MAROC
10/08/2018 16h:55 CET

Samya Idrissi Salam, une "ministre" pas comme les autres

"Mon idole est Driss Jettou!"

Samya Idrissi Salam

PORTRAIT - Une énergie à revendre et des projets plein la tête. A 27 ans, Samya Idrissi Salam est ministre de l’Economie et des Finances. Non, elle ne remplace pas Mohamed Boussaid dans le gouvernement de Saad-Eddine El Othmani, elle est, en fait, membre du gouvernement parallèle (GP). Elle fait partie des 25 ministres qui composent ce dernier dans son 3e mandat.

“J’en suis fière”, lance-t-elle au HuffPost Maroc, arborant un grand sourire. Originaire d’El Jadida, la jeune ministre ne touchera pas de salaire, à l’instar de ses confrères et consœurs du GP, mais son bonheur, elle le trouve dans un accomplissement à la fois personnel et professionnel. C’est que la jeune femme a les idées claires et son chemin, elle le construit à pas sûrs depuis l’obtention de son diplôme à l’Ecole nationale de commerce et gestion (ENCG-El Jadida) en gestion financière et comptable. 

Samya raconte son parcours et surtout sa quête de soi à travers ses premières expériences dans le monde du travail. “Après mes études, je me suis sentie perdue et je paniquais à l’idée de me noyer dans le chômage”, confie-t-elle. Pour combattre cette phobie commune aux jeunes diplômés, Samya frappait à toutes les portes. “Je m’y attelais de 8h à 18h, c’était une sorte de travail!”, se rappelle-t-elle. Sa persévérance a fini par payer et la jeune diplômée a enfin mis les pieds dans le monde du travail. “Mon premier emploi a été contrôleur de gestion dans une entreprise industrielle à Bouznika. Mais à la longue, j’ai constaté que mes connaissances commençaient à stagner, alors que je cherchais à les capitaliser. Certes, la rémunération était satisfaisante, mais je ne pouvais plus continuer ainsi”, insiste-t-elle.

En quête d’épanouissement

Épanouissement oblige, Samya reprend sa quête en effectuant un stage dans un cabinet d’audit. “J’ai mis à jour mes connaissances en finance et en audit. Là, je n’ai pas eu de rémunération, mais au bout de 6 mois, j’ai enfin ressenti un équilibre en moi”, dit-elle. Il ne lui restait plus qu’à voler de ses propres ailes. Mais avant, il faudra bien se débarrasser de la timidité. “Je suis restée avec un esprit d’étudiante, plutôt académique que public. Alors, après un concours, j’ai été prise dans une banque où mon premier but a été de forger cette partie qui me manquait”, reconnait la jeune diplômée. 

Alors satisfaite? “Malgré les avantages, mon travail était purement commercial. Au bout de 5 mois, l’esprit économique d’analyse et de critique aussi me manquait affreusement. J’ai dû partir”. Un autre départ, mais cette fois-ci vers le secteur public. “Dans leur majorité, les diplômés de l’ENCG rêvent de travailler au ministère de l’Economie et des Finances. J’ai postulé à la TGR (la Trésorerie générale du royaume) après m’être imprégnée de plusieurs documents qui en parlaient. Dès qu’un concours d’accès a été lancé, je m’y suis jetée et j’ai été prise”, raconte-t-elle toute contente. Samya a trouvé et s’est retrouvée. A la TGR, elle y est depuis plus de deux ans. 

Stabilité professionnelle acquise, la jeune femme férue d’actualités et de débats entame alors une nouvelle quête. “En discutant de ma volonté avec une amie, elle m’a proposé de me porter candidate au GP”, dit-elle. Nouvel horizon qui a de quoi séduire Samya. “Il n’y a pas d’exigence politique ni d’élection via un parti. Une simple candidature: CV et lettre de motivation”, dit-elle. Sélectionnée, elle a rempli un questionnaire où elle a bien précisé le secteur qu’elle souhaitait chapeauter.

