MAROC
13/06/2019 11h:57 CET

Sahara: RSF dénonce l'expulsion d'une photojournaliste espagnole par les autorités marocaines

Quelques heures après que l'ONG a dévoilé un rapport sur la liberté de la presse au Sahara.

Equipe Media/RSF Twitter
Le journaliste Said Amidan et la photojournalisteJudith Prat, tous deux membres d’Equipe Média. 

SAHARA - Le mardi 11 juin, à Madrid, la branche espagnole de l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) dévoilait un rapport sur la liberté de la presse au Sahara, “véritable trou noir de l’information, devenu une zone de non-droit pour les journalistes”.

RSF y mettait en lumière “le silence entourant la zone principalement lié à la persécution et à la répression constantes des journalistes sahraouis qui s’efforcent de faire leur métier en dehors des circuits officiels marocains” et “l’impossibilité pour les journalistes étrangers de travailler dans la région”.

Quelques heures seulement après la publication du rapport, l’ONG a dénoncé l’expulsion à Laâyoune, par les autorités marocaines, de la photojournaliste espagnole, Judith Prat. D’après RSF, elle revenait d’une cours sur le photojournalisme donné au groupe de photojournalistes sahraouis d’Equipe Média dans la ville de Dakhla. Montée à bord d’un bus en direction d’Agadir, elle s’était arrêtée pour passer la nuit à Laâyoune, chez le journaliste Said Amidan, lui aussi membre d’Equipe Média.

“Quand je suis arrivée à la gare routière de Dakhla, quelques collègues d’Equipe Média m’ont récupérée et nous sommes allés dîner chez l’un de leurs proches. Après deux heures de conversation, la police a commencé à cogner à la porte de la maison en criant, en menaçant et en provoquant un énorme tollé. Une femme enceinte était avec nous et elle a eu une crise d’anxiété”, a raconté Judith Prat à RSF Espagne.

La photojournaliste, connue pour avoir travailler dans des zones de conflit, a ensuite été embarquée par la police marocaine à bord de “l’un des quatre véhicules dans lesquels ils étaient arrivés et l’ont ramenée à la gare routière pour la conduire à Agadir. Les journalistes d’Equipe Média ont réussi à suivre la caravane de la police sans être vus et ont capturé l’arrivée au commissariat et l’interrogatoire de la police avec Judith Prat”, ajoute RSF, qui a partagé les photos de cette arrivée dans un tweet. 

“Ils m’ont demandé de voir le contenu du mobile et m’ont posé des questions sur les journalistes d’Equipe Média et sur mon travail. J’ai refusé, j’ai expliqué que j’étais là en tant que touriste et que je considérais que c’étaient des questions auxquelles je ne devrais pas répondre. J’ai demandé à parler au consulat et à l’ambassade d’Espagne et c’est à ce moment-là qu’ils se sont modérés et m’ont laissée partir”, a-t-elle expliqué à l’ONG. La photojournaliste a ensuite été expulsée à Madrid. 

“A Reporters Sans Frontières, nous condamnons cette nouvelle manifestation d’aveuglement du régime marocain qui, placé à la position 135 de l’index que nous élaborons sur la liberté de la presse dans le monde, dit beaucoup du respect des droits fondamentaux chez notre voisin du sud, conclut le président de RSF Espagne, Alfonso Armada, dans le communiqué. Judith Prat a et mérite tout notre soutien. Aussi les journalistes qui exercent leur travail au Sahara dans des conditions presque impossibles et qui risquent leur liberté et leur intégrité”.