MAROC
27/05/2019 11h:03 CET | Actualisé 27/05/2019 11h:06 CET

Résultats des européennes 2019: les populistes confortent leur position au Parlement

Les nationalistes, populistes et autres eurosceptiques, même s’ils progressent, restent loin de pouvoir revendiquer les premiers rôles au Parlement européen.

EUROPÉENNES 2019 - Pas de raz-de-marée, mais une position solidement confortée. Malgré les victoires de Marine Le Pen en France, Matteo Salvini en Italie et Nigel Farage au Royaume-Uni, la poussée nationaliste et eurosceptique attendue ce dimanche 26 mai aux élections européennes semble avoir été contenue, notamment par les bons scores des écologistes.

Il n’en reste pas moins que les partis populistes ont, d’une manière générale, grignoté des voix et gagné des sièges au Parlement européen. Selon des estimations à confirmer, la Ligue (extrême droite) de Salvini pourrait devenir le parti national ayant le plus de membres au Parlement, à moins que cela ne soit le Parti du Brexit du Britannique Nigel Farage. Les résultats définitifs le diront.

France, Italie, Royaume-Uni et Hongrie se fraient un chemin

En France, le Rassemblement national (RN), qui l’emporterait avec environ 24% des voix, selon des sondages, devant la formation d’Emmanuel Macron (entre 22 et 23%), a immédiatement appelé à la “constitution d’un groupe puissant” au Parlement européen réunissant les formations eurosceptiques.

Marine Le Pen, ce 26 mai, au QG du Rassemblement
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Marine Le Pen, ce 26 mai, au QG du Rassemblement national.

L’homme fort de la politique en Italie, Matteo Salvini, a de son côté renforcé son emprise sur le gouvernement populiste au pouvoir à Rome, en emmenant la Ligue (extrême droite) largement en tête avec environ 30% des voix. Il dépasse largement son allié au gouvernement, le Mouvement cinq étoiles (M5S, antisystème), grand perdant du scrutin de dimanche avec un score aux alentours des 20% des voix.

Il s’agit du meilleur résultat obtenu par la Ligue lors d’un scrutin national. En 2014, ce parti souverainiste avait obtenu un peu plus de 6% des voix, et 17% lors des législatives en mars 2018. 

Matteo Salvini face à ses soutiens ce 26 mai à
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Matteo Salvini face à ses soutiens ce 26 mai à Milan.

Au Royaume-Uni, le parti du Brexit du populiste Nigel Farage, partisan d’une rupture nette avec l’UE, arrive également nettement en tête avec 31,8% des voix, selon des résultats partiels. Les électeurs ont durement sanctionné le Parti conservateur de la Première ministre Theresa May, relégué à la 5e place avec 9,1% des voix et qui paye son incapacité à mettre en œuvre le Brexit.

Nigel Farage réagit à l'annonce des résultats des européennes ce 26
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Nigel Farage réagit à l’annonce des résultats des européennes ce 26 mai.

Enfin, le parti souverainiste du premier ministre de Hongrie Viktor Orban est crédité d’une victoire écrasante, avec 56% des suffrages, devançant de plus de 45 points l’opposition de centre gauche et d’extrême droite.

Viktor Orban face à ses soutiens ce 26 mai à
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Viktor Orban face à ses soutiens ce 26 mai à Budapest.

Une alliance difficile

Marine Le Pen espère, avec la Ligue de Matteo Salvini, fédérer une large alliance de partis nationalistes, eurosceptiques et populistes. Leur groupe parlementaire, l’ENL, est crédité de 58 sièges contre 37 actuellement.

Difficile cependant d’envisager aujourd’hui un rapprochement avec le groupe populiste EFDD -où siège le Mouvement cinq étoiles italien et que devrait rallier le nouveau parti europhobe de Nigel Farage- tant leurs divergences sont parfois profondes.

Et même en additionnant les gains de ces groupes avec les 58 sièges du groupe ECR (tories britanniques et Polonais au pouvoir du PiS, vainqueurs des européennes), l’extrême droite, les eurosceptiques et les europhobes, restent, avec 172 sièges, loin de la majorité au Parlement européen (376).

