TUNISIE
28/06/2018 10h:06 CET

Rencontre avec Myriam Ben Salah, jeune et dynamique commissaire pour Jaou 2018

Le HuffPost Tunisie a rencontré la jeune commissaire, en plein préparatifs pour Jaou, qui se tient du 27 juin au 1er juillet.

Myriam Ben Salah

Du 27 juin au 1er juillet, Jaou investira des lieux symboliques du patrimoine tunisien pour qu’ils s’imprègnent des composantes de la vie:  l’ancienne Bourse du travail Tunis Marine (Le Silence), l’église de l’Aouina (l’Eau), l’imprimerie Ceres à Montplaisir, El Matbaa (le feu), Dar Baccouche ou Bab Menara (L’Air) et Tourbet Sidi Bou Khrissane (La Terre) à la médina de Tunis.

Ces 4 éléments essentiels, seront au coeur de la thématique de Jaou cette année avec pour principal but: La mise en valeur du patrimoine et de l’héritage culturel tunisien.

Pour accompagner les différentes expositions qui animeront cette 5ème édition de ce rendez-vous annuel de l’art contemporain en Tunisie, la Fondation Kamel Lazaar, à l’initiative du projet a fait appel à 4 commissaires: Amel Ben Attia, Khadija Hamdi Soussi, Aziza Harmel et Myriam Ben Salah, qui est revenu pour le HuffPost Tunisie sur cette nouvelle édition de Jaou Tunis 2018.

HuffPost Tunisie: Bonjour Myriam. De ce que nous avons cru comprendre, vous avez un parcours particulier? 

Myriam Ben Salah: J’ai grandi à Tunis, et je suis partie à 18 ans en prépa littéraire à Paris. J’ai ensuite étudié à HEC avec une majeure médias, art et création et en parallèle je faisais des études de théâtre à la Sorbonne.

J’étais passionnée de théâtre au départ. Au lycée français à Pierre Mendès-France j’étais très investie dans le club théâtre, en prépa j’étais en spécialité théâtre mais c’est en avançant dans mes études que je me suis rendue compte qu’en France le milieu du théâtre était un peu fermé, on a du mal à accepter l’argent privé par exemple…

À la fin de mes études à HEC, j’ai commencé à rencontrer des gens qui travaillaient dans l’art contemporain et c’est quelque chose qui m’a beaucoup intéressée. C’est en rencontrant par hasard le directeur adjoint du Palais de Tokyo que j’ai décroché un stage, et ma carrière était lancée.

Je suis restée sept ans au Palais de Tokyo, où je me suis réellement formée. Le fait de ne pas avoir fait de véritables études d’art, je pense, m’a permis d’avoir un regard extérieur. D’ailleurs, pour Jaou, nos profils sont tous très différents: Khadija est une véritable historienne de l’art, Amel est artiste… On aura toutes différentes approches.

Vous avez une équipe de commissaires assez jeune cette année. Comment cela se passe-t-il?

Mardi, nous avions une conférence à l’IFT et c’est la première fois que nous étions toutes ensembles, nous n’avions jamais eu l’occasion de toutes nous rencontrer auparavant. Moi je suis basée à Paris, Khadija, je crois, était en Espagne… C’était très compliqué de se retrouver toutes ensembles, il y avait une véritable énergie de jeunesse ainsi que l’énergie de Lina Lazaar, la fondatrice de Jaou, qui rassemble tout le monde.

Discutez-vous entre vous des pavillons, ou est-ce que chacune organise de son côté?

Pas vraiment. Quand la préparation de l’exposition a commencé, nous avons fait de nombreux Skype avec Lina et cette idée des quatre éléments est arrivée petit à petit, donc chacune l’a intégré petit à petit dans son concept curatorial de cette édition de Jaou.

Chaque commissaire a plus ou moins choisi son élément. La division s’est faite de manière assez naturelle, puis chacun a travaillé autour du lieu qui lui a été attribué ou qu’elle a choisi et de l’élément. À partir de ce moment nous nous sommes moins concertées, donc pour moi aussi les pavillons de mes collègues vont être une vraie découverte.