Sur 1.208 candidatures, 400 ont été retenues par une commission qui a soumis chaque profil à une grille d’évaluation à travers une série d’entretiens. Le profil de Samya n’est pas passé inaperçu et la jeune femme a bien réussi à convaincre. Elle est donc la ministre parallèle du secteur qu’elle affectionne le plus. “Je viens de constituer mon cabinet de 5 personnes (conformément au règlement) après un appel à candidatures. Des profils alliant économie et finances de différentes ville: Salé, El Jadida, Kénitra, Casablanca et Rabat”, se félicite-t-elle.

Au gouvernement parallèle

Le week-end dernier, ce gouvernement parallèle a élu son chef, Ismail El Hamraoui, qui présidera aux destinées de l’équipe pour le deuxième mandat consécutif. A l’occasion, Samya s’est réunie, pour la première fois, avec son équipe pour faire connaissance et discuter de l’actualité économique du pays. “Nous nous auto-finançons. Nous n’avons pas de salaire dans le GP”, tient-elle à souligner. Investissement personnel, ces ministres sans salaires se doivent de s’acquitter d’une cotisation de 300 dirhams (pour ceux qui travaillent). “Ce sont des frais, certes, mais il faut le faire quand on a envie de contribuer au changement”, assure-t-elle, se réjouissant des échanges qui animent les membres du GP. “C’est la première fois que je me retrouve dans une si belle équipe qui rend, à mon sens, hommage à toute la jeunesse marocaine”, se félicite la jeune leader du GP, convaincue que cette nouvelle expérience lui apportera “un gain intellectuel et moral”.

Manches retroussées, Samya et ses collègues savent qu’un dur labeur les attend. Ils doivent, chacun dans son secteur, décortiquer les stratégies sectorielles pour élaborer des propositions. “Je n’ai plus droit à la paresse. Dès que je sors du travail, je me dis une chose: je dois être à la hauteur des jeunes que je représente et que je défends!”, s’exclame-t-elle.

Samya ne fait pas l’exception, elle est parmi ces jeunes qui ne font plus confiance aux partis politiques. Elle n’adhère à aucun pour le moment, préférant s’accrocher au principe de la démocratie participative pour parler au nom des jeunes. “Bien entendu que le poste de ministre dans un gouvernement constitutionnel m’intéresserait, mais avec une casquette de technocrate dotée d’outils pour contribuer à un changement réellement structurel”, affirme-t-elle avec cette détermination qui lui a toujours servi de moteur.

Défi personnel, défi collectif

Prête au défi, Samya n’est pas du genre à faire les choses à moitié. Pour elle, la résolution de tout problème, qu’il soit économique et/ou social, ne peut se faire par des “retouches” ou des “mesures provisoires”. “Il ne faut pas se laisser emporter par les aléas conjoncturels parce que tant que les problèmes économiques structurels se sont pas résolus, on ne parviendra pas à sortir de la crise”, estime l’experte. Dans la peau de ministre parallèle, son enthousiasme impressionne et à l’entendre parler, la jeune femme résume le rêve des jeunes d’une vie meilleure. 

Des gouvernements du Maroc, Samya choisit, sans surprise, celui de l’apolitique Driss Jettou. “C’était, pour moi, un gouvernement pragmatique et efficace”, affirme-t-elle, estimant que l’indépendance politique a ses avantages, tandis que les politiques font face aux exigences de leurs partis. 

Sans exigences, le GP offre à sa jeune équipe l’alternative de s’exprimer sans casquette politique, de porter la voix des jeunes Marocains. Car plusieurs obstacles subsistent et aucune véritable feuille de route au sein du gouvernement n’est mise en place, comme le montre le récent rapport du Conseil économique, social et environnemental sur la jeunesse.

D’ici la fin de cette année, l’équipe d’Ismail El Hamraoui devra présenter “un livre blanc”. Il devra porter sur 20 mesures après consultation des différentes parties, notamment des députés, des partis politiques et d’anciens membres des gouvernements précédents. Et parmi ses projets, le GP, nous avait annoncé son chef, compte créer un ministère de l’espoir chargé de redonner confiance aux jeunes à travers des programmes intersectoriels.

“Nous sommes là pour aider les vrais ministres (et tout responsable), parce que nos intérêts sont les mêmes: une stabilité économique et sociale. Nous avons tout pour réussir un modèle économique qui répond aux attentes de notre pays. S’il vous plait, impliquez les jeunes!”, lance cette “porte-parole” de la jeunesse marocaine.