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04/06/2018 02h:57 CET | Actualisé 04/06/2018 02h:57 CET

Ryma Rezaiguia et Lamine Sakri aux "Ateliers sauvages" d’Alger

Le 23 mai dernier à 22H, “Les Ateliers Sauvages”, rue Didouche Mourad, a ouvert ses portes pour une visite d’Atelier. Un lieu magnifique et très grand, sublimement rénové où les plafonds laissent apparaître des hourdis habilement nettoyés et laissés tout exprès apparents. Des poutres et des piliers métalliques qui vous font penser à la tour Eiffel.

Pour arriver dans ces ateliers sauvages, il faut de l’adresse. En effet, on traverse une cour intérieure dont le pavement est fait de briques de verre éclatées ou manquantes qui couvrent un parking inférieur. De peu, vous tomberiez dans un trou ou, vous vous retrouveriez sur le toit d’un véhicule parqué au-dessous ... ou bien pire ! Car aucune signalisation n’a été mise en place. Le côté sauvage commence-t-il donc dans la cour ?

Ryma, dès l’accueil, communique sa grande admiration pour ce lieu: cet espace si beau si grand avec ses plafonds en hourdis et ses poutres métalliques d’Eiffel, dit-elle. Elle a représenté ce lieu, à sa manière, dans son travail, en rose et jaune avec des lignes épaisses et noires. Lamine semble moins sensible au lieu mais ravi d’avoir eu cette chance de passer un mois en résidence dans cet atelier.

On sent ces jeunes de bonne famille parce qu’ils sont charmants, souriants et tiennent un langage poli. Ce fut un réel plaisir de les rencontrer. Heureusement, j’avais eu auparavant la chance d’avoir bien pu les découvrir et dialoguer avec eux. J’ai été émerveillée d’apprendre leur parcours : de l’école des Beaux-Arts d’Annaba à l’Ecole Supérieure d’Art de Dunkerque.

Ryma est architecte à la base et cela se ressent dans son travail. Elle utilise souvent le papier calque et des thèmes d’urbanisme: cartes, lignes topographiques, représentation de réseaux ... etc.

Marika Jacquemart-Bouaoudia

Lamine est 100% Beaux-Arts. Ses gravures l’attestent et ce qui est formidable, c’est qu’il fait lui-même la presse au moyen de grandes et lourdes pierres. Le système “D” dans un pays qui n’a pas de presse à disposition des artistes mais construit la plus grande mosquée d’Afrique.

Marika Jacquemart-Bouaoudia

Natifs de la ville de Saint Augustin, Annaba, ils ont une lueur dans les yeux, une positivité dans l’esprit ... Est-ce dû à l’impact de ce grand Saint de la Chrétienté, natif de Thagaste, l’actuel Souk Ahras et décédé en l’an 430 à Hippone, l’actuel Annaba ?

Ces jeunes gens nés après l’indépendance et de surcroît peu avant la fin des années noires sont porteurs d’espoir et de renouvellement. Lamine Sakri, né en 1987, obtint le diplôme nationale d’art, option peinture, avec félicitations du jury de l’Ecole Régionale des Beaux-Arts d’Annaba en 2015. En 2016, il reçoit le diplôme DNAP de l’ESA (Ecole Supérieure d’Art du Nord Pas-De-Calais de Dunkerque) tout comme Ryma Rezaiguia, née en 1985, diplômée en architecture de l’Ecole Régionale des Beaux-Arts d’Annaba. En parallèle son travail de plasticienne elle dirige, en outre, un bureau d’étude.

On a hâte que l’Algérie, qui est pour l’heure sinistrée, somme toute et sans dénigrement aucun, passe aux mains de cette nouvelle génération qui saura, gageons-le, remettre cette contrée sur la bonne direction pour un avenir meilleur.

Ces deux jeunes artistes méritants ont reçu une résidence d’un mois (du 25 avril au 28 mai 2018) aux Ateliers Sauvages.

 

Galerie photo Ryma Rezaiguia et Lamine Sakri aux "Ateliers sauvages" d’Alger. Voyez les images

 

Les Ateliers Sauvages c’est un formidable espace de 500m2 au cœur de la capitale à deux pas de la Place Maurice Audin. Les ateliers occupent 60% de l’espace. Des hauteurs allant jusqu’à 4,50m laissent voir toute une construction 19ème siècle. Superbement restaurée dans les règles de l’art pour mettre en valeur toute cette architecture française du 19ème siècle typique de ces quartiers qui étaient dévolus aux colonisateurs durant l’époque coloniale et départementale de l’Algérie qui fut française de 1830 à 1962.

Le maître d’ouvrage Feriel Gasmi Issiakhem, designer et architecte d’intérieur avec le maître d’œuvre, Wassyla Tamzali, du haut de ses 78 ans et dotée d’une très grande énergie, sont à la base de la création de ces ateliers sauvages.

Wassyla Tamzali a choisi de dévouer ce lieu privé à l’art et au service des artistes et de leur promotion. Durant cette visite d’atelier, il a été difficile de l’approcher  tant elle était occupée avec ses amis.  Wassyla Tamzali est une ancienne avocate et écrivaine connue pour son livre intitulé “Une éducation algérienne” (1) dont on peut apprécier l’interview à ce sujet sur YouTube. 

Wassyla réalisa cette superbe rénovation qui est à saluer et donne un bon exemple de réhabilitation de bâtiments anciens, certes, témoins d’un passé douloureux, mais il s’agit ici d’une architecture qui fait partie intégrante du patrimoine culturel sur sol algérien construit, à n’en pas douter, avec de la main d’œuvre autochtone. De plus, le minerai qui a servi à la fabrication des poutres et des piliers en métal provenait d’une mine en Algérie.

Directrice et fondatrice des Ateliers Sauvages/Alger Art Center, Wassyla Tamzali a fait de ce lieu merveilleux,  “un lieu de création  mis à la disposition des plasticiens et d’artistes dans les arts visuels et vivants pour la réalisation de leurs œuvres ou pour l’organisation d’événements prédéterminés. Les travaux réalisés donnent lieu à des expositions, des rencontres, des journées “portes ouvertes” qui ouvre un espace de dialogue entre le public et les artistes autour de leur travail, leurs œuvres et leur engagement comme protagoniste de la société” (2).

Cette soirée portes-ouvertes en période de ramadhan, dès 22H, en plein cœur d’Alger, quelle bonne idée et quelle magie ! Une belle ouverture sur une société algérienne de l’art en plein développement avec ces jeunes artistes issus d’une des écoles régionales des Beaux-Arts qui ont été créées après l’indépendance dans plusieurs wilayas d’Algérie à la suite de celle bien connue et historique d’Alger, fondée en 1843.

Bon vent et succès aux Ateliers sauvages ainsi qu’à ces jeunes artistes émérites.

(1): Une Education Algérienne, Wassyla Tamzali, Gallimard Folio Histoire

(2): Lesatelierssauvages-algerartcenter.org

(3): Et pour en savoir plus sur Wassyla Tamzali :