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14/03/2019 17h:44 CET | Actualisé 14/03/2019 17h:44 CET

Risques Algérie : enjeux et stratégies de pouvoir

Anadolu Agency via Getty Images

L’Algérie est aujourd’hui a la croisée des chemins, le 1er mars 2019 à été le basculement d’une société qui s’élevait massivement contre la prolongation d’un régime qui souhaitait perdurer après vingt années de règne absolu.

I/ LA FIN D’UN CYCLE OU LA SINGULARITE ALGERIENNE

Les algériens toutes catégories confondues se sont réveillés massivement d’un lourd silence qui perdurait depuis près de 30 ans, encaissant les humiliations successives avec la peur de revivre la décennie noire qui a généré plus de 150 000 morts. La mémoire collective algérienne fracturée au début des années 90 et meurtrie comme jamais subissait, la première dans le monde arabe, les foudres de l’instrumentalisation de l’islam où certains pays occidentaux (Usa, France, Angleterre) jouait au pompier pyromane sur cette question. Officiellement en le combattant et officieusement en l’entretenant comme des apprentis sorciers qui favorisait le radicalisme religieux pour créer le chaos et ensuite détruire des Etats nations.

L’Algérie a toujours suscité la convoitise à cause de sa richesse, son étendue et sa position stratégique au cœur de la méditerranée.

L’Algérie aurait pu sombrer dans les ténèbres au même titre que la Syrie, la Lybie ou l’Irak. Elle a  su échapper au chaos qu’on tentait de lui imposer car le peuple a eu le ressort suffisant, surement grâce son passé historique qui lui donnait des repères, pour encaisser les foudres en attendant un renouveau.

II/ ENJEUX ET STRATEGIES D’UN POUVOIR SULTANESQUE

L’échec du Président Bouteflika, malgré quelques réalisations, est de n’avoir pas su consolider et faire décoller l’Algérie tant sur le plan politique qu’économique. Nous ne pouvons pas comprendre le pouvoir actuel, fruit d’un long processus historique, sans une analyse profonde des acteurs en présence, du pouvoir décisionnel et des stratégies déployées sur le plan national et international par un président invisible depuis près de six années. Ce régime a centralisé tous les pouvoirs, transgressant d’une manière continue les fondements de la république algérienne, en allouant d’une manière discrétionnaire une allocation de ressources à des acteurs choisis, souvent d’une manière arbitraire, sous une forme de tribalisme où le régionalisme est omniprésent. Sur le plan international, un savant dosage est opéré pour maintenir le statu quo et la nature d’un régime autocratique soutenu par certaines puissances. Qui sont ces acteurs  nationaux et internationaux ?

Les acteurs principaux sur le plan national peuvent être catégorisées en trois groupes, le  premier acteur sur lequel repose cette gouvernance est cette puissante bourgeoisie industrielle et commerçante scindée en deux groupes, la première la plus riche, est celle qui est souvent apparenté au régime et qui tire sa légitimité en bénéficiant de nombreux avantages issus de l’économie de rente, crédit bancaires bonifiés, avantages fiscaux, licences d’exploitations et d’importations et l’exclusivité de pans entiers de l’économie algérienne. Cet acteur est prêt a tout pour soutenir le régime qui lui réserve des marchés très juteux où les malversations les plus diverses sont opérées pour maximiser les profits. Face à cet acteur, une autre composante économique, souvent composée de petits et grands industriels en disgrâce avec le pouvoir, tente d’exister d’une manière plus transparente. Ces entrepreneurs peinent à se développer en raison des freins orchestrés par leurs concurrents avec la complicité souvent d’acteurs issus de la bourgeoisie technocratique, deuxième acteur le plus influent en Algérie. Ces jeux d’acteurs entraînent un climat des affaires en Algérie qui se détériore continuellement. L’Algérie est sanctionnée par le rapport de la banque mondiale qui l’a rétrograde de 10 points en 2017, la plaçant au 166ème rang sur 190 pays. Un piètre résultat qui, malgré quelques avancées, confirme le bilan négatif de cette gouvernance.

Le second acteur, pilier de la stratégie de ce régime, est une bourgeoisie technocratique,  composée des hauts cadres de l’administration algérienne et des forces de justice et de sécurité. Elle dispose d’un véritable pouvoir, celui d’allouer d’une manière opaque une allocation de ressources avec une capacité de nuisance dans l’action des acteurs pouvant gêner le régime et ses relais dans la société.

