d’une destruction délibérée d’une ampleur stupéfiante. La situation catastrophique à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés nous oblige à assumer nos responsabilités et à agir. Ces actes destructeurs visent à effacer toute trace de l’histoire du pays et de l’enracinement historique de son peuple. Ces fatalités ravagent depuis quelques années maintenant la société libyenne, y creuse des fractures profondes à cause d’une réalité politique qui, loin de protéger le patrimoine matériel et immatériel du pays, le pousse sur la pente infernale de la terreur. Jamais au cours de l’histoire récente du Maghreb avons-nous assisté à une destruction aussi violente et aussi calculée du patrimoine archéologique d’un pays de la région.

Youssef Boudlal / Reuters

 

Ces trésors historiques sont désormais utilisés en tant qu’armes de guerre pour déchirer la société libyenne et propager la haine. Nous devons être parfaitement clairs et rester fermes sur les principes: nous ne parlons pas ici de pierres et de monuments, mais de valeurs fondamentales pour l’humanité. La perte irréparable de ce patrimoine ne concerne pas seulement la Libye, mais le monde entier. C’est pourquoi nous partageons la responsabilité de protéger ce patrimoine surtout dans un tel contexte tragique. Chaque site libyen incarne donc l’histoire, les valeurs, les croyances et intelligentsia des personnes qui l’ont créé. Lorsqu’un site est détruit, cela représente une perte particulièrement dévastatrice pour tous ceux qui perçoivent ce patrimoine comme un reflet de leur histoire, de leur culture et de leur identité. La destruction délibérée du patrimoine archéologique libyen affecte bien plus que des bâtiments ou des sculptures. Il s’agit d’un nettoyage culturel, visant à détruire la dignité des personnes qui considèrent ce patrimoine comme une expression de leur identité.

Amr Dalsh / Reuters

 

Dans un pays tribal comme la Libye, constamment en proie à différentes crises dans un Maghreb particulièrement instable depuis l’ère du post-printemps arabe, l’importance du patrimoine culturel peut souvent être sous-évaluée ou être perçue comme inexistante. En réalité, cette importance a tendance à s’amplifier dans de telles circonstances, dans la mesure où elle constitue un facteur de convergence fondamental pour les différents groupes tribaux.

C’est justement le cas actuel de la Libye de la fin de 2018. Parallèlement à son combat militaire, le pays livre en effet aujourd’hui une bataille culturelle, au sens propre du terme. Il s’agit d’une lutte pour l’existence, pour laquelle cette nation a déjà payé un prix fort et fait preuve de grands sacrifices. En termes de connaissance de soi, le patrimoine culturel donne à une partie des Libyens une histoire en leur apprenant d’où ils viennent et où ils sont aujourd’hui.

Louafi Larbi / Reuters

 

Néanmoins, et malgré cette conscience chez l’élite cultivée, les sites archéologiques libyens ne cessent de payer un prix fort suite à des confrontations militaires sans fin et aux instabilités qui ont secoué le pays, en faisant de la Libye un objet de pillages et de commerce illicite. Depuis 2011, après s’être livrés à une occupation des terres, au massacre d’innocents et à la destruction des monuments publics, quelques groupes militaires extrémistes ont entrepris un nettoyage culturel en ciblant des sites archéologiques et des monuments historiques. Ils ont également pillé des objets archéologiques afin de financer leurs actes militaires. Ils ont bombardé et détruit des sites archéologiques dans la région de la Tripolitaine, du Fazzan et de la Cyrénaïque. Ils ont également détruit des statues et des objets archéologiques et artistiques conservés dans les musées, et démoli des sites archéologiques qui renfermaient de nombreux trésors d’art gréco-romain. Au moyen de ce mode opératoire, ils tentent de détruire ce puissant facteur unificateur dont dépendent tous les Libyens, afin de diviser davantage ce qui est déjà divisé, de réduire ce qui est déjà rare et d’affaiblir ce qui est déjà faible. Déjà depuis la première phase du conflit, qui s’achève vers le milieu de l’année 2015, le tissu archéologique libyen est gravement endommagé et plusieurs monuments antiques sont complètement ou partiellement détruits. À titre d’exemple, citons les derniers bombardements intensifs de Tripoli et sa région, où figure un nombre important de sites antiques et médiévaux.

DEA / V. GIANNELLA via Getty Images

 

Durant l’époque allant de 2011 à 2015, plusieurs trafiquants ont profité de l’absence des services de l’État central pour intensifier des creusements clandestins dans des sites archéologiques (surtout dans la région de Lepcis Magna, Oea et Sabratha) dans le but de récolter des objets historiques, destinés principalement au marché de l’art en Europe, en Turquie ou dans les pays du Golfe. Les photographies publiées sur les réseaux sociaux montrent clairement la gravité de la situation. C’est pourquoi des institutions régionales (comme l’ALESCO) et internationales (comme l’UNESCO) doivent agir afin de protéger ce qui reste de ce patrimoine archéologique et culturel libyen, source de fierté non seulement du peuple libyen mais aussi de tous les Maghrébins et du monde civilisé.

- via Getty Images

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