ALGÉRIE
08/04/2019 13h:35 CET

RND : la chute de la maison Ouyahia

L'ex Premier ministre algérien et leader du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, un fidèle du président Abdelaziz Bouteflika, le 31 janvier 2019 à Alger|Eric FEFERBERG, Farouk Batiche

Drôle de fin pour celui qui s’est rêvé un destin national et se voyait comme un potentiel successeur de l’ancien Président Bouteflika. Après avoir perdu le respect des algériens qui lui vouent une haine tenace et conspuent son nom lors des manifestations, le voilà rejeté par une partie des militants de son propre parti qui demandent son départ “immédiat” de la direction du RND.

L’homme qui a tenu le parti d’une main de fer depuis 1999, sauf entre 2012-2015 où le RND a été dirigé par Abdelkader Bensalah, est aujourd’hui poussé vers la sortie sans ménagement. Pire : c’est son plus fidèle lieutenant, Seddik Chihab qui est à la manœuvre pour obtenir son départ définitif.

Au RND, les militants veulent faire payer à leur secrétaire général son alignement aveugle pour les Bouteflika. “On a peut-être pas eu assez de courage pour lui dire qu’il se trompait en soutenant le 5ème mandat, mais aujourd’hui on a assez de force pour lui demander de partir”, explique un cadre du parti au HuffPost Algérie.

Au sein de la deuxième formation politique du pays, beaucoup de cadres pensent que le salut passe par le limogeage de leur chef, avec l’espoir que ce départ permette au parti de continuer à exister. “La question dépasse le simple cas de Ouyahia. Il s’agit de l’avenir du parti qui est en jeu,” explique un cadre qui reconnaît que la proximité avec l’ancien Président Bouteflika risque de coûter très cher au parti.

Lors de la réunion  des militants du RND d’Alger, la qualité de membre d’Ahmed Ouyahia au Conseil de wilaya d’Alger a été annulée, et un appel pour mener  “un processus de redressement” a été lancé, alors que les militants d’Alger se disent ne plus être engagés par les actions et les décisions du SG du parti.

Ahmed Ouyhia fait également l’objet d’attaque de membres fondateurs du parti comme Belkacem Mellah. “Ouyahia a marginalisé tous les membres fondateurs du RND, remplacés par des fonctionnaires politiques. Nous avons beaucoup de militants avec nous dont des anciens ministres. Nous voulons récupérer notre parti. Le RND a été loué à ceux qui ont de l’argent, venus pour leurs intérêts personnels uniquement. Ouyahia a livré les bureaux de wilaya du parti à des commerçants. Je dis aux fondateurs que le RND ne meurt pas”, a affirmé Belkacem Mellah, lors de son passage dans TSA Direct, le 20 mars dernier.

Il est peut-être temps pour celui qui se voyait calife à la place du calife d’écouter le conseil que lui donner son frère Laifa Ouyahia, sur El Bilad TV “Dans les pays qui se respectent, quand quelqu’un sort du pouvoir ou qu’il est limogé, il se retire. Il doit de préférence se retirer de la vie politique”, a-t-il affirmé et de citer l’exemple d’Angela Merkel en Allemagne, “qui s’est retirée du pouvoir progressivement”.