La gouvernance actuelle l’a bien compris. Depuis 1999, elle attribue à ces deux acteurs principaux une part non négligeable de la rente, en particulier par leur introduction dans le juteuse filière des importations. Mais aussi par l’accélération de nominations de complaisance et de promotions accélérées, dans toutes les sphères de la l’administration et des services de sécurité, pour une clientèle fidèle au régime. Les partisans les plus farouches au 5ème mandat sont principalement dans cette catégorie. Ce sont les deux premiers acteurs qui bénéficient principalement de la rente et du système en place.

Le régime aguerri a aussi, ces dernières années, tenter d’acheter artificiellement une paix sociale en allouant massivement des logements gratuits aux masses populaires et des crédits de micro entreprises au jeunes. Ces subventions ont été élargies récemment à la diaspora espérant neutraliser les forces vives de la nation qui risquaient de remettre en cause un pouvoir sultanesque. Cette redistribution artificielle n’a pas suffit pour faire taire les masses et faire perdurer ce régime autocratique. Les masses populaires, et en particulier les jeunes, ont réagi massivement en exprimant un besoin d’un renouveau bien sur économique, leur permettant d’exister dans la société algérienne, mais aussi politique face à un pouvoir décalé des enjeux de l’Algérie qui a fait semblant de ne pas entendre l’exaspération des masses.

A la question de savoir qui détient aujourd’hui le pouvoir en Algérie face à un Président très diminué, qui ne s’est plus adressé à son peuple depuis plus de 6 ans. La réponse doit être prudente car la réalité algérienne, opaque, nous impose une approche complexe de la nature de ce pouvoir. Invisible et transversal, ce pouvoir est loin de l’idée répandu d’un unique clan présidentiel composé de fidèles du président (Présidence, armée, Sécurité intérieure) qui décident à sa place. Cette réponse est partiellement vraie mais elle ne révèle pas la complexité algérienne aussi structurée entre des acteurs qui se confondent et se confrontent dans une forme d’équilibre où chacun trouve son intérêt où les liens familiaux sont très forts.

L’arbitre de ces jeux de pouvoir a toujours été en dernier ressort le Président Bouteflika qui a maintenu dans l’exercice de sa gouvernance l’équilibre des jeux d’acteurs. Depuis que son état de santé s’est dégradé véritablement en 2013, c’est a dire depuis qu’il ne peut plus parler à son peuple, pour ses détracteurs les plus virulents, il semble avoir établi une feuille de route avec  un impératif principal, le maintenir Président jusqu’à sa mort coûte que coûte. La deuxième hypothèse souvent émise est d’être l’otage d’un clan, incapable de gouverner et le dédouanant de toute responsabilité. La réalité semble ailleurs. Le Président Bouteflika a su dans un jeux complexe et habile faire le vide autour de lui, imposant son pouvoir quasi absolu depuis le début de sa gouvernance en 1999. Par contre, il semble avoir donné l’instruction de préserver le fragile équilibre général en allouant d’abord la gestion de son pouvoir aux membres de sa famille, principalement ses deux frères soutenus par un groupe restreint à la Présidence composé des principaux centre de pouvoir (armée, sécurité intérieure, chef du gouvernement).

 

Le Président Bouteflika aurait pu sortir par la grande porte en renonçant au pouvoir un peu comme Nelson Mandela qui après avoir accédé  au stade suprême du pouvoir l’avait remis à son peuple en se tenant à sa disposition. Le Président Bouteflika ne l’a pas fait et les acteurs qui lui font allégeance n’ont pas eu le courage et l’intelligence de l’en dissuader.

Ce modèle de gouvernance est aujourd’hui obsolète. Il a fonctionné durant près de vingt années pour plusieurs raisons. D’abord parce que la rente des hydrocarbures, favorisée  depuis son accession au pouvoir en 1999, n’a fait que progresser pour atteindre en 2008 un prix de 140 dollars le baril de pétrole. Cette envolée des cours a permis à un grand nombre de ses soutiens de bénéficier des avantages de cette rente énergétique. Ensuite, parce que les algériens étaient abasourdis par la décennie noire, période ou les pires atrocités ont été commises y compris avec l’assassinat du Président Boudiaf, éliminé parce qu’il commençait à s’attaquer aux barons du régime.

Aujourd’hui, ce système ne peut plus tenir car fondé sur une caste dont les excès  continues ne sont qu’offenses et humiliations. Les premières victimes sont les masses populaires où les jeunes sont majoritaires, situation illustrée par un chômage endémique avec près de 3 millions de personnes, soit 20% de la population active.

L’arrivée de plans de rigueurs due à la chute drastique des cours des hydrocarbures, principale ressource algérienne, révèle au grand jour les dysfonctionnement structurel d’un système qui repose, en grande partie, sur le clientélisme et la corruption.

