ALGÉRIE
12/04/2015 02h:41 CET | Actualisé 12/04/2015 02h:41 CET

Relations Cuba-États-Unis: Obama appelle à «tourner la page», Castro invite à «la patience»

MANDEL NGAN via Getty Images
US President Barack Obama (R) shakes hands with Cuba's President Raul Castro (L) on the sidelines of the Summit of the Americas at the ATLAPA Convention center on April 11, 2015 in Panama City. AFP PHOTO/MANDEL NGAN (Photo credit should read MANDEL NGAN/AFP/Getty Images)

Les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro se sont réunis samedi au Panama pour un tête-à-tête sans précédent depuis 1956 qui marque l'avènement d'une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays ennemis de la guerre froide.

Avant de s'entretenir en privé durant environ une heure en marge du Sommet des Amériques, les deux hommes se sont brièvement exprimés devant la presse.

M. Obama a remercié son homologue cubain pour son «esprit d'ouverture» et estimé qu'«avec le temps, il est possible pour nous de tourner la page et développer une nouvelle relation [...] même si nous avons des différences profondes et importantes».

«Nous voulons parler de tout, mais nous devons être patients, très patients», a répondu M. Castro. «Cela a été une histoire compliquée, celle de nos pays, mais nous sommes disposés à avancer comme le dit» M. Obama, a-t-il poursuivi.

Un peu plus tôt, les deux chefs d'État avaient célébré le retour de Cuba dans le concert continental après des décennies d'isolement.

S'exprimant le premier devant une trentaine de ses pairs du continent, Barack Obama a affirmé que le rapprochement entre Washington et La Havane marquait «un tournant» pour les Amériques: «Le fait que le président Castro et moi soyons assis ici aujourd'hui représente un événement historique».

Dans une longue allocution, son homologue cubain s'est livré à un plaidoyer contre les ingérences des anciennes administrations américaines dans les affaires cubaines et latino-américaines.

Mais il a ensuite voulu saluer la probité du président des États-Unis, le qualifiant d'«homme honnête», et exprimé sa volonté d'avancer dans un «dialogue respectueux» aspirant à une «coexistence civilisée» en dépit de «profondes différences» entre les deux pays.

Cette rencontre consacre le réchauffement annoncé au terme de 18 mois de tractations menées dans le plus grand secret, qui ont permis de tourner la page de plus d'un demi-siècle de conflit.

«Les deux dirigeants ont démontré à quel point on peut progresser quand nous acceptons les enseignements de l'histoire et tournons la page des antagonismes du passé», a salué la présidente brésilienne Dilma Rousseff.

Face à face historique

À l'ouverture du sommet continental réunissant 34 des 35 chefs d'État du continent, les deux hommes avaient échangé une poignée de main et quelques mots devant les caméras, réitérant leur geste historique de décembre 2013 en Afrique du Sud.

Au menu de leurs discussions figurait, selon la Maison-Blanche, la reprise des relations diplomatiques, qui tardent à se concrétiser malgré trois séries de discussions de haut niveau à La Havane et Washington.

Le principal obstacle à la réouverture d'ambassades réside dans la mention de Cuba sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, qui prive l'île d'une partie de l'aide internationale.

Raul Castro a incité son homologue à accélérer les démarches pour le retrait de Cuba de cette liste, indiquant qu'il verrait comme un «pas positif» une «décision rapide» des États-Unis sur ce dossier.

Mais au-delà des relations diplomatiques, le chemin de la normalisation reste semé de nombreux points de contentieux, dont le premier est l'embargo total sur les transactions économiques et financières avec Cuba, imposé depuis 1962.

Le président cubain a une nouvelle fois insisté samedi sur la nécessité de «résoudre» cette question qui pénalise son pays.

Son homologue américain avait peu avant rappelé avoir demandé au Congrès, contrôlé par les républicains et seul habilité à le faire, de travailler à la levée de cette mesure. Mais les deux chambres sont très partagées sur la question.

En attendant, Barack Obama a assoupli l'embargo, dans la limite de ses prérogatives présidentielles, mais ces mesures sont jugées «insuffisantes» par La Havane.

La main tendue de Maduro à Obama

Le Sommet devrait se terminer sans déclaration finale, les États-Unis refusant d'y voir mentionné un soutien à Caracas dans sa dispute avec Washington, qui a qualifié le Venezuela, principal partenaire économique de Cuba, de «menace» pour leur sécurité intérieure.

Depuis plusieurs semaines, Barack Obama est très critiqué en Amérique latine en raison de ce décret qui a imposé en mars des sanctions contre de hauts responsables vénézuéliens.

À la tribune, le président vénézuélien Nicolas Maduro, qui s'exprimait alors que Barack Obama avait déjà quitté la salle, a de nouveau exigé le retrait de ce décret «disproportionné».

Se plaignant que M. Obama n'ait «jamais répondu aux messages» qu'il lui a adressés, l'héritier de Hugo Chavez, habituel pourfendeur de Washington, s'est toutefois dit «prêt à parler avec le président Obama de ce sujet avec respect et sincérité dès qu'il le souhaite».

Dans un souci d'apaisement, la Maison-Blanche avait auparavant expliqué qu'elle cherchait à établir «un dialogue direct avec le Venezuela», tandis que M. Castro a contribué à désamorcer ce dossier en jugeant «positif» que la Maison-Blanche ait reconnu cette semaine que Caracas ne représentait pas vraiment une menace.

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