TUNISIE
05/04/2019 17h:37 CET

Rencontrez la grand-mère qui a donné naissance à sa petite-fille

“Notre petite-fille a l’ADN de ses deux parents. C’est pour cela qu’on a entrepris cette expérience. Ils ont le droit d’avoir une famille, comme tout le monde.”

ARIEL PANOWICZ
Cecile Eledge et sa petite-fille, Uma.

Matthew Eledge et Elliot Dougherty rêvaient de fonder une famille. Leur vœu a été exaucé quand la mère de Matthew, Cecile, a donné naissance à leur fille, le 25 mars. Quand Matthew Eledge et son mari, Elliot Dougherty, ont commencé à évoquer l’envie d’avoir un enfant, il y a trois ans, ils se sont tournés vers leurs familles pour savoir ce qu’elles en pensaient.

Ce qui est certain, c’est que la contribution familiale est allée bien au-delà du simple échange d’idées. Ce qui était au départ une simple plaisanterie – Cecile Eledge, la mère de Matthew, pourrait leur prêter main forte – s’est transformé en collaboration miraculeuse quand elle a mis au monde Uma, leur fille, le 25 mars.

Lea Yribe, la sœur d’Elliot, a fourni l’ovocyte, Matthew, le sperme et Cecile a porté l’enfant. Afin de dissiper le flou (et il y en avait) autour du rôle exact de chacun dans la grossesse, Matthew a imaginé une façon délicieusement drôle d’expliquer l’implication de sa mère dans le processus.

“Ma mère n’était qu’un ventre”

“Il arrive que des gens pourtant très intelligents écoutent cette histoire et se disent que c’est de “l’inceste”, raconte-t-il. “Des gens brillants nous demandent sincèrement si on ne redoute pas les anomalies génétiques. C’est une bonne question, la situation est unique, mais je crois que la meilleure façon d’y répondre est de le faire de façon prosaïque: ma mère n’était qu’un ventre”.

L’excellente santé de Cecile en faisait une candidate tout à fait viable pour porter l’embryon, même si, à 61 ans, elle était déjà ménopausée. Elle a donc accepté d’être la mère porteuse de Matthew et Elliot et s’est soumise à une série de tests physiques cardiaques et pulmonaires intenses. Puis elle s’est préparée en cas de mauvaise nouvelle.

“Je me disais que ce serait un miracle de réussir tous ces tests, qu’il y aurait forcément quelque chose qui clocherait”, explique-t-elle. “Je savais que si ma santé n’avait pas été irréprochable, je n’aurais pas pris le risque de mettre la vie du bébé en danger. Chaque fois que je suis allée voir un docteur, que ce soit mon médecin traitant ou mon cardiologue, ils m’ont examinée et confirmé que j’étais tout à fait en mesure de le faire”.

La famille a travaillé avec le Dr Carolyn Doherty, une endocrinologue spécialiste de fertilité au Methodist Reproductive Health Specialists, à Omaha, dans le Nebraska. Celle-ci leur a dit que, de manière générale, une femme de 61 ans ne pouvait prétendre à devenir mère porteuse, évoquant les risques médicaux telles l’hypertension et l’insuffisance cardiaque, pour n’en citer que deux.

 

40.000 dollars

Mais Cecile a obtenu le feu vert pour porter sa propre petite-fille car elle n’avait aucun problème de santé. La question de l’argent s’est également posée. Il en fallait beaucoup. Matthew Eledge estime avoir dépensé environ 40.000 dollars pour la procédure. Faire appel à Cecile leur a au moins permis d’économiser le coût d’une mère porteuse, qui peut aller de 25.000 à 35.000 dollars, en plus des coûts de santé éventuels, selon Carolyn Doherty.

“Je pense que les gens ne se rendent pas compte à quel point une mère porteuse coûte cher”, nous dit-elle. “Quand vous devez payer toutes les dépenses de santé pour une mère porteuse – aucune assurance ne couvre cette activité – et que cette personne finit à l’hôpital, cela peut vous ruiner.” Cecile a suivi un traitement aux œstrogènes pour faire revenir ses règles, puis il lui est arrivé une chose à laquelle elle dit ne jamais avoir songé, même dans ses rêves les plus fous, trois décennies après avoir donné naissance à son dernier enfant: elle est tombée enceinte. “J’ai regardé mon mari et je lui ai dit: ‘J’ai l’impression que c’est parti pour l’aventure’, sourit-elle.

La famille a eu beaucoup de chance dans la mesure où le prélèvement d’ovules et l’insémination ont réussi dès la première tentative. Le Dr Doherty explique que ce succès est dû à l’âge de l’œuf.

“Le fait que l’on utilisait les ovules très jeunes de la sœur d’Elliot a vraiment été un atout pour Cecile”, ajoute-t-elle. “De plus, ils avaient subi des tests génétiques avant implantation pour l’aneuploïdie [des anomalies génétiques]. Nous avions fait de notre mieux pour que tout soit génétiquement normal, ce qui a aussi aidé.”

