MAROC
29/08/2018 18h:03 CET

"Retours à chaud" de migrants: le ministre de l'Intérieur espagnol s'explique devant le Congrès

Les tensions à Sebta ont particulièrement été débattues.

Pablo Blazquez Dominguez via Getty Images

ESPAGNE - La polémique continue en Espagne. Quelques jours après que les autorités espagnoles ont expulsé plus de 100 migrants passés de force à Sebta, c’était l’heure du grand oral pour le ministre de l’Intérieur espagnol Fernando Grande-Marlaska, ce mercredi 29 août. 

Interrogé par le Congrès sur la question des migrants,  le ministre espagnol s’est défendu face aux critiques de la nouvelle politique répressive du gouvernement. Une intervention au cours de laquelle il a qualifié la crise migratoire que traverse le pays d’“inédite mais prévisible”, rapporte El Pais.

Le ministre a d’abord avoué officiellement avoir eu recours à un accord bilatéral entre le Maroc et l’Espagne pour renvoyer plus de 100 migrants, passés de force à Sebta, vers le Maroc. Une action menée, selon ce dernier pour “envoyer un message clair aux organisations criminelles”, explique 20 minutos.

Fernando Grande-Marlaska a également accusé les migrants visés par ces expulsions, et ceux toujours recherchés par la police, de “violences”: “une migration légale, sûre et ordonnée est possible et souhaitable, mais pas illégale et violente, nous ne permettrons pas une immigration violente qui constitue une menace pour la sécurité”, rapporte la même source. Une justification largement critiquée par les défenseurs des droits de l’homme, comme la militante Helena Maleno, qui a qualifié cette politique de “raciste”.

De l’Aquarius à l’expulsion

Le gouvernement Sanchez s’est ainsi retrouvé critiqué pour le “retournement de veste” du gouvernement au sujet de la politique migratoire. Un député du parti populaire José Alberto Martín-Toledano, cité par, 20 minutos, dira notamment que le gouvernement actuel est passé d’un “bienvenue à l’Aquarius, à l’expulsion express des migrants”.

Sur le web, les opposants à cette nouvelle politique répressive n’ont pas été convaincus par les propos tenus par le ministre:

 “M. Grande Marlaska n’a jamais entendu parler des droits de l’homme. Mais de la torture, il en sait beaucoup et la permettra plus”.

“Grande-Marlaska en moins de 10 minutes d’intervention au Congrès a déjà permis de montrer de manière transparente, cristalline, le fait que la politique d’immigration du gouvernement sera répressive et avec un seul objectif: protéger la frontière. Parce que bien sûr, aucun gouvernement n’a essayé avant”

 “Grande Marlaska oublie de dire que la vraie raison s’il y a des itinéraires de migration irrégulière, c’est parce qu’il n’y a pas de voies de migration légales et sûres pour les personnes qui en ont besoin et souhaitent quitter leur pays” 

La veille de cette intervention, la police espagnole annonçait l’arrestation de dix migrants d’Afrique subsaharienne, à Sebta. Ils ont été interpelés au centre d’accueil pour immigrés de l’enclave espagnole. Le 26 juillet dernier, plus de 600 migrants étaient parvenus à franchir la clôture entre le Maroc et Sebta en lançant de la chaux vive et des excréments contre les gardes-frontières. Des méthodes “d’une rare violence” dénoncées par les syndicats des forces de l’ordre et le gouvernement espagnol. 

Le journal El Mundo affirme que ces expulsions sont notamment poussées par la Guardia Civile, dont les agents se disent excédés par les agressions subis ces derniers mois.