MAROC
12/12/2018 10h:38 CET | Actualisé 13/12/2018 09h:18 CET

Sarim Fassi Fihri: "Financer des films est difficile partout, pas seulement au Maroc"

Le président du Centre cinématographique marocain propose de mettre en place des nouvelles taxes pour financer le cinéma dans le pays.

Getty Editorial

CULTURE - Après une année sans tapis rouge ni projection de films dans la ville ocre, le Festival international du film de Marrakech (FIFM) est revenu en force en 2018 avec des invités de renommée mondiale tels que Robert De Niro ou Martin Scorsese. Du 30 novembre au 8 décembre, un jury présidé par le réalisateur américain James Gray a visionné 14 films en compétition, dont “Une urgence ordinaire” du réalisateur marocain Mohcine Besri, pour choisir l’Étoile d’Or 2018, remise au film “Joy” de la réalisatrice irano-autrichienne Sudabeh Mortezai.

Une 17e édition qui est “passée trop vite”, pour le vice-président du festival, Sarim Fassi Fihri. Celui qui est également à la tête du Centre cinématographique marocain revient sur les nouveautés de cette édition et sur le travail qu’il reste à accomplir pour améliorer l’industrie du cinéma au Maroc.

HuffPost Maroc: Pourquoi ce nouveau format du festival du film?

Sarim Fassi Fihri: On n’a pas changé le format, on a plutôt rajouté des éléments, comme les Ateliers de l’Atlas (un nouveau programme d’aide au développement de talents d’Afrique et du Moyen-Orient, ndlr). Les professionnels ont d’autres attentes que de regarder les films projetés. Ce qui les intéresse - mis à part certains qui viennent au festival comme s’ils allaient au Club Med - c’est d’échanger avec d’autres professionnels, et surtout rencontrer des producteurs, des porteurs de projets, des personnes qui ont des idées de scénarios, trouver des projets qui ont besoin de financement, d’autres en post-production… Une offre importante est faite pendant ces “industry days” dans nos régions en Tunisie ou en Égypte, qu’on retrouve aussi dans de grands festivals comme à Cannes, Berlin ou Venise. On avait donc intérêt à proposer une dimension professionnelle dans notre festival.

Comment avez-vous pu faire appel à De Niro et Martin Scorsese?

On ne part pas de zéro. C’est déjà la 17e édition du festival. En 2002, on avait Francis Ford Coppola. Au bout d’un moment, tout le monde a envie de venir à Marrakech. En général, ce qui empêche certains de venir, c’est leur travail. La plupart nous demandent d’ailleurs de les rappeler l’année suivante.

À quoi peut-on s’attendre pour les années suivantes au festival?

Nous avons un format qui marche, et nous n’allons pas le changer au bout d’une année. Nous allons l’entretenir quatre ou cinq ans avant d’effectuer des changements. Nous allons donc continuer sur cette lancée en gardant les deux nouveautés de cette année: la place des professionnels avec les Ateliers de l’Atlas et celle de la production marocaine avec la section Panorama du cinéma marocain que nous avons créée spécialement pour montrer aux responsables des festivals ainsi qu’à tous les professionnels étrangers nos meilleurs films. 

Comment se porte l’industrie du cinéma marocain?

Elle commence à être visible à l’international. Un film marocain a été projeté au festival de Venise en 2017 et un documentaire l’a été en 2018. Un film a été sélectionné au Caire, un autre à Carthage, cette année aussi. Deux films faisaient partie de la sélection de Berlin, et un autre à Cannes. Le résultat est visible. 

Aujourd’hui, ce qu’on demande au cinéma marocain, c’est qu’il soit vu. On ne peut pas faire de films sans que personne ne les voie. C’est un gaspillage puisque faire un film coûte cher. La difficulté pour les films, dans tous les pays, c’est leur visibilité. Ce qui me dérange donc, ce sont les films qui ne remplissent pas les salles de cinéma et qui ne participent pas au festival... que personne ne voit. 

Les réalisateurs marocains trouvent souvent des problèmes pour financer leurs films. Comment remédier à cela?

Financer des films est difficile partout, pas seulement au Maroc. Le CCM propose une avance sur recette, pour l’instant, c’est tout ce que nous avons. Les télévisions, quant à elles, ont des moyens limités. Il faudra donc trouver d’autres sources de financement. Il y a 20 ans, quand on a créé le fonds de promotion audiovisuelle en prélevant une taxe sur la consommation d’électricité, c’était quelque chose d’innovant, personne n’aurait pensé à ça.

Au Maroc, le sport est aujourd’hui financé par la loterie nationale et le loto. En Angleterre, les deux financent le cinéma. On pourrait éventuellement choisir cette solution aussi, comme on pourrait trouver autre chose. Par exemple, la taxation sur la copie privée qui existe depuis 2017, ou bien la taxe du service public universel qui a permis de mettre des relais de télécommunication même dans des endroits où il n’y avait pas assez de population. Il faut être créatif et le CCM peut proposer des solutions.

Ouarzazate, qui était considérée comme le Hollywood du Maroc, connaît une baisse importante au niveau de la production cinématographique. Comment expliquez-vous cela et comment peut-on attirer plus de réalisateurs étrangers au Maroc?

Le 15 novembre dernier, nous avons atteint 18 long-métrages et 16 séries tournées au Maroc, ce qui est énorme. Il est vrai que tout ne va pas à Ouarzazate qui, pendant une dizaine d’années, a accueilli le tournage de la série “La Bible” ce qui a pu former plusieurs techniciens. Ce qui fait qu’aujourd’hui, l’offre excède la demande dans cette région. De plus, tourner dans une région reste un choix artistique. On ne peut pas obliger un réalisateur à travailler avec une certaine boîte de production. Tout ce qu’on peut faire, c’est de leur proposer des incentives [réductions de taxe, ndlr] et inviter les film commissions dans chaque région à rajouter leurs propres incentives pour attirer les réalisateurs de film.