TUNISIE
21/03/2018 15h:12 CET | Actualisé 22/03/2018 18h:16 CET

Rencontre avec le tandem de "Lemon Tour", le nouveau concept pour découvrir la Tunisie autrement (INTERVIEW)

“Se déplacer autrement pour visiter différemment!”, c’est le leitmotiv de ce nouveau concept original implanté en Tunisie.

“Se déplacer autrement pour visiter différemment!”, c’est le leitmotiv de ce nouveau concept original implanté en Tunisie.

Cofondé par Nicolas Plancheneau et son associée Célia Corneil, experte des déplacements alternatifs à la voiture, le “Lemon Tour” propose un service de visite de la banlieue Nord de Tunis à vélo.

Mettant à votre disposition un local, un vélo, une carte et un livret d’explications, “Lemon Tour” vous offre un choix de plusieurs parcours à la découverte du patrimoine antique et urbain.

Le service qui est actuellement en préparation (avec une capacité actuelle de 10 vélos) ouvrira pour les vacances universitaires, à la fin du mois et prévoit la mise à disposition de près de 50 vélos avant l’été!

Afin d’en savoir plus, le HuffPost Tunisie est allé à la rencontre de Célia et Nicolas, les deux passionnés qui ont initié ce séduisant projet.

Lemon Tour

 

HuffPost Tunisie: Vous-êtes les fondateurs de Lemon Tour, pouvez-vous d’abord nous présenter la petite équipe derrière ce concept?


Célia: Nous sommes deux jeunes entrepreneurs français, arrivés en Tunisie en mai 2017. Après Science Po, j’ai travaillé en France dans l’équivalent d’une grande municipalité, dans les domaines des déplacements durables et de l’urbanisme. Nicolas est ingénieur et a travaillé principalement dans les énergies renouvelables et les véhicules électriques. Nous avons créé ensemble une société de conseil et accompagnement de projets sur ces domaines d’expertise.

Pour le Lemon Tour, nous travaillons maintenant avec quelques jeunes tunisiens, qui nous apportent beaucoup d’idées fraîches, et nous espérons que cette équipe grandira dans les années à venir!

Pourquoi avoir choisi la Tunisie?

Nicolas: Au départ, nous nous y sommes intéressés pour les énergies renouvelables. Je cherchais depuis quelques années une nouvelle opportunité dans ce domaine, et la Tunisie commence depuis peu à développer de grands projets. Je travaillais exactement sur ce type de projets en France, c’était l’opportunité de découvrir un nouveau marché!

Célia: Pour moi, c’est un peu différent. Je connais bien les pays du pourtour méditerranéen: j’ai d’abord grandi de l’autre côté de la Méditerranée, à la frontière italienne, puis j’ai suivi une licence sur le Moyen-Orient et la Méditerranée et j’ai vécu un an en Égypte. Quand Nicolas m’a parlé de la Tunisie, j’ai tout de suite été intéressée! Comme Nicolas, mon profil est également rare en Tunisie, où la décentralisation de l’État vers les communes est à son commencement.

Nous étions tous les deux curieux de découvrir la Tunisie, de comprendre l’état d’esprit 7 ans après la révolution notamment.

Nous avons eu le sentiment que la Tunisie nous offrirait de beaux challenges et découvertes... Et nous n’avons pas été déçus: 10 mois après, nous sommes toujours heureux de ce choix.

Pouvez-vous nous expliquer ce concept? Sa particularité?

Célia: Le Lemon Tour est un service de location de vélos, mais c’est aussi bien plus que cela!

Notre idée est de fournir à nos clients un vélo pour leur visite en banlieue Nord, mais aussi de leur fournir toutes les informations pour cette visite, avec un parcours, des explications historiques sur la patrimoine tunisien d’hier et d’aujourd’hui.

Comment est née cette originale initiative?

Nicolas: En faisant du vélo à Carthage, tout simplement! Peu de temps après notre arrivée en Tunisie, nous avons acheté des vélos et visité le site archéologique. Et nous avons vu le potentiel énorme de ce site et l’ampleur du travail à mener: nous nous sommes rendu compte que la banlieue Nord, comme pas mal d’autres sites en Tunisie, abrite un grand nombre de merveilles trop peu connues. Nous avons hésité quelques mois, puis nous nous sommes lancés! Dès le départ, nous ne voulions pas nous limiter à de la location de vélo: il était incontournable de vraiment faire découvrir le site. Célia travaille d’ailleurs depuis des mois sur la collecte d’informations, car il n’existe pas beaucoup d’informations pour les visiteurs.

Que cache ce nom?

Célia: A l’époque où nous cherchions le nom, notre jardin regorgeait de citrons, ça nous a inspiré! Le citron, c’est l’un des rares fruits qui existait déjà ici à l’antiquité; c’est aussi la citronnade, incontournable en Tunisie!

Aziz Gabsi

Qu’espérez-vous susciter à travers une telle entreprise?

Célia: Il y a trois volets clés dans notre action. Tout d’abord, le patrimoine: nous pensons que le patrimoine tunisien mérite d’être mieux connu, par les Tunisiens comme par les étrangers. La banlieue Nord est un bon exemple: Carthage a joué un rôle majeur dans l’histoire, et le site archéologique, comme le patrimoine plus récent qui l’entoure, sont incroyables! Mais malheureusement seuls quelques sites sont connus et visités.

Ensuite, les moyens de déplacements alternatifs à la voiture. Les Tunisiens sont très attachés à leurs voitures, mais on en voit bien les limites: coût élevé, circulation difficile, pollution de l’air, énervement… La solution n’est pas dans la construction de nouvelles infrastructures qui vont défigurer la ville et détruire l’environnement, mais dans l’utilisation de nouveaux moyens de transport, plus respectueux de l’environnement. Le vélo fait clairement partie de la solution, et nous voulons le démocratiser. Et ce ne sont pas que de belles paroles: nous n’avons pas de voiture et vivons très bien! Il faut souligner que ne sommes pas les seuls dans cette dynamique, car le Lemon Tour n’est qu’un projet parmi de nombreuses initiatives et c’est tout un écosystème qui se met en place. 

Enfin, il y a l’entrepreneuriat social et solidaire (l’ESS), et nous pensons être un exemple sur ce sujet. L’ESS, comme la Responsabilité sociale de l’Entreprise, sont des sujets encore nouveaux en Tunisie, mais il y a énormément de travail. Notre conviction est que des milliers de projets sont possibles en Tunisie dans l’ESS. Qu’il ne faut pas viser le plus grand possible, mais au contraire réfléchir à ce qui a du sens à une échelle locale. C’est particulièrement le cas dans le tourisme et les déplacements, et c’est d’ailleurs un mouvement international dans un grand nombre de domaines (économie, énergie, urbanisme…). Concrètement, nous développons activement plusieurs projets pour rendre accessible le vélo et la culture à tous: enfants défavorisés, femmes encore peu à l’aise à vélo, handicapés, etc.

Quels sont les premiers échos?

Célia: Ils sont très positifs!Tout d’abord, un constat frappant: le sourire. Pour les gens qui ont testé le service, ou chez ceux que nous croisons tous les jours, le vélo apporte le sourire. Cela change des comportements agressifs des automobilistes!Ensuite, Tunisiens comme étrangers sont ravis de trouver enfin un moyen pratique et agréable de visiter la banlieue Nord. Et, petite fierté, nous avons su faire découvrir de nouvelles choses à chacun de nos visiteurs, y compris les cyclistes habitués des balades en banlieue Nord!

Lemon tour

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