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19/06/2019 14h:49 CET | Actualisé 19/06/2019 14h:49 CET

S’affranchir de la dépendance des hydrocarbures: Un challenge complexe qui est à notre portée

Associated Press Photos

“Tout obstacle renforce la détermination. Celui qui s’est fixé un but n’en change pas”, Léonard De Vinci 

Les rapports de la Banque mondiale et de la Banque centrale d’Algérie, publiés le 4 juin 2019, sont préoccupants. Rendus publics simultanément, ils dressent un état des lieux sans complaisance de la situation économique et financière de notre pays.   

Le solde du Fond de régulation des recettes et les réserves de change fondent comme neige au soleil. Les pronostics des économistes sont sombres. Dans leurs conclusions, ils notent que les déficits du solde global de la balance des paiements se poursuivront tant que la crise politique ne trouve pas une issue rapide.

Nul besoin de sortir d’une grande école de finances pour comprendre que la situation politique impacte négativement l’économie nationale, déjà mise en difficulté par une récession mondiale.  

L’Algérie subit de plein fouet la conséquence de la prédominance des dépenses liées aux importations sur les recettes générées par les exportations, principalement des hydrocarbures.

La dépendance de l’économie nationale à la rente gazière et pétrolière, est doublement pénalisante. Ces ressources fossiles ne sont pas renouvelables et, à moyen ou long terme, le pays épuisera fatalement ses réserves. Aussi l’Algérie dépend-elle inévitablement de l’instabilité des prix du pétrole.

Le rebond enregistré, il y a deux jours, du Brent de la mer de Nord (63,29 $ en date du 7 juin 2019), en raison de la perspective d’un ralentissement de la production américaine et d’une réunion annoncée de l’OPEP qui se soldera, probablement, par la reconduction de la limitation des quotas de production de ses membres, ne suivra pas forcément une courbe ascendante ces prochains mois. Le marché réagit à des paramètres exogènes, parfois imprévisibles, à l’instar de tensions politiques internationales ou régionales (l’effet du blocage des négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis est un exemple édifiant).

Il est admis, aujourd’hui plus que jamais, que l’Algérie ne peut plus fonder son économie sur des ressources financières issues uniquement des recettes d’hydrocarbures. La Banque mondiale, dans sa dernière note de conjoncture, suggère une piste possible de rétablissement des équilibres budgétaires. Elle propose « un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services».

L‘une des solutions permettant de réduire l’effet de la  crise réside, sans nul doute, dans l’émergence d’une économie diversifiée. Il s’agit d’investir dans des segments d’activités, spécifiques à l’Algérie et à faible coût de revient, afin de pouvoir être concurrentiels sur le marché international.

L’objectif étant de doper les exportations hors hydrocarbures, plafonnées, en valeur, à 2,830 milliards de dollars américains, au terme de l’année  2018, selon des données officielles du ministère du Commerce. Les entreprises devraient miser sur leurs capacités intrinsèques à se spécialiser dans les secteurs qu’elles  maitrisent le mieux et contribuer à relever, progressivement, le seuil des exportations hors produits primaires, soit le gaz en premier lieu, puis le pétrole. Un choix difficile, mais pas impossible.

Ces deux ressources sont bien trop précieuses pour être vendues en l’état, sans aucune valeur ajoutée. Ceci est également valable pour le phosphate, dont l’Algérie dispose des quatrièmes réserves mondiales. La rentabilité passe par l’instauration d’un tissu industriel dans les secteurs de la pétrochimie et de l’industrie des engrais. Une stratégie allant dans ce sens a bien été engagée ces dernières années, mais l’amateurisme, la mauvaise gestion et le choix des partenaires ont eu raison d’elle.  L’option de la transformation des ressources doit s’imposer comme une option majeure dans la politique industrielle du pays.

Il suffit d’avoir la volonté de transcender les obstacles et de faire preuve d’inventivité et d’innovation dans le développement des activités, chacun selon ses projets, ses outils, son capital expérience et surtout ses idées. Bien entendu, il faudra penser à identifier les failles dans l’arsenal juridique afin d’améliorer le climat des affaires et dans la logistique afférente à l’acheminement des marchandises vers les marchés extérieurs, notamment en matière de transit, de stockages et de conditionnement dans les wilayas frontalières. Les pays du continent africain devraient constituer une première cible des exportations diverses, d’abord par leur proximité géographique puis par leur potentiel d’inclusion de nouveaux produits.

Il nous faut, au plus vite, réfléchir à des plans de développement des secteurs du tourisme et de l’agriculture. Nos agriculteurs doivent être capables d’intéresser l’industrie agroalimentaire européenne en lui proposant des produits frais de qualité qui répondent aux normes internationales. Certains industriels du vieux continent vont jusqu’en Amérique du Sud pour  se fournir en fruits rouges qui serviront à garnir des tartelettes, d’autres encore importent des asperges de la lointaine Chine. Nous sommes parfaitement capables de développer des cultures à hautes valeurs ajoutées pour les marchés européens, notamment dans la filière biologique.

Que dire du tourisme, qui est à lui seul un secteur au potentiel incommensurable. Des millions de personnes rêvent de visiter notre pays, il nous suffit juste de mettre en place une politique de délivrance des visas plus souple qui impliquerait les agences de voyages locales.  Nous pouvons commencer très rapidement par la relance du tourisme saharien qui nécessite peu d’infrastructures d’hébergement. Il faudra là aussi impliquer les agences et les guides de nos régions afin qu’ils participent activement à la protection de notre patrimoine. Patrimoine qui a longtemps été la proie de pilleurs. Développer le  tourisme, c’est aussi permettre aux artisans locaux d’écouler leurs produits. Lors d’une récente visite dans les Balcons du Ghoufi, à la limite des wilayas de Batna et de Biskra, j’ai été peiné de voir un vendeur de souvenirs proposer des fibules (la Khlala de nos grands-mères) fabriquées en… Chine. Ces actes maladroits et mercantiles sont une insulte à notre patrimoine et à notre intelligence. Il est aujourd’hui urgent de permettre à nos artisans d’exporter leurs produits via des plateformes de vente sur Internet. Cela passe, bien entendu, par la mise en œuvre de systèmes de paiement électronique fiables et sécurisés.

Ce constat, non-exhaustif, des alternatives envisageables à la rente pétrolière, m’amène à m’intéresser aux PME-PMI, moteur de l’économie diversifiée. Dans ce domaine, nous sommes confrontés à une réalité implacable : les entreprises de grande et moyenne taille (qui emploie un minimum de 250 à 300 personnes) ne représentent qu’une très faible proportion, moins de 1% selon des statistiques fournies par l’ONS. Le milieu des affaires est dominé par les TPE (des entreprises de très petites tailles prévalant d’un effectif inférieur à 10 salariés), qui n’ont souvent pas les moyens financiers, ni les équipements ou infrastructures, les habilitant à influer sur l’économie nationale. D’autant qu’elles sont souvent orientées sur les services plutôt que sur la production des biens et des richesses. Si elles travaillent en réseau, par segment d’activités, ces entités auront la latitude de conquérir des parts de marché intérieur, et contribuer au moins à satisfaire les besoins de la consommation locale. C’est une option rationnelle et raisonnable induisant, à échéance, une réduction de la facture d’importation sur d’innombrables produits, et par-là même,  la préservation des réserves de change.

Sortir de l’impasse de la rente pétrolière, diversifier notre économie, créer des emplois et de la richesse sont autant de challenges que nous sommes tenus de relever. Il y va de l’avenir de l‘Algérie.