ALGÉRIE
22/02/2019 17h:35 CET | Actualisé 22/02/2019 17h:50 CET

REPORTAGE - A Alger-Centre, les manifestants brisent le blocus des forces de l'ordre

RYAD KRAMDI via Getty Images

La tension était palpable. Les services de l’ordre sur leurs gardes. Ils avaient facilement neutralisé les quelques manifestants durant la matinée de ce vendredi. Néanmoins, la “marche de 14H” était appréhendée. Des milliers de manifestants ont fini par se rassembler dans la Place du 1e Mai. D’autres se sont dirigés vers la Présidence à El Mouradia et au Palais du Gouvernement avant d’être refoulés par les forces anti-émeutes, qui ont usé des bombes lacrymogènes et des canons à eau.  

12H30. La Place du 1e Mai commençait à se vider. Les journalistes et quelques badauds étaient les seules personnes présentes sur place. A la station de bus Aissat Idir, plusieurs fourgons de la police étaient stationnés. L’entrée de la mosquée El Nadi, quelques mètres plus loin, était également sous la surveillance des policiers en civil. 

Des dizaines d’éléments de forces de l’ordre, boucliers, bâtons et casques à la main, étaient déjà mobilisés devant l’entrée du CHU Mustapha Bacha. Idem à la placette à côté. 

Devant la station des taxis, les officiers continuaient à évacuer les lieux. Les journalistes ont ainsi été isolés des citoyens. “Vous êtes journalistes ? Non ? Foutez le camp de là”, lançait un policier en civil à un jeune. 

12H45. Les forces anti-émeutes se déplacent au rond-point Al-Mokrani, menant au boulevard Aissat Idir, comme pour répéter un exercice. Un officier leur crie des ordres, tandis que des éléments de la police de circulation se mettaient en position dans différentes ruelles. 

Un autre officier s’impatiente devant les journalistes immobiles, faisant des aller-retour entre la Place de la Concorde Civile et le même rond-point. “Ne photographiez pas les journalistes”. 

 

AFP

 Le dispositif était vraisemblablement plus que dissuasif. Chaque voiture suspecte, dont les conducteurs tenaient un smartphone ou klaxonnaient, était arrêtée. Ses passagers fouillés. Les badauds n’étaient pas épargnés. Des éléments des forces de l’ordre tentent d’interpeller un adolescent pour avoir pris une photo, avant de lâcher prise face à l’entêtement de sa mère. 

13H. La tension baisse d’un ton. Les officiers de police se relâchent. Les forces anti-émeutes ont été rappelées à leur position initiale. Le calme règne, entrecoupé par les hélicoptères, stationné dans les airs tantôt 

Sortis de nulle part

13H30, les premiers citoyens sortent des mosquées et s’approchent de la Place du 1e Mai depuis Aissat Idir. Ils sont rapidement confinés dans un coin, fouillés avant d’être relâchés. C’étaient des groupes de copains, sortant de la mosquée du vendredi ensemble.

13H45, quelques personnes sont encerclés par des officiers devant la station de service de la Place. Ils ne se laissent pas faire et promettent de ne rien faire. Confinés dans le même endroit, ils réussissent ainsi à se rassembler devant le fleuriste, à quelques mètres plus loin pour entonner, soudainement, “One Two Three, viva l’Algérie”.

RYAD KRAMDI via Getty Images

C’était comme un coup d’envoi. Les premières pancartes sont vite soulevées. “Non au 5e mandat”. La couleur annoncée. Les officiers, après avoir réussi à encercler les premiers manifestants face au fleuriste, se sont ainsi retrouvés dépassés. Les manifestants les rassurent. “Pas d’insultes. Ne cassez rien. Ne les provoquez pas”, leur crie un des leurs. Comme pour faire preuve de bonne foi, ils relâchent colombes dans les cieux.

RYAD KRAMDI via Getty Images

 La foule se densifie peu à peu. Bloqués du côté de la Place du 1e Mai, les manifestants reculaient vers le rond-point El Mokrani, avant de se maintenir sur place. Les citoyens affluaient. Certains revenant de la mosquée, d’autres, venant des quartiers avoisinant, le drapeau algérien sur le dos. Ils entonnent, avant même de rejoindre les manifestants, “Ouyahia, le voleur”, “Pouvoir assassin” ou “Bouteflika, Yal Maroqui, makanch ouhda khamsa”.

Les journalistes sont autorisés à photographier, à condition de montrer à chaque interpellation une carte de presse. Les citoyens, eux, sont sans cesse interpellés pour avoir filmé. Des femmes, hommes et jeunes, se font extradés de la foule par des officiers avant d’être poussés dans des fourgons.

 

RYAD KRAMDI via Getty Images

 

Gaz lacrymogène, canons à eau 

Les manifestants haussent le ton. Ils scandent ainsi des slogans anti-pouvoir. Des “Ouyahia, ya seraq” et “Bouteflika, Dégage” remplacent “l’Algérie est libre et démocratique”. Les drapeaux fusent de nulle part. Des banderoles et de larges pancartes sont soulevées pour dire “non au 5e mandat” et le qualifier du “mandat de la honte”. 

Les manifestants continuent d’affluer du boulevard Aissat Idir. Ils sont désormais des centaines. Les forces anti-émeutes, peu à peu dépassées, renforcent leurs lignes pour les empêcher d’avancer à la Place de la Concorde civile.

RYAD KRAMDI via Getty Images

En vain. Sans aucune autre issue, les protestataires se dirigent vite vers la ligne des forces anti-émeutes et les défient en scandant les mêmes slogans. Les éléments de la police tentent de temps à autres de les confiner avant de cesser leur avance face aux cris des manifestants.

Derrière, sur le Boulevard Mohamed Belouizdad, où plusieurs fourgons sont garés, d’autres éléments sont appelés à renforcer la ligne des forces anti-émeutes pour pousser les manifestants vers le boulevard Aissat Idir. D’autres citoyens afflue en même temps de la rue Hassiba vers le lieu du sit-in. Devant la pression des manifestants, les forces anti-émeutes leur cèdent ainsi le passage. 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, les manifestants se dirigent à la Place Addis Ababa. D’autres manifestants, venus notamment de Bab El Oued vers les rues Didouche, Pasteur et Hassiba Ben Bouali, se dirigent actuellement au Palais de la Présidence, à El Mouradia. Ils sont ainsi des milliers à occuper les rues d’Alger.

Les forces anti-émeutes utilisent des bombes lacrymogènes et des canons à eau pour les refouler. 

Plus d’infos et de photos à suivre ..