MAROC
02/04/2018 18h:32 CET

Sahara: Le Maroc peut choisir "d'autres alternatives" pour réagir

"Le royaume tend toujours la main à la paix, au dialogue et aux négociations".

Youssef Boudlal / Reuters

ANALYSE - De cause à effet. La logique a dicté la réaction du Maroc contre les provocations du Polisario. La diplomatie marocaine s’est fait entendre, dimanche, à travers un communiqué, puis une lettre envoyée au président du Conseil de Sécurité, Gustavo Meza-Cuadra. Les deux Chambres du Parlement et les partis politiques ont été, également, informés des évolutions du dossier, le même jour. “La réaction du Maroc s’inscrit dans un contexte marqué, ces derniers mois, par des développements et des rebondissements dans le dossier du Sahara”, rappelle Abdelhafid Edmino, professeur de droit public, dans une analyse au HuffPost Maroc. La récente nomination du Secrétaire général à la tête des Nations unies et de son envoyé personnel pour le Sahara, mais aussi les provocations du Polisario “qui se sont exprimées à d’autres niveaux” y sont pour beaucoup.

“Au niveau diplomatique et politique, le Polisario a ouvert le dossier du Sahara sur d’autres dimensions, notamment à travers la saisie du navire Cherry Blossom”, rappelle-t-il. En effet, le 1er mai 2017, c’est suite à une requête adressée par le Polisario qu’un juge sud-africain avait ordonné la saisie conservatoire d’une cargaison de phosphate en provenance de Phosboucraa, filiale de l’OCP. Ce qui a immobilisé le navire à Port Elizabeth. L’OCP et sa filiale avaient alors assimilé cette saisie à un acte de “piraterie politique” commis sous couvert judiciaire.

Les fronts de la provocation

Sur le plan économique, Abdelhafid Edmino rappelle aussi la décision  de la Cour de justice de l’Union européenne, le 27 février dernier, estimant que l’accord de pêche entre le Maroc et l’UE “n’est pas applicable aux eaux adjacentes de la région disputée du Sahara occidental”.

“Plusieurs fronts se sont ouverts et les tentatives du Polisario se sont multipliées. C’est une habitude chez le Polisario et ses soutiens d’utiliser la provocation à chaque fois qu’approche le mois d’avril”, constate l’analyste. Avril, c’est le mois au cours duquel l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara remet son rapport. “Ces tentatives cherchent à susciter un impact sur les décisions et à orienter les débats sur le Sahara au siège des Nations Unies et surtout au Conseil de sécurité”, affirme Abdelhafid Edmino. Et de souligner que le Polisario est passé “des fronts économiques, diplomatiques et politiques” au terrain depuis un an, surtout dans la zone tampon de Guergarate. “Le Polisario avait  empêché des camions marocains de passer par cette zone en direction de la Mauritanie et le Maroc avait adressé à ce sujet une lettre au Conseil de Sécurité”, rappelle-t-il. 

La légitimité du Maroc

Le Maroc avait convenu avec les Nations Unies (NU) que la seule et unique présence dans la zone située à l’Est du dispositif de sécurité au Sahara marocain est celle de la MINURSO, en vue de consolider le cessez-le-feu. “Mais le Polisario tente de militariser la zone comme pour mettre les autres face au fait accompli. C’est pour cela que le Maroc a changé de ton, mais sans faillir à son engagement vis-à-vis du processus politique des NU”, fait remarquer Abdelhafid Edmino. 

Un engagement qui n’empêche pas le royaume de “choisir d’autres alternatives s’il le faut”. ”Face à une tentative claire de changer le statut de la zone, le Maroc a réagi en toute légitimité pour exprimer son refus. C’est de l’intégrité territoriale dont il est question”, tient à préciser l’analyste soulignant l’importance du dossier au plan national ayant dicté l’urgence de tenir une séries de réunions d’information avec le Parlement et les partis politiques. 

Quant à l’éventualité d’une escalade qui pourrait aboutir à un affrontement armé, Abdelhafid Edmino est prudent: “C’est une alternative. Le Maroc a fait, toutefois, un choix stratégique, à travers tous les discours du souverain, réitérant sa confiance quant au rôle des NU dans le règlement du dossier. Le royaume tend toujours la main à la paix, au dialogue et aux négociations. Mais toute menace contre son intégrité territoriale ouvre la porte à toutes les éventualités”, estime-t-il.

L’UA, quel rôle?

Pour l’analyste, la présence du Maroc dans l’Union africaine (UA) et en tant que membre officiel de son conseil de paix et de sécurité, depuis hier, peut certainement avoir un impact positif sur le dossier du Sahara. “Il peut de prime abord mettre un terme à toute utilisation de ce conseil dans la question de l’intégrité territoriale du Maroc”, soutient-il. Et de préciser que le royaume aspire à élargir les horizons de ce conseil sur des questions plus cruciales et vitales, dont la sécurité alimentaire et économique ou encore l’immigration. “Ces sujets ont laissé place à d’autres parce que des membres ont concentré l’intérêt du conseil uniquement sur les conflits qui ont lieu au sein de l’Afrique”, ajoute Abdelhafid Edmino.

Et de souligner que la résolution du dossier du Sahara appartient uniquement au Conseil de Sécurité des NU et non à une autre entité, ce qui explique la lettre envoyée à ce dernier par le Maroc. “L’organisation des NU est née d’un objectif, celui de maintenir la paix et la sécurité, c’est sa fonction. Elle réagira certainement à la lettre du Maroc”. 

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