MAROC
24/06/2018 15h:15 CET

Relève assurée, le Festival Gnaoua d'Essaouira clôture sa 21e édition aux rythmes de la diversité

Les femmes débarquent sur la scène Gnaoua.

AIC Press

GNAOUA - Retour au calme à Essaouira après une nuit de festivité. Samedi 23 juin, le Festival Gnaoua des musiques du monde a clôturé sa 21ème édition aux rythmes du Maâlem Hossam Gania en concert fusion avec Shabaka Hutchings, Nguyen Le, David Aubaile et Omar El Barkaoui.

Un concert qui achève une édition portant le titre de la transmission. Un thème qui, selon Karim Ziad, musicien et directeur artistique du festival, veut célébrer la nouvelle génération d’artistes Gnaouas: “Après plus de 20 ans, presque tous les Maâlmine sont passés sur cette scène et certains commencent déjà à nous quitter. Donc, cette année, on a voulu mettre en avant leur relève”, explique ce responsable au HuffPost Maroc.

Relève, le festival y a accordé sa priorité en faisant appel aux jeunes gnaouas attitrés. La fusion dans toute sa splendeur, a, elle aussi, marqué ce festival, nous indique Karim Ziad. Preuve à l’appui, le festival continue, en effet, d’inviter des artistes du monde pour collaborer avec les musiciens locaux, une manière de faire voyager ce genre à travers le monde. “On a invité des musiciens du monde entier pour rencontrer des Gnaouas et essayer de faire collaborer ce genre à la World Music”, poursuit le directeur artistique.

 

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“L’évolution n’arrête pas”

Parmi les artistes représentant la relève, on retrouve notamment Asma Hamzaoui, une femme artiste gnaoua, fait très rare dans ce genre de musique presque exclusivement masculine. D’ailleurs comme l’explique le directeur artistique, elle est  “la première femme à jouer du guembri et à chanter”.

Une présence qui marque une nouvelle évolution dans ce genre. Des changements qui font débat au sein des gardiens du temple de cette musique: “L’idée de faire jouer des femmes est partagée par grand nombre des Gnaouas. Si certains sont contre, d’autres disent pourquoi pas? Cela les bouscule, mais le père d’Asma est un Maâlem. C’est cela qui lui donne la légitimité de cet instrument et de pratiquer ce rituel”. 

Pour ce responsable, depuis son arrivée au Maroc, ce genre “s’est complètement métamorphosé”. “Quand les Gnaouas sont arrivés, ils avaient un seul répertoire. Avant, ce n’était pas une musique de transe, mais pour faire la fête. L’évolution ne s’est pas arrêtée depuis”, affirme-t-il.

“Africanité du Maroc”

Si Asma Hamzaoui se montre d’abord un peu nerveuse durant ses premiers pas sur la grande scène, le vendredi 22 juin, la réaction du public, largement positive, détend l’artiste qui passe haut la main ce baptême du feu. L’artiste a, ensuite, partagé la scène avec Fatoumata Diawara pour concocter une “une superbe fusion. Grâce à elles, on a ressenti l’africanité du Maroc!”, s’exclame Karim Ziad.

Autre collaboration représentative de cette “africanité”, celle électrique qui a réuni le Benin International Musical (BIM) et la troupe du Maâlem Hassan Boussou. Ensemble, ils ont offert, samedi, au public de la ville un spectacle mêlant dans une parfaite harmonie les rythmes du Bénin et ceux des Gnaouas. A leurs côtés, des prestations ultra-charismatiques offertes par la troupe ouest africaine on régalé l’assistance.

 

“Les gens qui viennent ici y reviendront toujours”

Dans le public, la thématique de la transmission a aussi été présente. “Je suis venue au cours des premières éditions, et maintenant, ce sont mes enfants qui me demandent de revenir”, déclare une spectatrice, Salma Squalli, au HuffPost Maroc. Pour cette dernière, malgré ces 21 ans passés, le festival n’a pas spécialement changé. “Il y a toujours eu du monde, cela a toujours été un festival populaire. Des jeunes qui viennent des quatre coins du Maroc. C’est un grand festival à dimension humaine”, confie-t-elle. 

En plus de sa programmation, sa diversité et son public, tous les intervenants du festival s’accordent autour d’un constat: le rôle de la ville d’Essaouira et son public. “Le public d’Essaouira a appris à apprécier la beauté de la musique”, constate Karim Ziad.

Réda Allali, chanteur du groupe Hoba Hoba Spirit, confie, pour sa part, au HuffPost Maroc, que la ville et son esprit hérité des années 60 sont pour beaucoup dans la longévité du festival. D’après lui, il n’y a pas de doute: “les gens qui viennent, ici, y reviendront toujours!”