C’est assez agréable justement, je sais que quelques artistes font partie de quelques pavillons parce qu’on a évidemment des connexions communes mais je ne connais pas du tout les détails des autres pavillons et c’est génial.

Vous êtes dans le projet depuis le début? Comment vous êtes vous retrouvée sur Jaou 2018?

Oui. En fait, je suis même arrivée avant. On a commencé à avoir des conversations avec Lina (ndlr: Lina Lazaar, fondatrice de Jaou) au tout début, le thème n’était pas du tout défini, il y avait d’autres thèmes en question, et elle m’avait demandé si ça m’intéressait de travailler directement avec elle sur quelque chose, donc j’ai vraiment été intégrée dès le départ, et j’ai vu toute la construction du projet.

En revanche, je n’étais pas à Tunis tout le temps. Je suis majoritairement à Paris et j’avais un projet à Los Angeles, un projet à Dubaï… C’était beaucoup de déplacements.

Je rencontre beaucoup de monde, mais je ne connaissais pas Lina. Elle m’a contactée de manière assez spontanée pour me parler de cette édition de Jaou et ensuite, je l’ai rencontrée via les équipes du prix Abraaj, qui est un prix à Dubaï qui est destiné à des artistes du Moyen-Orient. J’avais été nommée commissaire pour la dernière édition.

C’est lors de l’annonce du vainqueur du prix Abraaj à Londres que nous nous sommes enfin rencontrées en tête à tête. Elle m’a proposé de travailler ensemble, et je crois qu’elle a rapidement compris mon mode de fonctionnement car c’est elle qui m’a proposé l’espace que j’occupe actuellement pour l’exposition qui est l’église de l’Aouina, qui a été transformée en club de boxe.

C’est quelque chose qui me correspond très bien car j’aime beaucoup les contrastes entre des architectures assez pompeuses et des contenus beaucoup plus surprenants. Je mélange beaucoup, cela ne me dérange pas de mettre côte à côte des tableaux d’art moderne et des clips de Hip Hop.

Je suis venue à Tunis en avril dernier et c’est là que j’ai vu l’église pour la première fois, et les projets se sont montés tous seuls. Ça changeait absolument tout de voir l’espace.

Comment avez-vous sélectionné les artistes qui exposeront? 

Je me suis d’abord centrée sur mon élément, l’eau, mais j’ai aussi approfondi la thématique. Les artistes sont des personnes avec qui j’ai travaillé au cours des dernières années, mais aussi dont j’ai découvert les travaux au fur et à mesure. Il y a une grande diversité parmi les artistes, à la fois pour que certains découvrent la scène tunisienne mais aussi pour qu’il y ait un échange avec les artistes tunisiens qui pourront voir ce qui se fait ailleurs.

Il y a un artiste tunisien, qui est entre Bruxelles, Paris et Tunis, Alex Ayed, mais aussi Philippe Parreno, superstar de l’art contemporain, Meriem Bennani, une jeune marocaine qui vient de New York… Il y a vraiment tout, des gens qui ne se connaissent pas et qui viennent de milieux complètement différents.

Comment appréhendez-vous cette exposition? 

J’ai hâte de voir comment les gens vont réagir face à ce mix. C’est mon premier projet à Tunis, donc je ne sais pas qui est le public Tunisien mais de manière générale, je cherche à toucher un public qui n’est pas encore avisé.

C’est pour cela aussi que j’ai intégré des éléments locaux de mon lieu d’exposition: nous avons pris des photos des enfants qui s’entraînent habituellement dans l’église de l’Aouina qui seront aussi exposées.

Lorsqu’ils viendront les voir, cela permettra à ces jeunes de découvrir d’autres oeuvres et de s’interroger sur l’art contemporain. Si j’arrive à toucher ne serait-ce que trois enfants du club de boxe, ce sera pour moi une victoire.

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