La grossesse a été différente de ce que Cecile avait vécu plus de trente ans auparavant. Les choses à faire et ne pas faire n’étaient plus les mêmes et elle a avoué ressentir les nausées matinales plus intensément qu’avant. Heureusement, “il n’y a pas eu de gros problèmes. Je n’ai pas eu à me plaindre”.
Le plus embêtant, ça a été les innombrables questions posées par les gens, dues aux circonstances inhabituelles de la grossesse.

Situation unique

“Les gens ne savaient quoi en penser, ce qui ne m’a jamais vexé puisque la situation est unique”, confie Matthew. “Ils étaient généralement très curieux et, une fois qu’ils avaient compris, ils nous félicitaient et me disaient que ma mère déchirait trop.”

C’est le moins qu’on puisse dire, puisque les médecins autorisent rarement des fécondations in vitro au-delà de 50 ans. Le Dr Doherty explique examiner plus attentivement les mères porteuses potentielles de plus de 45 ans, mais elle avoue que ce n’est pas le cas de tous les spécialistes de la reproduction.

“Tout ce qui comptait, c’est que j’étais en bonne santé. Je me disais que les sexagénaires d’aujourd’hui sont en aussi bonne santé que les quadragénaires il y a une génération. Or les quadragénaires ont des enfants. 61, c’est juste un nombre. C’est mon ressenti et ma santé qui nous ont poussés à aller au bout”, explique Cecile.

Elle a été admise à l’hôpital plus tôt que prévu car sa pression artérielle inquiétait les médecins. Elle a accouché par voie basse et Uma est arrivée en bonne santé. Cecile était calme et détendue après l’accouchement, la satisfaction du travail bien fait.

“Beaucoup de gens m’ont demandé si je serais capable de confier à mon fils le bébé que j’avais porté pendant neuf mois”, raconte-t-elle. “Ca n’a pas été un problème. À chaque échographie, je la considérais comme ma petite-fille. Je ne pensais qu’à accoucher de manière naturelle et à la confier à Matt et Elliot, qui désespéraient d’avoir un jour un enfant, afin que leur rêve devienne réalité.”

Matthew ajoute que certaines barrières visuelles ont été mises en place en salle d’accouchement. “Nous n’avions pas besoin de tout voir”, plaisante-il. Mais il compare sa mère à une guerrière: “Elle est allée puiser dans cette part animale, et elle a tout donné. La voir dans un contexte aussi intense, en train de mettre au monde un beau bébé en bonne santé, c’était vraiment génial.”

Cecile est quelqu’un de réservé, ce qui peut surprendre compte tenu de la manière dont elle assume cette incroyable expérience. Mais la famille trouvait important de raconter leur histoire. Chaque membre avait ses raisons. Cecile a été surprise d’apprendre que sa grossesse, qui concernait deux hommes essayant d’avoir un enfant, était considérée comme un don d’utérus, et n’était pas prise en charge par l’assurance.

“J’ai pu observer la discrimination subie par les couples homosexuels qui veulent un enfant”, déclare-t-elle. “Ils ne peuvent pas être assurés, et j’ai du mal avec cette idée. Cette forme de discrimination me brise le cœur et je veux militer pour que le système de santé américain évolue.”

Kirk Eledge, le père de Matthew et le mari de Cecile, espère que les gens comprendront que tous les couples doivent avoir les mêmes opportunités. “Notre petite-fille a l’ADN de ses deux parents. C’est pour cela qu’on a entrepris cette expérience. Ils ont le droit d’avoir une famille, comme tout le monde.”

Matthew avoue “fondre”; lorsqu’il regarde Uma et qu’il veut lui raconter “chaque détail” de ce parcours miraculeux qui l’a amenée au monde, même s’il pense qu’elle sera moins impressionnée que sa famille l’est aujourd’hui.
Désormais, la vie des deux heureux papas a bien changé. Matthew est en mode nouveau parent et admet qu’il est parfois tellement content de prendre soin d’Uma qu’il en oublie certaines choses du quotidien. Dernièrement, il a ouvert la porte à quelqu’un qui sonnait alors qu’il n’avait qu’un seul chausson aux pieds. Lorsqu’il est rentré de la maternité, il s’est rendu compte qu’il ne s’était pas brossé les dents depuis des jours. “Je me trouvais trop crade”, se souvient-il en riant.

Mais une chose n’a pas changé.

“Ça peut paraître cliché, mais rien ne vous prépare à ça”, conclut-il. “J’éprouve un respect et un amour encore plus profond pour mon mari en nous voyant aussi nerveux, inquiets et passionnés. Uma est une bouffée d’air frais. Pour nous, en ce moment, c’est les repas thaï qu’on se fait livrer et les soirées passées devant Real Housewives of New York. En rentrant de la maternité, on a regardé
cette émission, mais avec Uma et on mangeait à tour de rôle!”

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Claire Bertrand et Héloïse Guilloteau pour Fast ForWord

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