TUNISIE
05/12/2018 19h:47 CET | Actualisé 06/12/2018 17h:14 CET

Saliha: Diva et icône de la chanson bédouine. Retour sur un parcours éclatant

60 ans après son départ.

FACEBOOK/CENTENAIRE-DE-SALIHA

Sa trajectoire épouse celle de la Tunisie. De la cour des Beys à son effervescence culturelle entre les deux guerres en passant par les différentes péripéties connues par le pays, Saliha, de son vrai nom Salouha Ben Ibrahim Ben Abdelhafidh, était l’une des icônes de la musique tunisienne de l’époque.

Native de Nebeur (Kef), la chanteuse portera tout au long de son parcours la musicalité de ses origines. Elle chantera “Sag najàak ber-ranna”, “Màa el àazzaba”, “Wadaàouni”, etc. L’artiste devenue icône de la chanson bédouine est venue de loin, rien ne la prédisposait à embrasser ce succès, si ce n’est son talent et sa persévérance. 

Issue d’une famille modeste, c’est le besoin de travailler qui a poussé ses parents à quitter le Kef, d’abord vers Mateur (Bizerte), puis vers la capitale. 

La jeune Salouha a été placée avec sa sœur Eljia, comme filles au pair chez Mohamed Bey, frère de Moncef Bey. Là-bas, elle a côtoyé l’univers artistique,  quand les princesses apprenaient le chant et à jouer des instruments. 

En 1927, elle est allée travailler chez une chanteuse, appelée Badria, installée à rue El Bacha. Elle fut alors découverte par l’avocat Hassouna Ben Ammar. 

Le succès 

Les premiers compagnons de route de Saliha était l’oudiste, Béji Sardahi, chef d’un orchestre composé de Kaddour Srarfi au violon et Ibrahim Salah au qanûn. Elle intègre la troupe. 

Mais sa popularité est née en intégrant la Rachidia, après sa rencontre avec son directeur de l’époque Mustapha Sfar. 

Elle s’engage à une forme d’exclusivité pour la Rachidia, en échange d’une rémunération mensuelle et d’un logement. L’éternelle nomade a collaboré avec une pléiade de musiciens de renom: Khemais Tarnane, Salah El Mahdi, Mohamed Triki, etc.

Ses chansons sont écrites par les plumes de poètes de Taht Essour -grands intellectuels tunisiens qui se réunissaient dans un café à Bab Souika portant ce nom- tels que Mustapha Agha, El Arbi El Kabadi, etc. 

FACEBOOK/CENTENAIRE-DE-SALIHA
Saliha avec la troupe de la Rachidia

Malgré son grand succès à la Rachidia, Saliha décide de prendre son envol en entreprenant une carrière solitaire. 

Une vie privée tourmentée 

Saliha, la chanteuse a vécu la gloire. Saliha, la femme, n’a pas eu une vie facile, les drames se succédant: le divorce de ses parents, la mort précoce de ses frères, une vie conjugale tourmentée et une maternité douloureuse -seule une fille a survécu. Cette fille s’appelait à sa naissance, Aroussia Bent Ali Abbès. 

Des années plus tard, elle a pris le chemin balisé de sa mère et devient Choubeila Rached. Saliha refusait pourtant, au départ, que sa fille devienne chanteuse, de peur qu’elle abandonne ses études. Elle n’a donné son aval qu’après l’engagement de Choubeila de continuer ses études en parallèle au chant. Telle mère, telle fille: Choubeila hérite du talent de sa mère et son succès. 

Combattant depuis des années la maladie, Saliha a chanté en public pour la dernière fois le 10 novembre 1958 au Théâtre municipal de Tunis. Quinze jours plus tard, elle s’éteint à 44 ans.

Artiste jusqu’au bout, la chanteuse a marqué la scène artistique tunisienne. Des milliers de Tunisiens ont accompagné son cortège funèbre pour lui rendre hommage. 

Des années après, ils sont tout aussi nombreux à fredonner ses chansons. 

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