MAROC
09/11/2019 09h:33 CET

Roman Polanski visé par une nouvelle accusation de viol

Valentine Monnier avait 18 ans, assure-t-elle, quand Roman Polanski l'aurait violée lors d'un séjour à Gstaad.

ASSOCIATED PRESS
In this May 2, 2018 photo director Roman Polanski appears at an international film festival, where he promoted his latest film, "Based on a True Story," in Krakow, Poland. Polanski was expelled this week from membership in the Academy of Motion Picture Arts and Sciences, which organizers the Oscars, for unlawful sex with a minor 41 years ago. (AP Photo)

METOO - “Je venais d’avoir 18 ans”. La photographe et ex-mannequin Valentine Monnier, aujourd’hui âgée de 62 ans, accuse le réalisateur Roman Polanski de viol dans un article du Parisien publié ce vendredi 8 novembre.

Les faits se seraient déroulés en 1975, dans le chalet du réalisateur à Gstaad. “Je n’avais aucun lien avec lui, ni personnel ni professionnel, et le connaissais à peine, décrit Valentine Monnier. Ce fut d’une extrême violence, après une descente de ski, dans son chalet, à Gstaad (Suisse). Il me frappa, roua de coups jusqu’à ma reddition puis me viola en me faisant subir toutes les vicissitudes”, raconte Valentine Monnier, qui a joué dans quelques films dans les années 80, comme “Trois hommes et un couffin”.

“Un bleu sur la joue”

C’est une amie qui lui aurait proposé de venir skier avec le réalisateur et ses proches en Suisse. Un jour, alors qu’ils étaient tous les deux sur un télésiège, le réalisateur lui aurait proposé de “coucher”, ce qu’elle aurait refusé.

L’agression aurait eu lieu dans la soirée, après une descente aux flambeaux. Roman Polanski lui aurait proposé de repasser par le chalet avant de rejoindre le reste du groupe. ”La vie ne m’avait pas encore formée à me méfier”, se souvient-elle. Après l’agression, le réalisateur en pleurs se serait excusé, lui faisant promettre de ne rien dire. La jeune fille, qui venait d’être majeure, se serait réfugiée chez un ami du réalisateur dans un chalet non loin.

Ce dernier, contacté par Le Parisien, a souhaité rester anonyme. Il raconte l’état dans lequel Valentine Monnier est arrivée chez lui: “Elle avait l’air bouleversé. Quand elle est arrivée dans mon chalet, je crois me souvenir qu’elle avait un bleu sur la joue. Puis, elle m’a dit qu’elle venait d’être brutalement violée par Polanski”.

Un autre homme qui a aidé la jeune fille ce soir-là, également contacté par le quotidien, assure qu’elle avait l’air bouleversé et précise: “Roman avait des problèmes psychologiques avec les femmes. Beaucoup de filles tournaient autour de lui dans l’espoir d’avoir un rôle… Valentine était une très jolie fille, mais n’était pas de ce genre-là”.

Parler avant la sortie de “J’accuse”

Valentine Monnier, qui n’a jamais porté plainte, explique son besoin de témoigner publiquement par la sortie prochaine du film “J’accuse”, avec Louis Garrel dans le rôle d’Alfred Dreyfus. Dans une interview à propos de ce film, Roman Polanski avait fait un parallèle entre sa situation et celle du capitaine victime d’une erreur judiciaire. Le cinéaste, condamné pour détournement de mineure en 1977, est toujours poursuivi pour viol devant les tribunaux californiens.

“Est-ce tenable, sous prétexte d’un film, sous couvert de l’Histoire, d’entendre dire ‘J’accuse’ par celui qui vous a marquée au fer, alors qu’il vous est interdit, à vous, victime, de l’accuser?”, demande Valentine Monnier, fille d’industriels alsaciens.

Depuis 2017 et le début du mouvement ”#MeToo”, elle a rapporté les faits à la police de Los Angeles, ainsi qu’à plusieurs personnalités dont Brigitte Macron et Marlène Schiappa. Cette dernière lui aurait répondu que, les faits étant prescrits, elle ne pouvait rien faire, tout en assurant soutenir “sa démarche courageuse”. 

L’actrice Adèle Haenel, qui a récemment accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’“attouchements” et de “harcèlement” alors qu’elle était adolescente, a apporté son soutien à l’actrice. “Je soutiens Valentine Monnier pour son témoignage bouleversant, courageux et précis, je suis en soutien total”, a-t-elle indiqué au Monde. Adèle Haenel avait estimé, dans son témoignage à Mediapart, que Roman Polanski était “malheureusement un cas emblématique” d’abus.

Joint par Le Parisien, l’avocat du cinéaste, Hervé Temime, affirme que “Roman Polanski conteste fermement toute accusation de viol”, et ajoute: ”À titre personnel, je ne peux que constater que les faits allégués datent d’il y a quarante-cinq ans. Qu’ils n’ont, pendant toutes ces longues années, jamais été portés à la connaissance de l’autorité judiciaire ou de M. Polanski. Dans de telles conditions, je déplore gravement la parution, à la veille de la sortie du film, de telles accusations.”

Sollicité par l’AFP, l’avocat n’a pas souhaité faire d’autres commentaires dans l’immédiat.

Sous le coup d’un mandat d’arrêt

Roman Polanski est toujours poursuivi par la justice américaine dans le cadre de la procédure pour détournement de mineure lancée à son encontre en 1977. Il avait alors plaidé coupable de détournement de mineure après avoir eu des relations sexuelles illégales avec Samantha Geimer, âgée de 13 ans. Ce seul chef d’accusation retenu était le résultat d’un accord à l’amiable avec le juge, après que Polanski eut été inculpé initialement de chefs d’accusation plus graves, notamment viol d’une mineure sous l’emprise de stupéfiants.

Condamné à 90 jours de prison, il avait été libéré après 42 jours. Mais le juge avait ensuite estimé la sentence insuffisante. Polanski avait choisi de s’envoler pour la France. Il est depuis sous le coup d’un mandat d’arrêt.

D’autres femmes ont accusé Roman Polanski d’agressions sexuelles. 

En plein festival de Cannes en 2010, l’actrice britannique Charlotte Lewis avait accusé le réalisateur de l’avoir “abusée sexuellement” à 16 ans lors d’un casting en 1983. Une seconde femme, identifiée comme “Robin”, l’a accusé en août 2017 d’agression sexuelle lorsqu’elle avait 16 ans, en 1973. En septembre 2017, Renate Langer, une ancienne actrice, déposait une nouvelle plainte pour viol, affirmant avoir été agressée en 1972 à Gstaad alors qu’elle avait 15 ans. Deux mois plus tard, la justice suisse déclarait ces accusations prescrites.

Les accusations de ces trois femmes sont “sans fondement”, avait déclaré l’avocat de Polanski.

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.