ALGÉRIE
25/08/2019 18h:31 CET | Actualisé 25/08/2019 18h:32 CET

Rencontre société civile- classe politique à la Safex: Des convergences pour une alternative

Ihsane el Kadi/ Twitter

“C’était très sérieux”.  Le constat un peu surpris d’un participant à la rencontre de concertation des dynamiques de la société civile et des partis politiques et des personnalités nationales organisé samedi à la Safex, à Alger, illustre bien la portée de cette rencontre qui semblait, vaine, tant la distance entre les partis de “l’Alternative démocratique” et ceux du “Front du changement” semblait grande et difficilement surmontable.


D’abord la présence était substantielle, une vingtaine de partis, des  personnalités, à l’instar de Karim Tabbou, Abdallah Djaballah, Sofiane Djilali, Abdelaziz Rahabi, Mustapha Bouchachi, Kamal Guemmazi de l’ex-FIS, des universitaires, des étudiants. Des absents quand même, comme Ali Benflis, Zoubida Assoul qui n’ont pas assisté au nom de leur parti mais se sont faits représenter. Mais, c’est un euphémisme de le constater, ces absences ne se sont pas faites “sentir” tant l’atmosphère était studieuse et même emprunte de gravité.


Le clivage entre partisans d’une élection présidentielle assortie de préalables et des garanties (front du changement) et les défenseurs de la Constituante (Alternative démocratique) suscitait un scepticisme, en dépit de la volonté de la société civile d’oeuvrer à un rapprochement d’autant plus nécessaire que le pouvoir semble vouloir aller vers un passage en force avec la mise en place de la Commission de Karim Younes. 

Les choses sont allées pourtant au-delà de ce que pouvaient espérer les acteurs de la société civile. Les interventions des participants, bien minutées et bien gérées par le président de séance, Lyes Merabet, ont été largement marquées par une recherche du rapprochement et du compromis afin de s’entendre sur une démarche consensuelle face au pouvoir.  D’emblée, Me Mustapha Bouchachi a mis la barre haut en suggérant de transformer l’espace de la réunion en “commission du dialogue pour faire aboutir les revendications du peuple”.  

Les interventions très puissantes de deux étudiants qui ont appelé à plus d’engagement et à assumer la responsabilité de s’affirmer comme alternative ont cadré d’une certaine manière “ les enjeux. 

 

Le message vigoureux des étudiants

Certains ont proposé de fusionner entre les démarches des deux pôles des partis politiques mais la “synthèse” n’est pas évidente entre les partisans de la Constituante et ceux qui veulent une élection présidentielles. Mais les débats ont fait apparaître des points de rencontres possibles, celles d’une présidentielle sous condition, d’une processus constituant.  L’hostilité à une Constituante tenant à la crainte de voir s’engager sur un débat délicat et sans fin sur l’identité, la place de la religion et les langues certains ont suggéré l’idée d’une “petite constitution” qui ne toucherait pas à ces questions polémiques mais se consacrerait essentiellement à redéfinir les équilibres des pouvoirs… 

Une manière de sortir, avant la tenue des élections, d’un présidentialisme monarchique dont les dégâts sont désormais établie avec l’interminable règne et fin de règne de Bouteflika .A signaler également, les interventions très puissantes de deux étudiants qui ont appelé à plus d’engagement et à assumer la responsabilité de s’affirmer comme alternative.

 

Entente sur les préalables du dialogue

Le consensus reste à établir mais les discussions empruntent de sérieux et de responsabilité laissent augurer des avancées sérieuses d’autant qu’une ou deux autres rencontres sont prévues avant d’aller à une conférence nationale. 

L’entente est déjà consacrée sur les préalables au dialogue. Elles ont mentionnées dans le communiqué final: libération des détenus d’opinion, levée des contraintes sur les activités publiques, levée du siège d’Alger les jours de manifestation et  ouverture du champ médiatique privé et public. Il y a également un resserrement des rangs et la conviction, assez partagée, que chacun perd à faire cavalier seul et à se ranger sur l’agenda du pouvoir. 

La réunion du samedi laisse entrevoir une volonté des acteurs politiques, poussés par les dynamiques de la société civile, à dégager une vraie alternative pour un changement démocratique réel.  Signe prometteur, les participants ont adopté une proposition de constitution d’une commission de coordination et de suivi. Sa mission: élaborer un document en se basant sur les convergences entre les différentes plateformes. 

Un participant, qui n’a pas souhaité être cité, a souligné “l’effet bénéfique” de de l’absence de la presse au cours des travaux. “L’atmosphère était au travail, il n’y avait pas trop de lyrisme ou de démagogie ou d’agressivité.  On sent une certaine prise conscience de la nécessité d’être constructif. Tous ces acteurs avaient également conscience qu’ils étaient sous le regard du Mouvement populaire”.