TUNISIE
03/10/2018 17h:12 CET

Révélations du comité de défense de Belaid et Brahmi: Ennahdha esquive le débat et s'attaque au Front Populaire

Ennahdha tente de faire dévier le débat vers une opposition idéologique avec le Front populaire évitant soigneusement de commenter les accusations.

FETHI BELAID via Getty Images

Les révélations autour de l’implication d’Ennahdha dans les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, divulgués mardi lors d’une conférence de presse ont fait réagir les principaux dirigeants d’Ennahdha qui ont décidé de faire dévier le débat sur le terrain d’une confrontation idéologique avec le Front Populaire, esquivant ainsi le débat sur le contenu des documents présentés par le comité de Défense.

En voici 3 exemples:

Harouni s’attaque à Hamma Hammami et Mongi Rahoui

 

Invité sur la radio Mosaïque FM, le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha Abdelkarim Harouni s’en est vivement pris au porte-parole du Front populaire Hamma Hammami et au député Mongi Rahoui.

“Je voudrais dire à Hamma Hammami de régler ses problèmes au sein du Front populaire, qu’ils soient idéologiques, politiques ou démocratiques, sans accuser ni insulter Ennahdha” a-t-il affirmé indiquant savoir faire la différence entre le courant de Hamma Hammami et le courant de Mongi Rahoui au sein du Front.

“Mongi Rahoui, quand l’ancien ministre de l’Intérieur Lotfi Brahem a été démis de ses fonctions, a appelé les sécuritaires à se retourner contre l’État. C’est un anarchique, dangereux. Je l’appelle soit à se remettre en cause et à s’excuser ou alors j’appellerai à la levée de son immunité parlementaire et à son jugement parce qu’il représente un danger pour la sécurité nationale” a fustigé Harouni.

Revenant sur le contenu des révélation du comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, le président du Conseil de la Choura a affirmé que “ce qu’a fait le comité de défense est dangereux pour l’État tunisien car il remet en cause l’appareil sécuritaire de l’État et l’appareil judiciaire, et pense se substituer à eux”.

“Ce sont des gens qui se sont mis au dessus de la Justice et au dessus de l’État. On souhaite leur rappeler qu’une révolution a eu lieu, que nous sommes en démocratie et que quand on n’est pas d’accord, on recourt à la justice. Or le Front populaire et ce comité ne reconnaissent pas le rôle de la justice” a déclaré Harouni affirmant que les dossiers sur ses assassinats sont entre les mains de la justice.

 

“Pas une première” pour Imed Khemiri

“Ce n’est pas la première conférence de presse, et ce ne sera pas la dernière conférence de presse qu’organisera le Front populaire et ses dirigeants pour accuser Ennahdha dans ces affaires d’assassinats politiques” a pour sa part estimé le porte-parole d’Ennahdha Imed Khemiri.

“Il y a une volonté de la part du Front populaire d’être juge et partie dans les affaires d’assassinats politiques. Ils ne veulent pas que ces affaires aillent en justice et soient jugées” a-t-il indiqué.

“Aujourd’hui, ils veulent faire d’Ennahdha le principal accusé dans ces affaires. On l’a vu depuis 2013, à la première seconde après l’assassinat de Chokri Belaid, c’est Ennahdha qu’ils ont accusé” a déclaré le porte-parole d’Ennahdha jugeant ces révélations comme une posture politique adoptée par le Front populaire.

Pour lui, le Front populaire veut faire comme a fait le système de Ben Ali avec Ennahdha, à savoir, un “sujet sécuritaire (...) en instrumentalisant l’institution sécuritaire et judiciaire dans son conflit” avec Ennahdha.

 

Laarayedh et les “manoeuvres dilatoires” 

L’ancien chef du gouvernement et dirigeant au sein d’Ennahdha a quant à lui affirmé à la TAP que la conférence de presse organisée mardi par le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, est l’oeuvre du Front populaire: “Le Front populaire est passé maître dans les manœuvres dilatoires, la diffamation et les accusations calomnieuses contre le Mouvement Ennahdha”, niant au passage toute implication d’Ennahdha dans ces assassinats.

Raphael Huenerfauth via Getty Images

 

Le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi a tenu, mardi, une conférence de presse, durant laquelle il est revenu sur les circonstances de l’assassinat des deux militants de gauche, sous le thème: “L’organisation spéciale du mouvement Ennahdha après la révolution et sa relation avec les assassinats politiques: Des vérités révélées pour la première fois”.

Pointant du doigt le rôle joué par Ennahdha dans ces assassinats et présentant de nombreux document, le comité de défense a mis en exergue l’implication de Mustapha Khedher, un militant d’Ennahdha, chez qui plusieurs documents relatifs à ces affaires auraient été retrouvés chez lui.

Le comité de défense a également affirmé qu’un appareil sécuritaire propre à Ennahdha a été mis en place par celle-ci, chargé d’espionner plusieurs personnalités politiques tunisiennes mais également des ambassades étrangères.

Enfin, Ridha Raddaoui, avocat et membre du comité a expliqué qu’il existe une “chambre noire”, inaccessible, au sein du ministère de l’Intérieur qui contiendrait des documents dangereux et pouvant faire la lumière sur ces assassinats: “Le directeur des archives à l’époque nous avait refusé l’accès (...) tout comme ses successeurs” a-t-il regretté. 

 

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