III/ LE MONDE FACE AU RISQUE ALGERIE

La situation de l’Algérie est aujourd’hui au centre des regards du monde. Agréablement surpris par l’élan soudain démocratique et pacifique de ce peuple qui s’est uni sans tutelle politique pour dire STOP à ce régime autocratique.  

Sur le plan international, il est certain que des pays, comme les deux premières puissances mondiales, vont jouer un rôle déterminant tout en souhaitant maintenir les relations stratégiques avec l’Algérie, les Américains le secteur des hydrocarbures les Russes celui de l’armement. L’objectif pour ces puissances est d’accompagner discrètement le soulèvement populaire en transmettant quelques signaux favorables à la transition démocratique. L’administration américaine a réagi en positivement en soutenant le peuple algérien dans sa démarche de revendication pacifique. L’Union européenne a fait de même en soutenant les manifestations. L’acteur international le plus décisif dans ce moment est surement l’ex puissance coloniale c’est à dire la France qui a ses relais en Algérie pour maintenir une influence historique.

Le positionnement ambigu de la France

La position officielle française peut être résumée de la sorte : ni ingérence ni indifférence. En réalité un langage diplomatique pour ne pas s’impliquer et tenter de préserver les intérêts français en Algérie en particulier un statu quo historique qui permet à la France d’avoir une position dominante dans ce pays depuis plus de 60 années. La France aurait pu avoir la même attitude qu’au Venezuela ou ailleurs en s’impliquant d’avantage pour une véritable transition démocratique. Or, il n’en est rien. comme lors de la révolution tunisienne, la France préfère soutenir les régimes autocratiques en place par peur de perdre une influence. L’Algérie n’est pas la Tunisie et les enjeux sont plus beaucoup conséquents en raison du contentieux historique qui lie les deux pays. Avec cette position fébrile, le risque pour la France dans le futur est de se confronter à un nouveau régime en Algérie qui risque de l’interpeller d’une manière plus frontale sur tous les dossiers sensibles.

Le premier est relatif à la question du droit à la réparation des crimes coloniaux  français en Algérie, enfin reconnu aux victimes algériennes, auparavant réservées exclusivement aux victimes françaises. Cette décision du conseil constitutionnel français en février 2018 donne désormais la possibilité aux algériens, ayant subi en Algérie entre le 31 octobre 1954 et le 29 septembre 1962 des dommages physiques du fait d’attentats ou de tout autre acte de violence en relation avec la guerre d’Algérie, droit à réparation.  Des milliers d’algériens ont subi des actes de violence durant la guerre d’Algérie. D’une manière étrange, les autorités algériennes actuelles n’ont toujours pas réagi à cette décision comme s’il existait une collusion entre les deux régimes pour s’accorder en se taisant sur cette question. Le montant des réparations peut être évalué à plusieurs milliards d’euros. Si la transition démocratique s’opère, il est fort probable que ce dossier sera exposé d’une manière plus explicite par la nouvelle gouvernance algérienne.

Le second dossier sensible est lié à la réparation des effets des essais nucléaires et chimiques en Algérie de 1960 à 1978 qui ont généré des désastres écologiques et humains encore visibles et mesurables à ce jour. Là encore la réparation des préjudices subis peut représenter des sommes colossales, plusieurs milliards d’euros que la France devra allouer à l’Algérie. Cette question de la réparation sera d’autant plus d’actualité que la France est en train d’accélérer la réparation financière des harkis d’Algérie.

Le troisième dossier  pourrait être lié à la diaspora algérienne en France souvent visée par la question du poison français, où on assimile souvent les musulmans, où les algériens sont majoritaires, comme les nouveaux porteurs de l’antisémitisme français par ce qu’ils sont antisionistes. L’organisation et l’influence politique de cette diaspora seront également dans le futur un sujet sensible entre les deux pays. Sur ces questions, le régime algérien actuel a souvent été inefficient voir absent pour ne pas altérer le statu quo des relations diplomatiques entre les deux pays.   

Le quatrième dossier, délicat, est lié aux rapports économiques franco-algériens où la France dispose depuis toujours d’une certaine rente sur ce marché se limitant à des exportations avec très peu d’investissement directs en Algérie ou bien des investissements mirages comme celui de la firme Renault où le taux d’intégration est très faible générant des surcoûts pour l’Algérie.

Le dernier dossier est lié a la libre circulation des personnes entre la France et l’ Algérie où il faut vivre le parcours du combattant pour un très grand nombre avec cette suspicion perpétuelle d’être de futurs clandestins bénéficiant du système français.

