TUNISIE
07/03/2019 19h:13 CET

Salah Lamouchi, cet agriculteur tunisien qui appelle à agir contre le changement climatique

“Le changement climatique ? On est en plein dedans !”, dit-il

FETHI BELAID via Getty Images

Il a fait de la lutte contre le changement climatique son cheval de bataille. Salah Lamouchi, un céréalier à Mateur, s’est livré au journal Ouest France dans le cadre du selon de l’Agriculture à Paris pour raconter son acharnement et ses efforts de sensibilisation aux dangers de changement climatique.

Un vrai danger, qui selon lui, guette l’agriculture tunisienne, l’épine dorsale de l’économie nationale. “Le changement climatique ? On est en plein dedans !”, lance-t-il.  

Fils d’agriculteur, Salah Lamouchi semble conscient des enjeux du dérèglement climatique en Tunisie.

Des perspectives sombres accentuées par la pression démographique, la sécheresse, l’érosion du sol... laissent les défis à relever par la Tunisie immenses.

Il était alors loin d’imaginer la “situation catastrophique ” dans laquelle plonge aujourd’hui l’agriculture de son pays, défigurée par l’érosion. ” Il y a d’énormes coulées de boue. La terre, entraînée par les pluies d’orage, se retrouve au fond des barrages” relate la source. 

À ses yeux, l’étau est en train de se resserrer autour des petits agriculteurs. Ces derniers seraient enfermés dans un cercle vicieux de monoculture du blé dur dont il est très difficile de sortir.

 “De plus en plus de maladies et de mauvaises herbes, de plus en plus de produits phytosanitaires achetés de plus en plus cher, des sols squelettiques et bousillés. Ils ne s’en sortent plus. Ils prennent une barque et viennent ici, en France”, explique-t-il. 

D’autant plus, la hausse des températures au fil des ans ne fait que rapprocher l’exploitation aux portes du désert. “Il faudrait remplacer les céréales par des palmiers dattiers ! ”, s’alarme-t-il. 

Mais, “l’agriculture tunisienne peut s’adapter et résister au changement climatique” estime-t-il, à condition “d’abandonner la charrue, le labour, les sols nus vulnérables à l’érosion, au profit des rotations culturales et des couverts végétaux diversifiés, sources de sols vivants et de fourrages pour les petits ruminants”. 

Au début des années 80, en pleine révolution verte, les autorités tunisiennes ont favorisé l’implantation de “Karim”, une variété de blé pour la production de couscous et de pâtes alimentaires. Cette politique a donné ses fruits durant plusieurs années mais au bout de quelque temps “le Karim” a perdu de ses couleurs. 

Au départ, ces semences hybrides avaient pour objectif de promouvoir la production et améliorer la qualité des plantes, mais il s’est avéré qu’elles sont stériles, a révélé un agriculteur dans un reportage diffusé sur Al Hiwar Ettounsi. 

Selon le journal Al Araby, l’implantation de graines locales ne représente que 5% de l’ensemble des semences contre 25% en 2004 et 65% en 1975. 

Pire, les semences de blé améliorées, massivement importées dans les années 80, sont rattrapées par les maladies. Leurs compositions n’ont visiblement pas réussi à s’adapter au climat et à la sécheresse alors que les variétés traditionnelles font de la résistance.

La Tunisie a occupé la 53 ème place sur 113, en termes d’indice de sécurité alimentaire en 2016, gagnant 2 places, depuis 2012 (55ème rang), selon les résultats préliminaires de la revue stratégique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Tunisie, réalisée par l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques (ITES), en collaboration avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM).

Cette récente étude a souligné, par ailleurs, la nécessité de miser sur la formation d’une main d’œuvre agricole spécialisée (plutôt que généraliste), encourager l’innovation agricole, revaloriser les techniques ancestrales (le bio), mieux valoriser les ressources en eau et en sol et intensifier les systèmes de production.

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