“La vague de partis nationalistes et eurosceptiques est très contenue, si on met de côté le RN et la Ligue”, estime Eric Maurice, analyste à la Fondation Robert Schuman, interrogé par l’AFP. “Si (Viktor) Orban ne bouge pas, je ne vois pas comment les lignes des groupes actuels pourraient bouger”, ajoute-t-il. Le parti du premier ministre populiste hongrois est suspendu du groupe démocrate-chrétien du PPE, en raison de ses dérapages anti-Bruxelles.

Pas de vague en Espagne, en Autriche ou aux Pays-Bas

La poussée populiste n’a pas touché plusieurs pays du continent ou s’y est avérée moins importante que prévu.

En Autriche, le parti conservateur du chancelier autrichien Sebastian Kurz est arrivé largement en tête, devant les sociaux-démocrates et le parti d’extrême droite FPÖ, touché par l’“Ibizagate”, selon des estimations. À la suite du scandale provoqué par la révélation d’une vidéo montrant une tentative de collusion avec la pseudo-nièce d’un oligarque russe, tous les ministres du FPÖ ont décidé de démissionner.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz (OeVP) salue ses soutiens après l'annonce des résultats...
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Le chancelier autrichien Sebastian Kurz (OeVP) salue ses soutiens après l’annonce des résultats des européennes, ce 26 mai.

En Espagne, qui envoie à Strasbourg le cinquième contingent de députés européens, les socialistes du chef du gouvernement Pedro Sanchez ont comme prévu remporté une large victoire avec près de 33% des voix devant les conservateurs du Parti Populaire (PP), eux aussi pro-européens.

Contrairement à d’autres grands pays de l’UE -comme la France ou l’Italie- les citoyens espagnols “ne sont pas divisés sur l’intégration européenne”, explique Jose Ignacio Torreblanca du cercle de réflexion European Council on Foreign Relations. 

Même Vox, parti d’extrême droite qui a cédé du terrain dimanche (environ 6% lors des européennes contre 10% lors des législatives fin avril), ne fait pas de l’euroscepticisme son fonds de commerce, l’argument n’ayant pas de débouché électoral dans le pays. Car l’UE y est synonyme de liberté. “L’intégration à l’Europe (en 1986) et le retour à la démocratie (après la fin de la dictature franquiste en 1975) sont les deux faces de la même médaille”, poursuit Jose Ignacio Torreblanca.

Pedro Sanchez après sa victoire à Madrid ce 26
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Pedro Sanchez après sa victoire à Madrid ce 26 mai.

Les centristes pro-européens du Fine Gael sont donnés en tête en Irlande, l’un des pays les plus europhiles.

Au Portugal, entré dans l’UE en même temps que l’Espagne lui aussi après des décennies de dictature, les socialistes du Premier ministre Antonio Costa ont également remporté le scrutin tandis que le score de la droite populiste a été négligeable.

Dans les pays baltes -anciennes républiques soviétiques qui ont adhéré en 2004 à l’UE, synonyme de prospérité et de sécurité face au voisin russe-, la Lituanie n’avait pas de force eurosceptique notable en lice au scrutin européen. La présidentielle y a aussi montré dimanche la faiblesse du courant populiste, le vainqueur Gitanas Nauseda et sa rivale Ingrida Simonyte étant tous les deux pro-Europe.

Aux Pays-Bas, selon des estimations, les électeurs néerlandais ont montré leur attachement à l’UE en plaçant en tête les travaillistes et non les populistes du FvD comme le prédisaient les sondages.

Des membres du parti travailliste (PvdA) de Frans Timmermans célèbrent leur victoire surprise...
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Des membres du parti travailliste (PvdA) de Frans Timmermans célèbrent leur victoire surprise à La Haye ce 23 mai.

Tandis qu’au Danemark, le Parti du peuple danois, premier parti à l’issue des européennes de 2014 avec 26,6% des voix, a dégringolé en recueillant à peine 11% des suffrages.

Cet article a initialement été publié par le HuffPost France.