Sur ces dossiers sensibles le régime actuel a toujours collaboré avec la France en faisant profil bas comme si elle était mal a l’aise face à ses revendications légitimes. La raison est surement liée au fait qu’une partie, non négligeable, du régime algérien dispose d’intérêts directement ou indirectement en France (biens immobiliers, activités commerciales, compte bancaires, double résidence,  scolarisation de leurs enfants… ). Il est fort probable que si le régime actuel tombe, la nouvelle gouvernance risque de soulever franchement tous ces sujets sensibles. C’est peut-être l’une des raisons de la position ambiguë des autorités françaises.

IV/ VERS UNE DEUXIEME REPUBLIQUE ALGERIENNE

Le géni du peuple algérien c’est sa culture, son identité plurielle mais aussi son esprit révolutionnaire qui a vaincu le colonialisme après 132 années de domination et d’exploitation en payant un lourd tribut où chaque famille a été touchée dans sa chair. On aurait pu penser ces dernières années qu’il avait perdu l’esprit révolutionnaire qui lui permis de recouvrir sa liberté et sa dignité. Nous pensions qu’il était devenu anesthésié depuis près de 20 ans, guidé par le consumérisme et la malbouffe. Or il n’en est rien ! Il vient de le prouver au monde entier. Il était simplement en train de se reconstruire en silence après la décennie noire pour renaître. Le peuple algérien s’est à nouveau uni d’une manière soudaine, toutes classes sociales, génération et sexes confondus. Un peuple uni par une grâce indicible face un régime a bout de souffle. La société civile et l’opposition ne sont pas arrivées à fédérer d’une manière massive. La population seule a pris le flambeau comme un phénix qui renait de ses cendres, redonnant une fierté exceptionnelle à tous les algériens, colonne vertébrale de l’identité algérienne. Cet élan révolutionnaire place le peuple au firmament des luttes collectives forçant le respect et l’admiration mondiale.

La question qui reste posée est de savoir si le régime va tomber et si un véritable processus révolutionnaire va s’opérer, c’est à dire une transformation profonde des rapports sociaux, une nouvelle république et de nouveaux acteurs en présence. La problématique centrale ne doit pas être focalisée sur le départ du Président Bouteflika mais sur la fin d’un régime qui s’est érigée en système par ses dysfonctionnements d’une manière profonde dans toutes les strates de la société algérienne depuis près de 50 années. La volonté du régime d’assurer cette transition est une supercherie grossière car elle reprend les mêmes types d’acteurs, caciques du régime pour tenter de reconstruire une nouvelle république. Le peuple n’est pas dupe ! Lucide il s’oppose déjà farouchement à cette tentative d’instrumentalisation, soutenu par des figures emblématiques comme Jamila Bouhired qui les invitent à rester vigilants pour ne pas se faire voler leur révolution.

Personne ne peut prédire l’issue de ce système sinon espérer sa fin car la résistance en face est tenace, prête à tout pour ne pas perdre sa position dominante sur des pans entiers de l’économie algérienne. Mais aussi ses privilèges de statuts et fonctions au sein d’un régime où la corruption a souvent été omniprésente. La résistance au changement vers une réelle démocratie est lié aux risques de représailles pénales de ces acteurs tenant le régime qui ont trop souvent flirté avec la corruption, les malversations et les enrichissements frauduleux.

Ce 5e mandat est le mandat de trop avec cette proposition indécente de disposer de temps supplémentaire regardée légitimement par beaucoup comme la volonté pour les caciques du régime de nettoyer les malversations du passé et sortir indemnes de cette gabegie où près de milles milliard de dollars ont été injectés dans le pays durant cette gouvernance avec des résultats médiocres eu égards aux possibilités qui auraient du être exploitées.

Cette révolution si elle s’opère véritablement devra proposer aux algériens un vrai projet de société où une véritable démocratie devra s’imposer avec la participation de tous les algériens y compris de l’étranger. Cela passera inéluctablement par une refonte de la sphère politique, un retour a deux mandats maximums, un renouvellement de la classe politique, une justice irréprochable et une implication beaucoup plus forte de la diaspora. L’instance de transition devra être composée d’acteurs dont la probité est incontestable,  qui n’ont aucune accointance avec ce régime avec un objectif principal, mettre en œuvre les assises d’une nouvelle démocratie avec une constitution à la hauteur des ambitions du peuple algérien, sans exclusion.

