MAGHREB
21/06/2013 12h:16 CET | Actualisé 02/07/2014 08h:37 CET

Sana Yaakoubi la perle du football féminin en Tunisie

Page Facebook ISSEPK

L'Institut Supérieur de Sport et de l'Education Physique du Kef (ISSEPK) compte dans ses rangs, un club de football féminin. La section foot féminin de cet institut universitaire est le deuxième club le plus titré en Tunisie.

Depuis 2003 et l’instauration des compétitions officielles de foot féminin, le club du Kef a déjà acquis 2 titres de champions de Tunisie et 2 coupes nationales. Seul l’ASF Sahel a fait mieux. Sans titre depuis 2007, le club a changé sa politique, faute de moyens il se tourne vers la formation. Tout près du Kef, à Boulifa les joueuses âgés de 18 ans et moins pour la plupart, s'entraînent quotidiennement pour assouvir leur passion. C’est dans cet environnement, que nous avons choisi de nous intéresser à "l’un des plus grands talents", selon son coach: Sana Yaakoubi.

Sa vocation: Le football

La joueuse interrompt la séance d'entraînement pour nous accorder sa première interview. Jogging vert, crampons de marque vissés(une paire semblable à ceux de Cristiano Ronaldo, son idole) et une coupe undercut pleine d’originalité, La première question est lancée: “être une fille jouant au foot ça donne quoi?” un éclat de rire précède une légère hésitation “C’est vrai qu’ en général, on dit que les filles ne jouent pas au foot, qu’elles ne savent pas jouer (…) Mais moi je pratique ce sport depuis toute petite, et y’a pas eu de problème”.

Devant le magnétophone, Sana enchaine, ses yeux sont pétillants et son aisance naturelle. Croisement entre la sympathique Ellen Page et la chanteuse Beth Ditto, Sana, 18 ans, assume ses rondeurs et en rigole:

“Même si on me dit souvent que je suis enrobée, je ne mange pas beaucoup. J’ai de grosses cuisses et de gros mollets… ça me permet d’être une bonne joueuse de football”

Sana joueuse amateur, n’est pas rémunérée pour son activité mais elle conserve une hygiène de vie digne des professionnels. Végétarienne, elle s’interdit toutes boissons sucrées.

Son histoire avec le ballon rond a débuté le jour de sa naissance. Jour où son père décide de quitter la clinique pour suivre un match du club Africain. Cet évènement aurait du mener Sana vers un dégoût profond du football, comme le lui rappelle si souvent sa mère. Mais c’est tout le contraire, depuis son plus jeune âge Sana ne peut se passer de sa passion, sans se soucier du regard des autres, elle s’amuse.

Malgré cela, elle ne cache pas quelques passages à vide : Son entourage a déjà fait pression pour qu’elle arrête le foot, suite à son échec scolaire. Mais c’est son club, considéré comme sa deuxième famille, qui est venu chez elle, pour la faire revenir. Pour qu’elle puisse finir ses études (à 18 ans elle est en 8ème année), l’ISSEPK paie sa scolarité dans un collège privé.

Dès la 3ème année primaire, elle a aiguisé sa technique en compagnie des garçons du quartier. C’est d’ailleurs avec ses camarades masculins qu’elle a remporté la coupe de Tunisie avec l’association sportive de l'école Hay Hached. Depuis, Sana ne peut plus s’en passer “Il m’arrive de bouder rater l'entraînement, quelques jours, je ne peux pas trop m’absenter. L’ambiance, les filles et le club, tout ça, me manque trop”.

Une jeune fille pétrie de talent

Toujours surclassée dans les catégories de jeunes, Sana joue actuellement pour l’équipe nationale U20 (moins de 20 ans). Elle y côtoie des jeunes joueuses professionnelles, comme Amel Mejri double championne de France double vainqueur de la Champion’s League avec l’Olympique Lyonnais. Une manière donc, de progresser plus vite. Habituée à être titulaire sur le front de l’attaque en club, elle doit faire face à une rude concurrence en équipe nationale où elle évolue au poste de milieu défensif “l’essentiel c’est de jouer, moi je peux jouer partout”. Sans complexe, elle est sûre de son talent.

L’entretien presque achevé, Sana toujours aussi à l’aise, nous confesse que le football national n’est plus ce qu’il était. Vivant au Kef et supportrice du Club Africain, elle affirme son désintérêt pour le football national dans lequel “il n’y a plus de supporters(...)les matchs se déroulent à huis clos. Les joueurs s’insultent, frappent les arbitres” pour elle “le football en Tunisie n’existe plus”.

Le football masculin est aux antipodes de l'exercice féminin: “c’est même le contraire, il n’y a aucun problème entre nous, on est toutes amies, du nord au sud de la Tunisie… On arrive à tisser des liens d’amitié très forts, on est toutes solidaires”. C’est ce que révèle aussi son entraîneur. A 35 ans, l’ancien milieu de terrain de l’Olympique Kef et de l'Etoile Sportive du Sahel, préfère entraîner les filles. Entraîneur d'une équipe masculine, Kamel Saada a finalement opté pour les filles, “Elles sont plus fragiles, mais leur passion est beaucoup plus forte”.

A défaut de suivre un championnat tunisien ou “le football n’est plus!” elle regarde les matchs de Ligue des Champions européennes et surtout son équipe préférée, le Real Madrid. Entre Cristiano Ronaldo ou Leo Messi? Sa réponse est tranchante “Cristiano… Évidemment”. Au delà de sa technique et de sa forte personnalité, elle apprécie probablement le goût affirmé de Cristiano Ronaldo pour les coiffures originales et les crampons fantaisistes.

La jeune fille cultive sa singularité sur le choix du numéro de maillot avec un numéro 30 inhabituel. Elle, qui a commencé par porter le 10, numéro fétiche des meneurs de jeu, a finalement opté pour le 30: “il me rend différente et exceptionnelle”. Ce choix fait également écho à son club fétiche: “C’est le même numéro que Youssef Mouihbi, et lui je l’aime bien” (Youssef Mouihbi, attaquant international de 28 ans, a évolué durant 4 saisons au club africain).

Quant à son avenir professionnel, Sana reste pragmatique et réaliste.

“Dans le meilleur des cas… si on finit nos études on peut devenir prof de sport ou entraîneur. Mais ici, nous n’avons pas les mêmes chances que les joueuses expatriées. Peut être que si je joue bien en équipe nationale, j’aurais une chance de partir à l’étranger, dans les pays du Golfe ou pour une autre destination (…)C’est l’une des seules chances que l’on a”

Toujours aussi déterminée la jeune joueuse réalise une brillante saison. Serial buteuse, elle a déjà à son actif plus de 25 réalisations toutes compétitions confondues.

Pour l’anecdote, lors de notre rencontre avec la joueuse L’ISSEPK s’est imposé 1-0 face à l’association Sportive des PTT de Bizerte avec un but de … Sana Yaakoubi.

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.