TUNISIE
17/12/2018 16h:18 CET | Actualisé 17/12/2018 18h:48 CET

Menacés dans leur pays, les artistes libyens (s')exposent en Tunisie

C’est donc en Tunisie que les artistes libyens respirent momentanément un vent de liberté.

Facebook Dwaya

Quand il s’agit des Libyens, qu’ils vivent en Libye ou en Tunisie, on en parle plutôt pour relater des faits d’armes ou des faits divers, et rarement pour aborder le côté moins obscur d’un pays meurtri.

Pour faire connaitre cet aspect méconnu, des Tunisiens et des Libyens ont lancé récemment le projet “Breaking the Ice”. Le projet tend à établir un échange culturel entre les artistes des deux pays. 

Après l’édition de mai 2018, les organisateurs ont mis en place l’exposition “Dwaya” à la galerie d’art Central Tunis, au centre-ville. Cette exposition de calligraphie met en avant un collectif d’artistes peintres libyens jusqu’au 19 décembre.

Une de ces artistes s’appelle Takwa Abou Barnoussa. La jeune femme raconte au HuffPost Tunisie les difficultés rencontrées à cause de l’état de chaos qui règne dans son pays: “Pour organiser une exposition, il faut plusieurs autorisation, non seulement du ministère de la Culture mais aussi de trois autres milices qui contrôlent la zone concernée”, explique-t-elle. 

Pour la calligraphe, le premier obstacle pour les artistes en Libye est d’ordre sécuritaire. “Il faut un minimum de sécurité pour pouvoir organiser des événements et pour que le public puisse se déplacer sans craintes”, ajoute-t-elle.

Interrogée sur son statut de femme artiste, elle souligne que le fait qu’elle soit une femme ne lui a pas posé de problèmes: “C’est même le contraire, les miliciens ont tendance à épargner les femmes. Si j’étais un homme, ils m’auraient tiré dessus sans hésitation”, lance-t-elle. 

Pour la jeune femme, si les calligraphes essayent de faire découvrir leur art tant bien que mal, ce n’est pas le cas pour d’autres formes d’expressions artistiques totalement prohibées comme le cinéma ou le théâtre. 

C’est donc en Tunisie que les artistes libyens respirent momentanément un vent de liberté. Ce n’était pourtant pas évident: “Les Tunisiens ont beaucoup de préjugés sur les artistes libyens. Quand tu les convies à les découvrir, ils sont d’abord réticents et méprisants”, déplore la journaliste et activiste Henda Chennaoui, une des initiatrices du projet “Breaking the Ice”. 

Contrairement aux idées reçues, “Breaking the Ice” est née de la découverte de la qualité et de l’audace de certains artistes libyens: “Nous étions agréablement surpris par leur courage et leur audace pour le traitement de sujets sensibles malgré le contexte politique”, explique Henda Chennaoui.

Le but du projet était donc de dévoiler d’autres facettes de la Libye auprès des Tunisiens mais aussi des Libyens vivant en Tunisie: “J’ai perdu un ami -Sofiane Chourabi, et son collègue- en Libye parce que, entre autres, on connait mal la Libye, qu’on n’avait pas de réseau là-bas pour les chercher, il était impératif pour nous de tisser des liens avec ces artistes, de rester en réseau, de connaitre ce voisin si proche”, conclut-elle. 

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