Le cas du trublion R. Nekkaz

Derrière ses frasques, son parcours politique pose la question de la contribution de la diaspora dans la scène politique algérienne où il semblerait qu’il y ait de nombreuses résistances y compris dans les médias sérieux qui semblent vouloir lui vouer un dédain violent.  On aurait pu au moins lui reconnaître sa capacité à soulever des problématiques certaines comme celui de la corruption, des agissements frauduleux de caciques du pouvoir et de la collusion entre les dirigeants français et algériens sur des dossiers sensibles. On ne peut également lui enlever l’adhésion de milliers de jeunes qui se reconnaissent chez ce personnage qui sait manier les réseaux sociaux et le marketing politique. Toutefois, Il perd sa crédibilité quant il s’égare dans des scénarios romanesques ou dans ses diatribes avec des propos insultants à l’égard de Bouteflika et de sa famille, en particulier lorsqu’il affirme haut et fort et d’une manière récurrente qu’il est décédé. Son avenir politique risque d’être peu lisible s’il ne transforme pas en profondeur son engagement politique.

 Concrètement, l’avenir de l’Algérie impose sur le plan politique de redonner confiance au peuple en rétablissant la justice sociale et en impulsant l’envie à l’algérien moyen de croire en une nouvelle société fondée sur le mérite, le travail et la justice. Pour atteindre  cet objectif ambitieux, plusieurs conditions et la première sera de rétablir une assise démocratique (nouvelle constitution et libertés d’expression) tout en s’attaquant à la source du mal le plus puissant de la société algérienne qui est celui de la corruption et en contrôlant et sanctionnant toutes les dérives illégales. Cela ne sera possible qu’avec une justice indépendante et puissante encadrée par un grand débat national sous la supervision d’un collège principalement issu de la société civile en rupture avec le régime actuel.

 Sur le plan économique, le décollage de l’Algérie peut s’articuler autour de certains axes stratégiques afin de répondre à la question de la place de l’Algérie dans le concert des nations et sur quelles assises économiques elle peut disposer d’avantages comparatifs en dehors de ses hydrocarbures. Quatre sphères prioritaires peuvent être proposées. La première priorité est liée non pas à un une spécialisation sectorielle mais à une valorisation du capital humain. Nous sommes convaincu que miser sur le potentiel humain en investissant fortement dans le domaine de la formation et la recherche avec un public cible composé en grande partie par les jeunes permettra de développer les savoir-faire dont l’Algérie a tant besoin et qu’elle importe chaque année lui coûtant un prix exorbitant. Sur la diaspora, il est choquant de constater que depuis cinquante années, les autorités algériennes ont toujours négligé ce potentiel malgré les discours démagogiques et les mesurettes proposées, comme si les autorités publiques n’en voulaient pas préférant la collaboration avec les étrangers des pays les plus développés.

La seconde priorité est liée à l’agriculture qui représente un des postes d’importation le plus élevé de l’Algérie avec l’objectif à court terme l’autosuffisance alimentaire.

 Le troisième axe prioritaire est de nouer de vraies partenariats avec nos voisins méditerranéens. Et plus précisément avec la France permettant de rapprocher les peuples, assainir le contentieux historique, drainer un véritable volume d’investissement direct étranger loin de ces investissements mirages où il est plus facile d’importer que de produire en Algérie.

 Le quatrième axe prioritaire s’inscrit dans le secteur du développement durable (énergies, tourisme…) qui peut constituer des filières où l’Algérie peut être en première ligne.

Conclusion

L’Algérie est aujourd’hui au centre des regards du monde forçant le respect et l’admiration par sa maturité politique et son pacifisme mais elle connaît aussi une situation fragile  car très incertaine où tout est encore possible, la turbulence y compris avec une explosion de la violence. L’évolution dépendra simultanément des signaux des partenaires traditionnels de l’Algérie (France, Usa, Russie, Chine), de la position sage des forces de sécurité mais surtout de l’intensité et de la continuité des mobilisations. Une chose est certaine, rien ne sera plus comme avant le 1er mars 2019.

Le processus peut être caractérisé de révolutionnaire si le régime s’effondre. Hypothèse probable mais incertaine car le régime vacille mais n’est toujours pas tombé. Les tenants du régime sont prêts à employer tous les subterfuges pour faire capoter cette transition démocratique qui risque de leurs coûter très cher y compris par les nombreuses poursuites judiciaires inéluctables qui en découleront. L’esprit des revendications et des slogans des manifestants, où les jeunes sont majoritaires, est souvent relié dans leurs expressions aux Chouhadas, les martyrs de la révolution algérienne contre l’occupant colonial français comme s’ils portaient leurs flambeaux dans une forme de continuité idéologique. Loin de la démagogie des caciques du régime. Un véritable esprit révolutionnaire perdure et symbolise LA singularité algérienne.