TUNISIE
06/07/2018 18h:04 CET | Actualisé 06/07/2018 18h:04 CET

Rencontre avec Sarah Briand, l'auteure du livre "Simone, éternelle rebelle"

"C’était une magnifique expérience, riche de rencontres" affirme Sarah Briand

Gilbert UZAN via Getty Images

Sarah Briand auteure de la dernière biographie de Simone Veil, “Simone, éternelle rebelle” parue chez Fayard et en format poche aux Editions Points était l’invité de Institut français de Tunisie le 2 juillet 2018. 

À cette occasion, le Huffpost Tunisie est allé à sa rencontre pour une interview exclusive où elle raconte sa rencontre avec Simone Veil et les raisons qui l’ont poussé à écrire ce livre.

Huffpost Tunisie : Qu’est-ce qui vous a poussé aller à la rencontre de Simone Veil?

Sarah Briand : Simone Veil est une personnalité qui m’a toujours fascinée. J’ai souhaité tout d’abord réaliser un documentaire sur elle (dans le cadre de l’émission Un jour une histoire, avec Laurent Delahousse, pour France 2) avant d’écrire le livre. J’avais envie de comprendre les différentes facettes qui émanaient d’elle et qui se cachaient derrière son chignon et son tailleur strict. Et pour savoir qui elle était réellement derrière la personnalité publique, la femme politique, la ministre, j’avais besoin de recueillir de nombreux témoignages. Non pas le sien car je savais qu’elle était très fatiguée (nous étions en 2015 à l’époque) mais ceux des personnes qui avaient croisé un moment sa vie, que ce soit dans la sphère politique (des collaborateurs, son assistant parlementaire, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing) ou dans la sphère privée et intime (ses amis d’enfance à Nice, ceux avec qui elle a partagé l’épreuve des camps à Auschwitz, mais aussi sa famille).

Comment vous avez rencontré Simone Veil? Qu’est-ce que vous avez gardé de cette rencontre ?

Un jour, Jean Veil, l’un de ses fils, me donne rendez-vous chez elle pour regarder ensemble les albums photos de famille. Je me suis donc rendue dans son appartement du centre de Paris. J’étais impressionnée d’entrer dans ce lieu que j’avais vu plusieurs fois dans les images d’archives et où elle habitait depuis 1969. Et puis j’ai entendu un bruit derrière la porte et elle est entrée. Elle a regardé les photos étalées sur la nappe blanche comme des confettis et a souri en découvrant une photo d’elle et de Jacques Chirac en vacances au Sénégal. Ils étaient jeunes et beaux. J’étais émue de la voir regarder sa propre histoire. Devant moi se tenait l’impressionnante ministre de 1974, avec son chignon et un magnifique tailleur. Seule sa démarche était celle d’une dame âgée qui s’était retirée de la vie publique.

Micheline PELLETIER via Getty Images

 

Plonger dans l’intimité et la vie d’une militante était comment pour vous?

C’était une magnifique expérience, riche de rencontres. Se plonger dans son histoire, dans ses photos de famille, était passionnant et vertigineux. J’avais également l’impression de recueillir un témoignage pour l’Histoire en rencontrant ses amis rescapés des camps de la mort. Ils m’ont racontée la jeune fille qu’elle était, qui a tout fait pour soutenir sa mère dans cette épreuve, d’autres m’ont racontée la ministre combattante de 1974 qui a dû se battre pour faire passer la loi sur la légalisation de l’avortement, d’autres encore m’ont raconté son élection à la tête du Parlement européen, première femme élue au suffrage universel, et ses enfants et petits-enfants m’ont racontée la mère et grand-mère qu’elle a été. Tous m’ont dévoilé une partie de l’icône qu’elle est devenue. 

Son arrestation avec sa mère et sa sœur Madeleine avant d’être transportée à Drancy a été un moment marquant de sa vie...

C’est effectivement le moment clé de sa vie, celui où tout bascule. Elle a seize ans et demi et aurait pu avoir la vie “normale” d’une jeune fille de son âge. Sauf que c’est la guerre et que la Gestapo est arrivée à Nice. Elle est à l’époque cachée chez des professeurs du lycée et a de faux papiers. Mais cela ne la protège pas. Elle est arrêtée le lendemain des épreuves du bac et envoyée à Drancy avec sa mère et sa soeur. C’est avec elles qu’elle va affronter la déportation à Auschwitz d’où elle reviendra vivante. Mais sa mère mourra du typhus dans le camp de Bergen Belsen. C’est la plus grande blessure de sa vie car sa mère était son modèle. Celui qui va la guider pour le restant de sa vie dans ses combats de femme.

Keystone-France via Getty Images

 

Pourquoi vous avez choisi le titre “Éternelle rebelle” ?

“Eternelle rebelle” est une expression que j’ai empruntée à Jean D’Ormesson dans son discours lors de l’entrée de Simone Veil à l’Académie française en 2010. Elle résume très bien la personnalité de Simone Veil, la petite fille qui s’insurgeait lorsque ses parents devaient aller se déclarer Juifs au début de la guerre à la Préfecture de Nice, mais aussi la force dont elle a dû faire preuve en déportation pour survivre. Ce caractère de rebelle l’a sans doute aidée à surmonter les épreuves les plus difficiles de sa vie. Et elle en eut besoin lorsqu’elle a dû se battre au cours de ses nombreux combats pour défendre les droits des femmes et la paix en Europe. Eternelle elle est devenue, en devenant “immortelle” parmi les Académiciens et en entrant la semaine dernière au Panthéon, immortelle dans le coeur des Français et bien au-delà.

Jean-Pierre BONNOTTE via Getty Images

 

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