MAROC
09/06/2018 15h:34 CET

"Résidus de mémoires", quatre photographes nous (re)plongent dans le passé du Maroc

Une exposition qui fait la part belle à la mémoire, à la restitution et aux souvenirs.

BENABDESSLAM Jamal

CULTURE - Après “Sur les rives du passé” et “Mère & fils”, une nouvelle exposition prend ses quartiers à la galerie de la Banque Populaire de Rabat. Baptisée “Résidus de mémoires”, elle réunit quatre photographes marocains autour de la mémoire sous ses différentes formes: individuelle, familiale, collective, mémoire des lieux, des espaces... L’objectif? Dépasser les clichés pour offrir aux visiteurs une immersion dans des moments et des situations ancrés dans leurs mémoires. Un jeu de restitution, de remémoration et de souvenirs, en somme. 

Organisée dans le cadre de la troisième édition des “Rencontres photographiques de Rabat”, “Résidus de mémoires” présente le travail de quatre photographes. A travers une palette visuelle riche grâce à des approches photographiques variées, les artistes repensent la notion de mémoire, chacun selon sa vision et son style.

“Les œuvres exposées ont été soit réalisées pour les besoins de l’exposition, ou produites il y a quelques années mais sont dévoilées pour la première fois a l’occasion de Résidus de mémoires”, précise Tania Chorfi, commissaire de l’exposition.

Jamal Benabdessalam nous plonge ainsi dans la mémoire des lieux, des espaces et des situations d’engagement des Marocains et de leur patriotisme, avec une approche à la fois documentaire et artistique. Ses clichés incarnent la passion des Marocains pour le football et évoquent des moments festifs ou intimes de leur quotidien dans certains lieux tels que les hammams, les cafés populaires, les écoles coraniques et les espaces publics.

Jamal Benabdessalam
Œuvres du photographe Jamal Benabdessalam

Miloud Stira, lui, aborde la problématique de l’interculturalisme et de la migration des symboles visuels, en présentant des photos prises sur les vestiges des lieux de tournage du film américain “Les yeux de la colline”, dans le sud marocain. Stira y explore les reliquats d’une mémoire filmique oubliée, à travers une sélection de photos prises à mi-chemin entre Ouarzazate et Tazenakht.

STIRA Miloud
Œuvres du photographe Miloud Stira

Né à Meknès, Jaâfar Akil revisite pour sa part l’album familial avec un regard troublant pour récrire ses histoires et ses souvenirs. Curateur et chercheur en photographie, il considère la photo comme l’instrument d’une réécriture fragmentée du passé et centrée sur le détail. Une démarche qui souhaite exprimer la notion de l’absence comme une trace de sa mémoire visuelle, de celle de sa famille ou d’autres personnes. Des clichés chargés d’émotion et de mystère , qui nous renvoient vers nos propres mémoires familiales.

AKIL Jaafar
Œuvres du photographe Jaâfar Akil.

Abderrahman Marzouk, quant à lui, nous plonge dans un univers en noir et blanc, et se focalise essentiellement sur la nature et les paysages en explorant la mémoire de nos émotions. Le temps semble s’être arrêté sur ses clichés au calme captivant, offrant le spectacle d’une nature impassible, presque figée, qui nous renvoie vers nos propres souvenirs. Le crépitement de l’eau, le bruit sourd de pas sur les pierres, le parfum de l’herbe... Autant de représentations poétiques insufflées par ce natif de Rabat, grâce à un savant jeu de lumières, de textures et de matières.

MARZOUG Abderrahmane
Œuvres du photographe Abderrahman Marzoug

“Nous n’avons pas cherché à mettre en avant une vision particulière du Maroc en exposant ces quatre artistes. Nous les avons invités à s’exprimer autour du thème de la mémoire, ce qu’ils ont fait en toute liberté avec infiniment d’acuité et de sensibilité”, confie Tania Chorfi. “Il se trouve qu’aucun de ces artistes n’exposait dans le cadres des Rencontres photographiques de Rabat. Ils sont en quelque sorte ‘exclusifs’ à la galerie Banque Populaire”, poursuit  la commissaire d’exposition. 

En plus d’œuvrer tous à Rabat, “ces artistes expriment des démarches distinctes et témoignent à coup sûr de la vitalité qui caractérise ce mode d’expression qu’est la photographie”, conclut la passionnée d’art. À découvrir et à expérimenter jusqu’au 15 septembre à la galerie Banque Populaire de Rabat.