TUNISIE
08/02/2019 17h:03 CET

Sakiet Sidi Youssef: Les contours d'une résistance, d'un drame et d'un tournant politique

Il y a 61 ans.

Keystone-France via Getty Images
Après le bombardement par l'aviation française du 8 février 1958 du village tunisien de Sakiet, Sidi Youssef, où des membres de l'armée algérienne s'étaient réfugiés Un groupe de femmes et d'enfants le 1er février 1958.

Il y a 61 ans, le 8 février, l’armée française bombarde le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef. Bilan : près d’une centaine de morts, dont des enfants d’une école primaire.

Le drame provoque un séisme dans les relations franco-tunisiennes, tout en scellant encore plus, par le sang coulé des deux côtés, l’union tuniso-algérienne. Ce jour, commémoré par les deux pays tous les ans, rappelle aujourd’hui encore les sacrifices humains pour la libération nationale. 

Le bombardement de Sakiet Sidi Youssef était le choix pris par le commandant du cinquième régiment aérienne, le général Edmond Jouhaud, pour faire abdiquer la résistance algérienne menée depuis la frontière tunisienne. La Tunisie abritait les combattants algériens et les soutenaient en armes et appui logistique. 

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Un magasin d 'épicerie en ruine à Sakiet Sidi Youssef le 17 avril 1958, après le bombardement qui a provoqué 70 morts.
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La France n’a pas apprécié ce soutien et l’a fait savoir au président de la République, Habib Bourguiba. La tension est à son apogée quand des combattants algériens capturent deux soldats français et les gardent dans la région du Kef, le 2 janvier. Félix Gaillard, le président du Conseil français s’adresse au général Buchalet pour transmettre au président Bourguiba un message l’avertissant de la nécessité de respecter l’obligation de neutralité. 

Ce général, connu pour sa répression des fellagas, n’était pas le bienvenu pour Bourguiba, qui refuse de le recevoir. Le président de la République hausse le ton à travers la presse en menaçant de s’adresser à l’ONU pour la mise en place d’un régiment aux frontières. De quoi susciter davantage la colère des Français. 

Entre-temps, la guerre fait rage entre les Algériens et l’armée française. Le 11 janvier, des centaines de guerriers attaquent une patrouille de l’armée française faisant 14 morts, deux blessés et quatre prisonniers du côté français. Le commandant d’Alger informe Paris que ces attaques étaient soutenues par les Tunisiens. 

Le 8 février, une mitrailleuse cible un avion français depuis Sakiet Sidi Youssef. En représailles, le général Edmond Jouhaud décide de bombarder Sakiet Sidi Youssef. 

L’armée française déploie des moyens lourds. L’attaque cause de nombreuses victimes, dont beaucoup de civils et d’enfants. Les conséquences politiques ne tardent pas: Bourguiba expulse 5 consuls français, médiatise l’affaire à l’échelle internationale via la presse étrangère et met en place un embargo autour des casernes françaises. Il dépose également une plainte à l’ONU. En France, la gestion de la crise est également critiquée à l’Assemblée nationale. 

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Après le bombardement par l'aviation française de Sakiet Sidi Youssef en février 1958.

Pour mettre fin à ce bras de fer, un accord a été signé entre le général de Gaulle et Bourguiba pour l’évacuation des troupes françaises de la Tunisie à l’exception de Bizerte. C’est le point de départ d’une nouvelle ère dans les relations tuniso-françaises et d’une nouvelle contestation autour de la présence française à Bizerte. 

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Monsieur Masmoudi, ambassadeur de Tunisie en France, photographié avec sa femme à l'aéroport d'Orly quelques instants avant son départ de France, rappelé par son gouvernement, à Orly, le 10 février 1958.

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